La présidence française du Conseil de l’Union européenne, un tournant décisif pour l’Europe spatiale

Dans un paysage spatial bouleversé par de nouveaux acteurs publics et privés, marqué par de nouveaux risques pour notre souveraineté et par des ruptures technologiques, l’Europe doit élaborer rapidement une stratégie ambitieuse.

French President of the European Affairs commission of the National Assembly Sabine Thillaye
Sabine Thillaye est une députée française (MoDem) et la présidente de la commission des Affaires européennes à l'Assemblée nationale.  [ CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA]

L’année 2022 sera décisive pour le futur de l’Europe spatiale. Dans un paysage spatial bouleversé par de nouveaux acteurs publics et privés, marqué par de nouveaux risques pour notre souveraineté et par des ruptures technologiques, l’Europe doit élaborer rapidement une stratégie ambitieuse. Alors que la France assure la présidence du Conseil de l’Union européenne et la co-présidence du Conseil de l’Agence spatiale européenne (ESA), sa responsabilité est grande.

Sabine Thillaye est une députée française (MoDem) et la présidente de la commission des Affaires européennes à l’Assemblée nationale. 

La future stratégie européenne devra accorder une place particulière aux questions de défense et de sécurité. Si traditionnellement les activités spatiales militaires relèvent du domaine national, la France ayant par exemple créé un Commandement de l’espace en 2019, les moyens déployés à l’échelle nationale ne sont pas suffisants face aux autres puissances spatiales, dans un contexte de saturation des orbites terrestres basses. L’autonomie européenne en matière de surveillance des activités spatiales et de suivi des débris spatiaux doit ainsi être garantie, à l’heure où elle dépend encore trop souvent des outils américains. Elle pourrait l’être par le renforcement du nouveau programme de surveillance spatiale de l’ESA (SSA).

L’Europe doit également poursuivre le développement de satellites militaires pour mieux sécuriser ses communications critiques. Ces mesures ne peuvent toutefois être effectives que dans le cadre d’une coopération européenne approfondie. Tandis que l’ESA s’est construite autour d’un projet avant tout civil et scientifique, l’Europe est appelée à devenir aujourd’hui un acteur majeur en matière de défense spatiale, seul à même de garantir notre souveraineté.

Pour autant, le rôle de l’Europe spatiale ne se limite pas à la défense et à la sécurité. L’espace occupe en réalité une part croissante du quotidien des citoyens français et européens.

L’Europe doit donc rester en pointe en matière de technologies spatiales et numériques et en ce qui concerne leurs applications, qui sont toujours plus nombreuses. Elle doit capitaliser sur ses succès, comme le système européen de géolocalisation Galileo, qui est le système le plus précis au monde et facilite le quotidien de plus de 2,3 milliards d’usagers. Le programme Copernicus, qui permet l’observation et la surveillance de la Terre à l’aide de ses satellites, par exemple en matière de qualité de l’air ou de montée des océans, sera pour sa part toujours plus essentiel dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Dès à présent, les technologies spatiales et numériques font évoluer nos modèles économiques, industriels et sociétaux, par exemple en renouvelant les pratiques agricoles vers une agriculture de précision.

Le secteur spatial devient ainsi toujours plus stratégique pour l’Europe et ses États, c’est pourquoi nous devons continuer à le soutenir politiquement et financièrement pour éviter toute relégation. Il s’agit d’abord de préserver notre autonomie et notre souveraineté dans une zone plus conflictuelle que jamais, mais aussi de tirer parti des meilleures technologies spatiales en continuant à entreprendre des projets aussi ambitieux qu’Ariane 6, dont le premier lancement devrait intervenir d’ici la fin de l’année à Kourou.

Dans un environnement concurrentiel à nouveau dominé par les États-Unis, l’Europe se réorganise et met en œuvre plusieurs initiatives visant à bâtir un New Space européen innovant, comme la création du fonds Cassini doté d’un milliard d’euros destiné à soutenir les startups du secteur spatial, ou le développement à venir de micro-lanceurs et d’une constellation de satellites européenne. Ces initiatives sont cruciales pour garantir la compétitivité et la vitalité de notre industrie spatiale, si importante pour nous tous. 

En donnant une impulsion forte à ces projets et en faisant mieux connaître l’Europe spatiale aux citoyens, la présidence française est une occasion précieuse de définir une feuille de route concrète et ambitieuse pour l’Europe spatiale de demain.