Le plan d'adhésion de l'Albanie à l'UE
Également dans l'édition de mardi : la sauce andalouse de Ribera, la transparence sur les talibans, les drogues illicites
UN NIVEAU DE TRANSPARENCE DIGNE DES TALIBANS : À peine 22 jours après la révélation par Euractiv que la Commission européenne prévoyait d’inviter les talibans à Bruxelles pour des discussions sur la migration, l’institution a finalement admis que la réunion aurait lieu.
Le 21 avril, après la publication de cette exclusivité, le porte-parole de l’UE Markus Lammert avait déclaré depuis la tribune : « Je ne peux pas confirmer qu’une réunion avec les autorités d’Afghanistan soit prévue à Bruxelles pour le moment, ni qu’une invitation ait été envoyée. » Alors, qu’est-ce qui a provoqué ce soudain élan de franchise ?
Vous lisez Rapporteur ce mardi 12 mai. Ici Eddy Wax, accompagné de Nicoletta Ionta à Bruxelles.
À savoir :
🟢 L’Albanie propose un nouveau modèle d’élargissement
🟢 Ribera vient en aide aux agriculteurs avant les élections
🟢 Un commissaire en accuse un autre au sujet des colonies israéliennes
Sur le rond-point : Que fument les dirigeants de l’UE ?
L’Europe, vue de Bruxelles
Qu’est-il advenu de la grande refonte de l’élargissement de l’UE ? Silence radio.
« Tout le monde attend la communication, mais elle n’a pas encore été publiée », m’a confié lundi Ferit Hoxha, ministre albanais des Affaires étrangères, lors d’un entretien exclusif.
Hoxha, diplomate de carrière qui a occupé le poste d’ambassadeur de Tirana auprès de l’UE jusqu’en mars, sait mieux que quiconque que l’élargissement de l’Union est redevenu une priorité géopolitique. Mais la confusion règne quant à ce que Bruxelles compte faire à ce sujet – si tant est qu’elle compte faire quelque chose.
Les gouvernements européens ont rejeté l’idée de la Commission d’accélérer l’adhésion de certains pays au club, l’Ukraine étant la première concernée. Hoxha l’a dit sans détour, affirmant que le plan d’« élargissement à l’envers » – l’adhésion d’abord, les réformes ensuite – est « mort ».
Aujourd’hui, alors que l’extrême droite, hostile à l’élargissement, se prépare pour les élections de l’année prochaine en France, en Pologne et en Espagne, Bruxelles ressort une vieille astuce : présenter une proposition politique existante comme une nouveauté.
Selon le commissaire européen au budget, la politique de longue date d’« intégration graduelle » – qui permet aux pays candidats d’accéder à des avantages et à des programmes avant leur adhésion à part entière – constitue un changement majeur.
« L’idée est d’offrir les avantages de l’adhésion dans des domaines spécifiques de l’intégration avant même que le processus formel de négociation d’adhésion ne soit achevé », a expliqué Piotr Serafin aux journalistes lundi, ajoutant que cette idée bénéficiait d’un « soutien assez large ».
Cela pourrait tromper certains, mais non, non, non, ce n’est pas nouveau. L’Albanie, qui espère rejoindre l’UE d’ici 2030 et est largement considérée comme la meilleure de sa catégorie aux côtés du Monténégro, veut des réponses sur ce que Bruxelles propose réellement.
« Beaucoup de gens parlent d’“intégration graduelle” » m’a dit Hoxha. « Je ne sais pas ce que cela signifie. Parce que personne n’a expliqué comment cela fonctionne. »
« La seule chose que je sais, dont nous discutons, que nous faisons… avec [la commissaire à l’élargissement] Marta Kos et tous les États membres, c’est le processus fondé sur le mérite, selon la méthodologie officielle », a-t-il déclaré.
Pourtant, Hoxha a sa propre vision de ce à quoi pourrait ressembler une intégration graduelle significative. « Pouvons-nous faire plus ? Pouvons-nous participer aux réunions ? Pouvons-nous faire partie de différentes structures ? »
Pour chaque chapitre de négociations débloqué – l’Albanie en a ouvert 33 jusqu’à présent –, le pays pourrait obtenir le statut d’observateur dans ce domaine politique. « Cela rendrait le processus plus complet, plus participatif, et cela [préparerait] sans aucun doute les pays candidats à l’adhésion », a-t-il affirmé.
