Localisation de l’aide au développement : passons de la parole aux actes
Des centaines de banques publiques de développement se sont réunies à Carthagène pour renforcer leurs partenariats en faveur du développement durable. Un rendez-vous crucial à mi-chemin de l’Agenda 2030, alors que les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) sont loin d’être atteints.
Des centaines de banques publiques de développement se sont réunies à Carthagène du 4 au 6 septembre pour renforcer leurs partenariats en faveur du développement durable. Un rendez-vous crucial à mi-chemin de l’Agenda 2030, alors que les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) fixés par les Nations Unies en 2015 sont loin d’être atteints.
Le Groupe SOS se présente comme le « groupe associatif leader de l’entrepreneuriat social en Europe » et regroupe 750 associations, entreprises sociales et établissements sociaux et médico-sociaux, avec un impact dans plus de 50 pays.
Si la finance était au cœur des débats, il ne faut pas occulter l’effet levier que représente le renforcement des acteurs locaux. La promesse de la localisation de l’aide n’a pas été tenue. L’objectif fixé en 2016 était d’atteindre une allocation de 25 % des fonds humanitaires mondiaux le plus directement possible aux acteurs locaux. On en est loin : en 2022, c’est 1,8 % des fonds qui leur étaient versés directement (725 millions de dollars).
Il y a urgence à progresser. Qui est mieux placé que les coopératives de vanille de Madagascar pour mieux répartir la valeur avec leurs petits producteurs et développer leurs revenus en leur offrant un filet de sécurité ? Qui est mieux placé que les conservateurs de la vie sauvage camerounais pour restaurer leurs mangroves, en conjuguant création d’emploi et séquestration de gaz à effet de serre ?
La société civile locale porte en elle toutes les solutions, mais elle n’a pas toujours les reins assez solides pour recevoir et gérer les fonds. Elle a besoin d’accompagnement pour remplir les exigences de conformité, de gestion de projet et de reporting des bailleurs, puis pour le passage à l’échelle de leurs solutions.
Pour passer de la parole aux actes en matière de localisation de l’aide, les banques publiques de développement doivent s’engager aux côtés des acteurs locaux – entrepreneurs à impact, tissu de l’économie sociale et solidaire, organisations de la société civile – en offrant de financer leur accompagnement et pas seulement leurs projets. Elles doivent les rendre plus solides, pour qu’ils deviennent plus éligibles aux financements qui peinent encore à leur parvenir.
Si on veut vraiment localiser l’aide, alors il faut d’abord financer sa professionnalisation. La solution réside dans un double mouvement : les acteurs du Sud doivent percevoir davantage de fonds pour mettre en œuvre les projets de développement, tandis que les fonds alloués aux acteurs du Nord doivent tous relever de renforcement de capacité des organisations de la société civile locale. Ainsi, l’efficience des fonds s’en retrouve démultipliée à long terme.
Il existe plus de 500 banques publiques de développement dans le monde, pour 11 200 milliards de dollars cumulés. Leur rôle est majeur pour espérer atteindre les ODD d’ici 2030. Il est temps d’agir pour que ces fonds aillent plus directement à des acteurs locaux mieux structurés, car ils sont ceux qui conçoivent et mettent en œuvre les solutions locales aux inégalités sociales et à la crise climatique.
Signataires :
- Alexandre Lourié, Directeur Général en charge de l’international, Groupe SOS
- Anne-Leïla Batel, Directrice Générale, PULSE
- Tony Bernard, Directeur Général, Impact Tank
- Amandine Hersant, Directrice Générale, Planète Urgence
- Audrey Négui, Directrice Générale, PPI – People Power Inclusion
- Guillemette Petit, Directrice Générale, PLAY International
- Benjamin Soudier, Directeur Général, Santé Sud