La vision du Kazakhstan en matière de biosécurité jette des ponts pour la coopération avec l'UE

L'initiative du Kazakhstan en matière de biosécurité offre à l'UE l'occasion de contribuer à l'élaboration d'un cadre mondial pour la sécurité stratégique.

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[Getty Images: ultramansk]

Cinq ans après que Kassym-Jomart Tokayev ait appelé à la création d’une Agence internationale pour la sécurité biologique (IABS) lors de l’Assemblée générale des Nations unies, l’initiative du Kazakhstan revient sur le devant de la scène dans le débat mondial sur la non-prolifération, alors que les discussions sur l’avenir de la sécurité biologique prennent un nouvel élan.

Alors que le groupe de travail sur la Convention sur les armes biologiques et à toxines (BTWC) s’apprête à finaliser ses recommandations en décembre, l’idée d’institutionnaliser la sécurité biologique refait surface comme un domaine potentiel de coopération entre Astana et Bruxelles.

Tokayev a présenté le concept de l’IABS dans le contexte de la crise mondiale liée à la pandémie de COVID-19, arguant qu’un mécanisme multilatéral était nécessaire pour empêcher l’utilisation à des fins militaires ou l’utilisation abusive de matières biologiques.

Depuis lors, cette initiative occupe une place importante dans la politique étrangère du Kazakhstan, elle a été discutée à Genève et mentionnée dans plusieurs résolutions successives des Nations unies sur le renforcement et l’institutionnalisation de la BTWC.

Au niveau national, le gouvernement a consolidé son cadre juridique grâce à la loi de 2022 sur la sécurité biologique, qui définit les règles de manipulation des agents pathogènes et confirme que les obligations internationales priment sur les dispositions nationales.

En 2024, le Kazakhstan avait affiné la proposition de l’IABS dans des documents de travail soumis au groupe de travail de la BTWC, décrivant comment un nouvel organisme pourrait intégrer les mécanismes de coopération, de vérification et d’examen scientifique dans le cadre de la Convention.

Le passage de la terminologie « biosécurité » à « biosûreté » a marqué une approche plus large qui va au-delà de la santé publique pour inclure les dimensions stratégiques et sécuritaires.

Lors d’un séminaire de haut niveau organisé à Almaty pour marquer le 50e anniversaire de la BTWC, des responsables et des experts de plusieurs régions ont souligné les risques croissants posés par les progrès technologiques rapides dans le domaine de la biotechnologie et la nécessité d’une coordination internationale plus forte.

Priorités communes

Les politiques extérieures de l’Union européenne identifient déjà les risques biologiques comme un défi croissant. La stratégie mondiale de l’UE en matière de santé appelle à une « architecture sanitaire internationale plus solide » pour prévenir et répondre aux menaces biologiques, tandis que la boussole stratégique pour la sécurité et la défense souligne l’importance d’anticiper les risques liés aux progrès technologiques.

Ces deux cadres reconnaissent le chevauchement entre la sécurité sanitaire mondiale et la non-prolifération, un lien que la proposition de l’IABS cherche à aborder. Pour l’UE, l’initiative du Kazakhstan s’inscrit dans le droit fil de son soutien de longue date à la BTWC.

Bruxelles a financé plusieurs projets visant à renforcer la mise en œuvre de la Convention, notamment des programmes de renforcement des capacités par le biais des centres d’excellence de l’UE sur l’atténuation des risques CBRN. Ces initiatives aident les pays partenaires à développer des réseaux de laboratoires, des normes de biosécurité et des systèmes d’intervention transfrontaliers.

La vision d’Astana d’une agence internationale s’appuie sur ces efforts en proposant une plateforme permettant de mieux coordonner les mécanismes existants dans un cadre multilatéral.

L’UE et le Kazakhstan maintiennent également une base formelle de dialogue dans le cadre de l’accord de partenariat et de coopération renforcé (APCR), qui encourage la coopération en matière de désarmement et de non-prolifération.

Dans ce cadre, des initiatives conjointes en matière de formation à la biosécurité, de transparence des données ou de mécanismes d’alerte précoce pourraient traduire les priorités communes en résultats concrets.

Le pragmatisme plutôt que le symbolisme

Bien que le renforcement de la CABT bénéficie d’un large soutien, de nombreux États membres restent prudents quant à l’adoption d’un modèle institutionnel spécifique avant que le groupe de travail n’ait achevé ses travaux.

L’UE et plusieurs partenaires, dont les États-Unis, la Suisse et Singapour, ont souligné la nécessité d’une approche équilibrée et inclusive, fondée sur la faisabilité technique plutôt que sur des déclarations politiques.

Les récents documents de travail kazakhs reflètent cette conception et proposent une approche progressive pour parvenir à un consensus.

Jean Pascal Zanders, chercheur en désarmement et sécurité, a fait remarquer que l’IABS pourrait servir de plateforme pour tester des solutions institutionnelles, un lieu où les scientifiques, les décideurs politiques et la société civile pourraient explorer des mécanismes susceptibles de servir plus tard de base à une organisation formelle.

Cette approche rappelle la contribution du Canada aux négociations qui ont abouti à la Convention sur les armes chimiques, lorsque des études techniques sur la vérification et la conformité ont conduit à la création de l’OIAC.

Une opportunité potentielle pour l’Europe

Pour l’UE, s’engager dans la proposition du Kazakhstan en matière de biosécurité pourrait contribuer à des objectifs plus larges : faire progresser la diplomatie mondiale en matière de santé, soutenir la résilience à long terme de la CABT et renforcer le rôle de l’Europe dans la promotion de la gouvernance multilatérale dans un contexte de fragmentation géopolitique croissante.

La coopération pratique pourrait débuter par des dialogues politiques, des échanges techniques ou des projets de recherche communs, puis évoluer vers un partenariat plus structuré reliant l’expertise européenne aux initiatives émergentes en matière de biosécurité en Asie centrale.

Au-delà de la dynamique régionale, les innovations technologiques dans des domaines tels que la biologie synthétique, l’intelligence artificielle et le génie génétique continuent de brouiller la frontière entre la recherche civile et la recherche à double usage. Il devient donc de plus en plus important d’établir des normes internationales et des mécanismes de vérification clairs.

S’il est développé de manière inclusive, l’IABS pourrait fournir un cadre pour soutenir la transparence, le renforcement des capacités et la gestion des risques à l’intersection de la santé, de la science et de la sécurité.

Un engagement constructif de toutes les parties, y compris l’UE, pourrait contribuer à garantir que tout modèle institutionnel futur reflète les principes d’ouverture, de responsabilité et de coopération internationale, objectifs centraux de la politique étrangère européenne et kazakhe.