La souveraineté européenne en matière énergétique, d'abord une affaire de talents bien formés
Malgré les bonnes intentions, plusieurs dangers menacent la traduction des ambitions européennes sur le terrain de la transition énergétique. Or, construire une souveraineté européenne en la matière repose d’abord sur des talents formés de façon adéquate.
Malgré les bonnes intentions, plusieurs dangers menacent la traduction des ambitions européennes sur le terrain de la transition énergétique. Or, construire une souveraineté européenne en la matière repose d’abord sur des talents formés de façon adéquate.
Lysan Drabon, Managing Director Europe chez Project Management Institute, organisation professionnelle à but non lucratif basée aux États-Unis et spécialisée dans la gestion de projets.
L’éolien et le solaire ont fourni plus d’électricité que le gaz au sein de l’Union européenne en 2022. Une première dont il faut se réjouir et qui s’inscrit dans l’objectif européen de viser la neutralité carbone d’ici 2050 et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990.
Cependant, le mix énergétique européen est encore essentiellement constitué par des énergies fossiles. En Allemagne par exemple, elles ont encore compté pour près de 79 % de la consommation d’énergie primaire en 2022. La transition vers des énergies plus propres constitue encore un long chemin, mais peut constituer un levier de croissance pour l’économie européenne au cours des années à venir.
Toutefois, réaliser cette ambition implique de penser et concrétiser de grands projets toujours plus innovants et impactant, à l’image des gigafactories dans le domaine des batteries électriques. La France et l’Europe ont tout pour leur donner vie, mais elles doivent d’abord résoudre l’équation d’un manque de chefs de projets correctement formés à ces enjeux.
Donner à l’Europe les moyens de ses ambitions
De par la croissance des organisations et le départ à la retraite de chefs de projets expérimentés, ce sont 25 millions de postes de professionnels du projet qui seront à pourvoir d’ici 2030.
Ce chiffre témoigne du risque pénurie qui guette le secteur et menace notre économie. Car sans chefs de projet correctement formés, c’est toute l’économie réelle qui serait impactée.
Ce constat est particulièrement valable pour les métiers liés à l’énergie propre et plus largement à l’environnement. Ces derniers sont en pleine croissance. L’Europe comptait en 2020 plus de cinq millions « d’emplois verts » contre tout juste trois millions en 2000. Une expansion amenée à se poursuivre.
En France par exemple, le Shift Project anticipe la création d’1,1 million « d’emplois verts » d’ici 2050.
Conséquence de ces deux situations, l’Europe pourrait manquer de professionnels qualifiés et ne pas être en mesure d’être à la hauteur de « l’économie de la Transition » qu’elle souhaite impulser.
Pour preuve, 71 % des « métiers verts » connaissent d’ailleurs des difficultés de recrutement. Or, la création de filières solides en matière de réindustrialisation verte implique d’avoir des professionnels suffisamment formés à cela. D’où l’importance pour l’Europe de renforcer les efforts en termes de politique de formation auprès des États membres.
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L’amélioration du potentiel des projets énergétiques doit être une priorité
Outre le manque de professionnels, la question de l’optimisation des projets de transition énergétique menés en Europe se pose.
Pour y parvenir, il apparait essentiel de doter les collaborateurs des compétences adéquates. Ainsi, les organisations accordant une priorité importante aux power skills, ces compétences interpersonnelles particulièrement importantes pour ce qui est de la communication, de la gestion multiculturelle ou de la résolution des problèmes, tendent à être plus efficaces et à posséder plusieurs facteurs de succès. Les projets qui accordent une priorité aux power skills sont 72 % à remplir leurs objectifs business, contre 65 % pour ceux qui ne le font pas.
Si l’on adapte ce constat à l’échelle européenne, le manque d’intégration des power skills par les organisations, pourrait fortement ralentir la transition vers une souveraineté en matière de mobilité électrique prônée par le Net Zero Industry Act.
Un constat d’autant plus valable que 63 % des chefs d’entreprise ne pensent pas être en mesure d’atteindre leurs objectifs en matière d’ESG et de reporting réglementaires. Un chiffre qui en dit long sur la nécessité d’avoir des équipes formées et prêtes à relever ce défi de la Transition.
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Profiter de l’année européenne des compétences aller plus loin que les dispositifs existants
L’Année européenne des compétences a vocation à donner un nouvel élan à la réalisation des objectifs sociaux de l’Union européenne à l’horizon 2030, notamment un minimum de 60 % des adultes en formation chaque année. Un bon premier pas qui gagne à s’accentuer en y associant un objectif et des moyens spécialement dédiés aux « métiers verts ».
Autre aspect important, si les institutions européennes ont un rôle moteur, elles ne doivent pas être les seules à faire avancer les grands projets énergétiques.
Ainsi, un rapport de S&P Global Market Intelligence révèle que les investissements en capital privé et en capital-risque dans les projets d’énergie renouvelable sont passés de 633 millions de dollars en 2021 à 5,5 milliards de dollars au cours des trois premiers trimestres de 2022.
Une tendance à confirmer, car penser un projet ne suffit pas. Encore faut-il avoir des équipes qui disposent de tous les moyens et compétences pour pouvoir les exécuter.
Par conséquent, la formation est certes l’affaire des institutions publiques françaises et européennes… mais aussi des entreprises qui doivent pousser leur investissement dans la formation de leurs collaborateurs aux enjeux actuels et de demain.