« Faisons en sorte que ceux qui sont les plus avancés, qui le méritent et qui remplissent les critères, rejoignent l’Union européenne – mais que les autres ne soient pas laissés dans l’incertitude. »
Alors pourquoi le Berlaymont a-t-il évité de proposer des réformes plus profondes ? « Tout le monde attend un peu l’Ukraine », a avancé Hoxha.
L’UE pourrait se montrer réticente au cas où elle serait finalement contrainte de faire des « concessions douloureuses » sur le plan politique – comme promettre à Kiev une date d’adhésion – dans le cadre d’un futur accord de paix avec la Russie, a-t-il suggéré.
« Nous ne demandons pas cela, car nous ne sommes pas en situation de guerre », a précisé Hoxha. « Mais nous veillons très attentivement à ce que toute concession accordée [à un autre pays] s’applique également à notre pays. »
Exclusif : l’accord entre l’Italie et l’Albanie expirera
L’accord controversé sur l’immigration conclu entre l’Italie et l’Albanie pour une durée de cinq ans, signé en 2023, ne sera pas renouvelé à son expiration, a également indiqué Ferit Hoxha à Rapporteur. En effet, l’Albanie prévoit d’être membre de l’UE d’ici là. Lisez l’intégralité de notre interview.
La sauce andalouse de Ribera
Le dirigeant espagnol Pedro Sánchez fait face à un test électoral majeur ce dimanche, alors que l’Andalousie se rend aux urnes. Il était donc curieux de lire hier que Teresa Ribera, sa candidate au poste de commissaire, a annoncé avoir approuvé un plan d’aide d’État national de 1,5 milliard d’euros destiné aux agriculteurs d’Estrémadure et… d’Andalousie.
Les alliés socialistes de Ribera au Parlement européen ont salué cette décision comme une victoire de l’influence de l’Espagne à Bruxelles en matière de politique rurale. À six jours du scrutin, la députée européenne Lina Gálvez n’a pas manqué l’occasion de critiquer Juanma Moreno, le président sortant de centre-droit de l’Andalousie, pour son « incapacité à défendre les intérêts andalous en Europe ».
Les commissaires sont toutefois censés agir uniquement dans l’intérêt européen.
« Le point essentiel, c’est le timing », a estimé une source du PPE, arguant que la proximité des élections en Andalousie démontrait clairement l’« intention » de Ribera. Cela pourrait-il donc être perçu comme une ingérence électorale ?
« Je ne le pense certainement pas », a rétorqué le porte-parole de la Commission, Ricardo Cardoso. « La Commission prend ses décisions sur la base des faits et du droit. »
Pourtant, le parcours de Ribera suggère qu’elle comprend l’intérêt politique de faire – ou de ne pas faire – une annonce à un moment opportun.
L’UE divisée sur la question des colonies israéliennes
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont approuvé lundi de nouvelles sanctions contre les colons violents. Mais cet accord, longtemps bloqué par la Hongrie, a mis en évidence une fracture plus profonde au sein de la Commission quant aux prochaines étapes. Kaja Kallas a publiquement reproché à son collègue commissaire Maroš Šefčovič de ne pas avoir formellement proposé d’interdire le commerce avec les colonies.
Des pays comme la France, la Suède, la Belgique et l’Irlande souhaitent que l’UE interdise le commerce avec les colonies illégales, mais ils ne disposent pas de la majorité – selon Kallas elle-même. « De nombreux États membres ont appelé à aller de l’avant sur ce point », a-t-elle déclaré plus tard lors d’une conférence de presse.
Kallas a laissé entendre qu’elle soutiendrait la présentation d’une telle proposition aux ministres, mais a souligné qu’elle devrait émaner de Šefčovič, le commissaire au commerce, et non d’elle-même.
« J’ai demandé cela, mais la proposition n’existe pas, et je ne peux pas la rédiger », a-t-elle expliqué.
L’UE rouvre le canal de communication avec la Syrie
Lundi, les pays de l’UE ont officiellement rétabli l’application intégrale de l’accord de coopération UE-Syrie, signe le plus clair à ce jour que Bruxelles s’oriente vers une normalisation des relations avec Damas après plus d’une décennie d’isolement.
