Les régions françaises, à la conquête de l'Espace
Pour faire face à la concurrence mondiale de demain, l'Europe doit changer de braquet dans l'espace, sous peine d'être dépassée, écrit Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine.
Pour faire face à la concurrence mondiale de demain, l’Europe doit changer de braquet dans l’espace, sous peine d’être dépassée, écrit Alain Rousset.
Alain Rousset est président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.
Le grand public n’en a pas forcément conscience : le spatial est déjà très présent dans notre vie quotidienne : pour nous aider à nous déplacer, pour observer et faire face aux évolutions du climat, pour accélérer la transition agro-écologique, les télécommunications, apporter Internet dans des territoires reculés ou encore dans la Défense, les satellites sont devenus indispensables. Demain, ils le seront encore davantage avec le « New space » qui abaisse les coûts d’accès à l’Espace et démultiplie le potentiel d’activités.
De grandes Nations, mais aussi désormais des sociétés privées se lancent dans une course effrénée à la conquête de l’Espace pour une raison majeure : le marché du spatial est appelé à tripler d’ici 2030. Pour sa souveraineté, l’Europe ne peut pas rater ce virage et se laisser distancer par des acteurs tels que SpaceX et son lanceur réutilisable, abondamment soutenu par la NASA et le gouvernement américain. Le contexte géopolitique mondial de plus en plus instable me renforce dans cette conviction.
Notre souveraineté suppose d’avoir une forte volonté politique, une unité au sein de l’Union européenne pour soutenir nos lanceurs, mais aussi avancer sur une constellation européenne de satellites. En orbite basse, l’enjeu est majeur pour rester indépendants dans les télécoms, la Défense, la transition énergétique et agricole…
Alors, osons investir massivement, prenons le risque de miser sur des projets de technologie de rupture, main dans la main avec nos voisins allemands et italiens. En nous appuyant sur les opérateurs qui ont fait le succès de l’Europe spatiale depuis 60 ans, comme ArianeGroup, et les innovations portées par tous les acteurs de la filière sur le continent.
L’Agence spatiale européenne a déjà investi dans plus de 500 start-up mais ces jeunes pousses ne peuvent décoller sans les pouvoirs publics, notamment les Régions, qui financent de nombreux projets ni sans une stratégie dédiée pour leur donner les fonds propres nécessaires à leur déploiement pour devenir des leaders mondiaux.
Suivons l’exemple d’Airbus qui a su faire de l’Europe un tremplin en optimisant son outil industriel sur l’ensemble du continent pour devenir leader mondial de son secteur. Ariane 6 intègre les meilleures innovations européennes grâce à plus de 600 entreprises partenaires et attire les meilleurs ingénieurs du monde dans les 13 Etats membres qui y participent en Europe.
Dans ce grand orchestre, des régions comme la Nouvelle-Aquitaine tiennent une place stratégique. Autour d’ArianeGroup, plus de 300 fournisseurs et 90 entreprises innovent chaque jour pour un Espace plus sûr, plus responsable et capable de fournir aux Européens les services incontournables à un prix raisonnable. Ainsi, Olikrom ou Composite Adour ont participé, avec d’autres PME et PMI, à faire de notre région un territoire leader dans la propulsion solide et les matériaux composites.
La stratégie industrielle déployée par la Région Nouvelle-Aquitaine, où ArianeGroup rassemble 40% de ses effectifs français, illustre combien l’Espace se construit en Europe par et pour les territoires. C’est à cette échelle que l’on peut mieux identifier les compétences et les besoins pour développer des filières d’excellence en lien avec l’environnement industriel local, grâce à des partenariats avec le monde universitaire et scientifique ou le pôle de compétitivité Aerospace Valley.
Toutes ces initiatives ont permis d’avancer sur les défis à venir du secteur, notamment l’éco-responsabilité du spatial et de développer de nouvelles filières de recyclage des déchets pyrotechniques avec des brevets uniques dans le monde, visant à mettre en œuvre de nouveaux biomatériaux composites dans le fuselage des lanceurs.
Ce sont des briques essentielles pour relever le défi de la future famille des lanceurs européens eco-responsables qu’incarnent déjà le projet de mini-lanceur Maia ou le démonstrateur d’étage supérieur réutilisables dénommé Susie.
Pour rivaliser demain avec la concurrence mondiale, l’Europe doit changer de braquet sur le spatial, au risque d’être déclassée. Notre souveraineté dans nombre de secteurs stratégiques en dépend. Retrouvons l’audace de l’épopée du lanceur Diamant et du premier satellite, Asterix, il y a… 60 ans.