Sortir l’Europe de sa crise d’adolescence

Dans une analyse publiée dans le cadre du Livre jaune d’EURACTIV.fr, le Mouvement européen-France évoque la crise d’identité de l’UE et les défis que celle-ci devra relever pour s’en sortir.

Dans une analyse publiée dans le cadre du Livre jaune d’EURACTIV.fr, le Mouvement européen-France évoque la crise d’identité de l’UE et les défis que celle-ci devra relever pour s’en sortir.

L’Europe traverse actuellement une crise d’identité sans précédent. Les fondateurs du projet européen voulaient « unir les hommes ». Sans fixer de frontières géographiques à la Communauté, ils ont lancé la construction européenne par une intégration progressive dans les domaines du charbon et de l’acier, puis du marché commun. Mais, depuis le début des années 1990, l’intégration européenne touche de plus en plus souvent à des domaines qui sont au cœur de la souveraineté des États.

En outre, sur un continent privé de barrières naturelles à l’Est, définir des frontières est particulièrement malaisé. A mesure que la frontière orientale de l’UE se rapproche des frontières occidentales de la Russie et de la Turquie, la question se pose avec une acuité renforcée.

L’absence d’une identité européenne clairement définie et la mondialisation compliquent en outre l’émergence d’un sentiment d’appartenance commune. Ainsi selon un récent sondage, 53 % des Européens remettent en cause l’existence d’une culture européenne.

Un double défi

Aujourd’hui l’Europe se trouve devant le double défi de s’attaquer à des chantiers urgents tout en apportant une réponse à sa crise d’identité. Seule une approche globale de ces questions permettra de relever le défi. 

Parmi les principaux chantiers figurent la réponse au changement climatique et l’action en faveur d’une plus grande intégration économique et sociale. L’urgence du changement climatique exige de transformer tous les secteurs de l’économie européenneen vue d’un fonctionnement plus durablement respectueux de l’environnement.

Le renforcement de l’intégration économique et sociale passe quant à lui par une redéfinition de la solidarité entre Européens, que ce soit par l’invention d’une redistribution fiscale plus juste ou par des mesures de relance communes. Mais aussi par des stratégies transfrontalières sectorielles, par exemple dans le domaine de la construction automobile, ou par l’instauration d’un superviseur financier européen responsable d’une meilleure régulation des banques et des marchés financiers.

Les principaux éléments constitutifs d’une réponse à la crise de l’identité européenne sont  :

  • Définir les objectifs de la construction européenne
  • Forger un sentiment d’appartenance
  • Se donner les moyens financiers et institutionnels de son action.

Définir les objectifs de la construction européenne est un choix politique

En l’absence de réponse simple à la question des frontières, définir des objectifs constitue un choix politique. Ce dernier dépend à son tour de l’idée que l’on se fait de l’intégration européenne.

Si l’on estime que l’Europe doit avoir pour vocation de constituer un ensemble politique intégré, démocratique dans lequel les peuples acceptent d’exercer conjointement leur souveraineté, l’Union doit rester de taille raisonnable.

Si toutefois il s’agit de créer un réseau des États adhérant à un socle de valeurs communes telles que la démocratie, l’État de droit et l’économie de marché, sans pour autant créer d’entité politique nouvelle, l’Union pourra continuer de s’étendre.

Une meilleure connaissance des Européens entre eux

L’émergence d’un sentiment d’appartenance requiert également une meilleure connaissance des Européens entre eux.

L’instauration d’un socle culturel commun à travers une véritable instruction civique européenne, l’apprentissage de deux langues étrangères au moins, et la multiplication des programmes d’échange et de voyages permettraient de contribuer à ce rapprochement.

Autre impératif, celui de favoriser l’émergence d’une véritable vie politique européenne. L’organisation des élections européennes sur une base véritablement européenne et non plus nationale serait l’une des pistes à suivre dans ce sens. Ainsi, lors des prochaines élections européennes, il pourrait être opportun d’élire 10 – 15% des députés sur une base transnationale.

Enfin, la question des symboles de l’UE ne devrait pas être oubliée car ils sont essentiels à la construction d’une identité européenne. C’est pourquoi le double pavoisement des bâtiments publics devrait être la règle en Europe.

Des moyens financiers et institutionnels renforcés

L’Union européenne devra également se doter de moyens financiers et institutionnels renforcés. En premier lieu, un accroissement des ressources propres de l’Union sera nécessaire afin de mettre fin au jeu du « juste retour » et de lui permettre d’investir dans son avenir. Si le Traité de Lisbonne, dans l’éventualité de sa ratification prochaine, apporte un début de réponse au renforcement des institutions, une amélioration du fonctionnement de l’UE sur le plan budgétaire passe aussi par l’attribution au Parlement européen de la prérogative budgétaire. En effet, le consentement des représentants du peuple à l’impôt constitue l’un des fondements des démocraties.

L’avenir de l’Europe est en jeu, soyons à la hauteur.

Mouvement européen – France