Les villes du pourtour méditerranéen doivent être au coeur de l'action climatique
Face à la pollution dans les villes, notamment du pourtour méditerranéen, celles-ci doivent être placées au coeur de l’action internationale contre le réchauffement climatique, plaide Erdal Sabri Ergen.
Face à la pollution dans les villes, notamment du pourtour méditerranéen, celles-ci doivent être placées au coeur de l’action internationale contre le réchauffement climatique, plaide Erdal Sabri Ergen.
Erdal Sabri Ergen est secrétaire général adjoint de l’Union pour la Méditerranée (UpM) chargé de Transport et développement urbain durable. L’UpM est une organisation intergouvernementale qui réunit les 27 pays de l’UE et 16 pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée pour faciliter la coopération et la mise en oeuvre d’initiatives et projets régionaux.
Nos villes devraient être au cœur de toute vision réaliste du développement durable. Alors que les zones urbaines couvrent à peine 2 % de la surface mondiale, elles produisent 70 % des émissions totales de gaz à effet de serre et consomment 78 % de l’énergie mondiale. Elles ont une empreinte écologique énorme.
Pour les habitants du bassin méditerranéen, cette situation est alarmante, car en plus d’être une région particulièrement vulnérable au changement climatique, il se trouve qu’elle présente l’un des taux d’urbanisation les plus rapides au monde. Sérieusement exposées aux effets du changement climatique, les villes de la région méditerranéenne souffrent déjà de pénuries d’eau, de sécheresses, d’incendies de forêt et de fortes vagues de chaleur, tout en étant exposées à des menaces croissantes liées à l’élévation du niveau de la mer, aux inondations côtières et aux tempêtes.
Il est donc nécessaire d’avoir une coopération internationale plus vigoureuse pour stimuler le développement durable, avec un engagement de longue date pour s’assurer que les zones urbaines sont placées au cœur du programme d’action de la région. Alors que nous repensons nos villes à l’ère post-COVID-19, la mise en place de solutions communes et efficaces est plus cruciale que jamais.
Pour l’avenir, les pays de l’UpM ont entrepris de mettre en œuvre un plan d’action ambitieux afin de faire progresser le développement urbain durable dans la région. Il sera essentiel de mesurer les progrès accomplis et, dans le cadre de son plan d’action stratégique pour le développement urbain en 2040, l’UpM établit des indicateurs pour suivre et rendre compte des progrès accomplis en consultation avec toutes les parties concernées.
Et, au-delà d’une mission visant à aider la planète et les populations sur le long terme, le développement urbain durable présente aussi des avantages plus immédiats. Ainsi, l’institut pour la santé ISGlobal estime que les villes d’Europe pourraient éviter jusqu’à 43 000 décès prématurés chaque année si elles suivaient les recommandations de l’OMS en matière d’accès aux espaces verts. Des données scientifiques similaires seront essentielles pour les urbanistes de toute la Méditerranée s’ils veulent relever efficacement les défis les plus importants.
Le manque d’efficacité énergétique dans les bâtiments est aussi l’un des points essentiels à résoudre, car cette question ne cesse de prendre de l’ampleur. Aujourd’hui, les bâtiments et la construction représentent 37 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie. Loin d’atteindre les objectifs de décarbonisation fixés pour 2050, la consommation énergétique mondiale du secteur du bâtiment devrait doubler d’ici là, tandis que les besoins de refroidissement des bâtiments devraient tripler.
La réponse semble claire : la Méditerranée sera à l’avant-garde du changement climatique, mais elle doit aussi être à l’avant-garde de l’innovation. Dans la région, le Programme pour l’efficacité énergétique des bâtiments (PEEB) sous l’égide de l’Alliance globale pour les bâtiments et la construction (GlobalABC), par exemple, vise à soutenir des projets publics et privés bénéficiant directement à 14 millions de personnes et contribuant à éviter un million de tonnes d’émissions de CO2 sur une période de 50 ans.
En plus des partenariats institutionnels, le travail en faveur du développement urbain durable ne pourrait se faire sans l’inclusion de tous les citoyens, et en particulier des jeunes et des femmes, afin qu’ils aient leur mot à dire sur leur environnement immédiat.
Lors de la 3ème conférence ministérielle de l’UpM sur le développement urbain durable, qui s’est tenue à Zagreb le jeudi 4 mai, les ministres des 43 États membres de l’UpM se sont engagés à encourager davantage l’action et à garantir une coopération et des alliances multilatérales solides dans le cadre, notamment de l’agenda urbain des Nations unies.
Dès lors, et compte tenu des crises complexes et interconnectées et des défis mondiaux, y compris le changement climatique, il est urgent d’identifier des stratégies pour améliorer la santé urbaine en promouvant une meilleure planification, en fournissant aux communautés locales des espaces et des services sociaux, en agissant sur le climat, en assurant la durabilité des ressources naturelles et en proposant des solutions basées sur la nature.
À ces fins, il faut encourager le travail conjoint dans la transformation durable des villes portuaires et leur coopération, promouvoir des politiques et des programmes publics visant à résoudre le problème du logement abordable, notamment par la création d’agences nationales du logement et d’observatoires du logement et accroître la sécurité des citoyens et la résilience des villes face aux catastrophes naturelles et anthropiques.
En donnant la priorité au développement urbain durable, nous pouvons renforcer la résilience des villes euro-méditerranéennes et créer un meilleur avenir pour nos communautés et la planète. L’UpM s’y engage pleinement.