Cette décision, annoncée à l’issue de la première réunion de haut niveau entre l’UE et la Syrie, lève une partie du régime de sanctions instauré en 2011 en raison des violations des droits de l’homme commises sous le régime de Bachar al-Assad. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont également convenu de lever les mesures restrictives visant le ministre syrien de l’Intérieur, Anas Khattab, et le ministre de la Défense, Murhaf Abu Qasra.
Les inquiétudes concernant les droits des Kurdes persistent toutefois, suite à la recrudescence des tensions dans le nord-est de la Syrie au sujet de l’enseignement en langue kurde. Kaja Kallas a déclaré qu’elle soulèverait les préoccupations relatives aux droits des minorités, notamment l’accès à l’éducation dans leur langue maternelle.
Le virus de la croisière met à l’épreuve la machine de crise de l’UE
Alors que le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a pris la tête de la communication publique lors de l’épidémie d’hantavirus à bord d’un paquebot néerlandais bloqué au large des îles Canaries, Bruxelles a coordonné discrètement la réponse européenne en coulisses.
La Commission a activé le mécanisme de protection civile de l’UE à la demande de l’Espagne, organisant plusieurs vols de rapatriement et convoquant des réunions quotidiennes sur la sécurité sanitaire avec les partenaires du G7, tandis que le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a déployé des experts pour soutenir les autorités espagnoles et a averti que d’autres cas étaient encore possibles à travers l’Europe en raison de la longue période d’incubation du virus. Lisez l’article complet de Thomas Mangin, d’Euractiv.
La Roumanie propose son propre « mur de drones »
Le ministre roumain de la Défense, Radu-Dinel Miruță, a déclaré à mon collègue Pietro Guastamacchia que l’UE devrait envisager une réponse commune aux menaces liées aux drones le long de son flanc oriental, alors même que les gouvernements évaluent les risques liés à l’interception de drones à proximité de zones civiles.
Miruță a indiqué qu’il soulèverait la question lors de la réunion des ministres de la Défense qui se tient aujourd’hui à Bruxelles.
La Roumanie, qui partage avec l’Ukraine l’une des plus longues frontières de l’UE, a signalé à plusieurs reprises que des drones russes s’égaraient sur son territoire lors d’attaques contre des infrastructures ukrainiennes. Mais Bucarest souhaite que Bruxelles traite cette question comme un problème européen, plutôt que purement national. « Cette menace ne concerne pas seulement la Roumanie », a souligné Miruță.
Cela ressemble étrangement au projet de « mur anti-drones » de l’UE, qui ne semble pas avoir beaucoup avancé.
Rond-point Schuman
EN HAUT DE L’AGENDA : Les dirigeants de l’UE devraient aborder la question des drogues illicites et du trafic lors de la prochaine réunion du Conseil européen et pourraient donner des orientations sur la mise en œuvre de la stratégie antidrogue de l’Union, selon un projet d’ordre du jour consulté par Rapporteur.
« CLUB CHARLEMAGNE » : Un club de débat d’extrême droite au Parlement européen a fait sensation en annonçant un événement prévu ce soir intitulé : « Vers une majorité d’extrême droite au Parlement européen ». Parmi les intervenants figurent Branko Grims (PPE), René Aust (ESN), Charlie Weimers (ECR) et António Tânger Corrêa (Les Patriotes).
Cette annonce a à elle seule suscité les critiques du groupe S&D, ce qui a poussé Weimers à accuser les socialistes d’hypocrisie pour avoir collaboré avec l’extrême gauche. Le libéral autrichien Helmut Brandstätter a demandé : « Où le PPE trace-t-il la ligne en matière de collaboration avec l’extrême droite ? »
GRÈVE : Une grève nationale affecte aujourd’hui les transports publics en Belgique. Plus d’infos.
CORRECTION : L’édition de lundi du Rapporteur a indiqué une date erronée pour la Coupe du monde de la FIFA. Le tournoi se déroule cette année.
Les capitales
BUDAPEST 🇭🇺
Le nouveau gouvernement de Péter Magyar a été confronté à sa première polémique de népotisme avant même d’entrer en fonction, après la démission soudaine de Márton Melléthei-Barna, son ministre de la Justice désigné et beau-frère. Cet incident a mis en lumière le réseau dense de liens familiaux et institutionnels qui entoure la nouvelle élite politique hongroise, mettant à l’épreuve la promesse de Magyar de démanteler les réseaux de favoritisme mis en place sous Viktor Orbán. Les détracteurs ont averti que cette nomination risquait de compromettre les réformes judiciaires prévues. Lisez l’article complet.
– Mátyás Varga
LONDRES 🇬🇧
Keir Starmer s’est engagé à se battre pour conserver son poste de Premier ministre après que plus de 60 députés travaillistes l’ont exhorté à démissionner à la suite de lourdes défaites aux élections locales. Quatre collaborateurs de second rang ont démissionné, tandis que des détracteurs, dont le ministre de l’Intérieur, ont fait pression pour qu’un calendrier soit établi en vue de son remplacement. Starmer a reconnu la frustration des électeurs, promis un programme plus radical en matière de croissance et d’Europe, et averti que le Parti travailliste risquait de plonger la Grande-Bretagne sur une « voie très sombre » s’il ne tenait pas ses promesses.
– Christina Zhao
MADRID 🇪🇸
La Cour nationale espagnole a rejeté toutes les accusations portées contre l’ancien président catalan Jordi Pujol, âgé de 95 ans, invoquant une déficience cognitive avancée. Les procureurs avaient accusé Pujol et ses sept enfants d’avoir dirigé une organisation criminelle qui aurait blanchi des millions d’euros de pots-de-vin pendant et après ses deux décennies au pouvoir. Les accusations pèsent toujours sur ses enfants, les procureurs réclamant jusqu’à 29 ans de prison pour son fils aîné.
– Inés Fernández-Pontes
ATHÈNES 🇬🇷
Le Conseil supérieur de la magistrature grec a renouvelé pour deux ans le mandat des trois procureurs en poste au sein de la branche grecque du Parquet européen, au lieu du mandat de cinq ans approuvé par le Collège des procureurs européens. La cour a déclaré que les procureurs devaient rester en poste jusqu’à ce que leurs dossiers en cours soient clôturés. Un porte-parole du Parquet européen a confié à Euractiv que le bureau allait « analyser la décision et déterminer les prochaines étapes appropriées ».
– Sarantis Michalopoulos
BELGRADE 🇷🇸
La commissaire à l’élargissement, Marta Kos, a déclaré lundi qu’aucun versement au titre du plan de croissance de l’UE n’avait été effectué en faveur de la Serbie depuis l’adoption de lois controversées sur le système judiciaire et les poursuites pénales, mais a nié que la Commission ait officiellement gelé les fonds. Cette clarification fait suite à des remarques antérieures de Kos suggérant que les versements avaient été suspendus en raison de préoccupations concernant un recul du système judiciaire, ce qui a alimenté les interrogations sur l’approche de Bruxelles concernant la conditionnalité relative à l’État de droit dans le processus d’adhésion de la Serbie.
– Bronwyn Jones
VARSOVIE 🇵🇱
La Pologne demande des explications aux États-Unis concernant l’arrivée de l’ancien ministre de la Justice Zbigniew Ziobro, a fait savoir lundi le vice-ministre des Affaires étrangères Marcin Bosacki, exprimant l’espoir que cette affaire ne nuise pas aux relations bilatérales. Ziobro, qui fait l’objet de 26 chefs d’accusation en Pologne, notamment pour abus de pouvoir et participation à une organisation criminelle, a confirmé qu’il se trouvait aux États-Unis après avoir obtenu l’asile en Hongrie. Varsovie a déclaré qu’elle demanderait son extradition.
– Charles Szumski
PRISTINA 🇽🇰
Kaja Kallas a affirmé que les élections répétées au Kosovo retardaient le dialogue entre Belgrade et Pristina, après le report d’une réunion de haut niveau prévue avant les élections anticipées du 7 juin au Kosovo. Kallas a déclaré que les deux parties avaient donné leur accord pour les pourparlers, mais qu’elle travaillait désormais séparément avec Belgrade et Pristina à la mise en œuvre des accords existants. Le ministre des Affaires étrangères par intérim du Kosovo, Glauk Konjufca, a expliqué que l’instabilité entravait la mise en œuvre du plan de croissance de l’UE.
– Bronwyn Jones
Également sur Euractiv
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Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trices : Claudie Moreau, Magnus Lund Nielsen, Pietro Guastamacchia, Vince Chadwick, Victoria Becker, Thomas Møller-Nielsen, Sofia Sanchez Manzanaro, Angelo di Mambro, Björn Stritzel
Traductrice : Clara Vassent