Équiper le territoire européen pour répondre aux défis du siècle
Dans une analyse publiée par EURACTIV.fr dans le cadre de son Livre jaune pour la prochaine mandature de la Commission européenne, la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) demande la tenue d’un Grenelle européen pour déterminer les actions à mener dans le cadre du développement durable.
Dans une analyse publiée par EURACTIV.fr dans le cadre de son Livre jaune pour la prochaine mandature de la Commission européenne, la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) demande la tenue d’un Grenelle européen pour déterminer les actions à mener dans le cadre du développement durable.
Paquet énergie-climat, soutien aux infrastructures d’intérêt européen, travaux sur la cohésion territoriale : la précédente Commission a posé les jalons d’une politique de développement durable du territoire européen. La nouvelle Commission aura beaucoup à faire pour assurer la mise en œuvre de ces dispositions. Il faudra bien plus qu’un objectif contraignant pour parvenir à développer la part des énergies renouvelables en Europe. De même, la cohésion des territoires européens ne se décrète pas.
Un Grenelle européen
Le développement durable nécessite d’abord un consensus large sur les actions à mener. La FNTP recommande que ce cadre d’action européen soit élaboré à travers une méthode de concertation et de gouvernance tripartite, à l’image de celle adoptée en France avec le Grenelle de l’environnement.
Cette vaste concertation à lancer dès 2010 associerait :
- des institutions européennes : Commission, Parlement européen, experts mandatés par les États membres mais aussi du Comité des régions et du Comité économique et social européen ;
- des partenaires sociaux européens, y compris les organisations professionnelles ;
- et des ONG concernées.
1. Intégrer les systèmes de transport
L’attractivité des territoires requiert des solutions pérennes de transport, cohérentes au niveau continental, intégrées et durables.
Le chemin des transports verts passe d’abord par une prise en compte fidèle des coûts environnementaux, visant tous les modes de transports. L’efficacité des transports requiert aussi des politiques de recherche et d’innovation, ainsi que de la règlementation, pour permettre des sauts technologiques, comme la voiture électrique.
La politique des réseaux transeuropéens de transport (RTE-T) doit contribuer au développement durable en devenant véritablement structurante. Pour cela, elle doit se traduire par une gestion commune des corridors européens de transport, mais aussi par une planification soucieuse des enjeux de long terme, et soutenue par un budget suffisant. En effet, le budget du RTE-T a prouvé son effet levier.
L’Union devra aussi renforcer le rôle des coordinateurs européens de projets et mieux coordonner les procédures préalables. De même, il est temps de créer un gestionnaire européen d’infrastructure pour faire avancer les projets transfrontaliers d’intérêt européen, ces chaînons manquants attendus depuis des décennies.
2. Organiser la cohésion des territoires
Métropolisation, liaisons ville-campagne, désenclavement des quartiers sensibles, les villes d’Europe partagent des enjeux de taille en termes d’attractivité et de durabilité. Face à cela, il ne peut pas y avoir de solution unique, mais une politique de cohésion européenne répondant aux défis d’aménagement propres aux différents territoires.
Si une région rurale a intérêt à réduire la fracture numérique et à développer son potentiel touristique, les zones urbaines peuvent cibler plutôt la mobilité ou les éco-quartiers. Quant au littoral et aux zones industrielles, ils n’ont pas les mêmes besoins concernant l’eau et les déchets.
À l’avenir, les programmes de développement régional devraient donc être mieux intégrés aux enjeux régionaux, en évitant tout fléchage a priori. C’est en privilégiant un dialogue entre la Commission et les Régions que l’on pourra cibler les projets significatifs pour le territoire, ceux qui auront une plus-value européenne.
3. Énergie : agir maintenant ou jamais
Le programme énergétique européen pour la relance tombe à point nommé pour créer les conditions d’une reprise. Mais la sécurité des approvisionnements, la compétitivité, et les changements climatiques demeureront des enjeux incontournables au-delà de la crise, et c’est aujourd’hui qu’il faut s’y attaquer.
Le Parlement ne s’y est pas trompé en demandant une augmentation des financements. En effet, de nouveaux grands projets d’approvisionnement émergent, à côté d’une génération plus décentralisée de l’énergie. Sans « super-réseaux » européens limitant les fluctuations locales, tous ces projets resteront sans effet sur la sécurité énergétique.
La politique énergétique européenne est donc plus que jamais nécessaire pour assurer une planification commune et une gestion optimisée des réseaux. Cela suppose la mise en place d’un budget à long terme réellement incitatif, et de nouvelles mesures facilitatrices, car les projets transfrontaliers avancent trop lentement. L’effort de recherche devra aussi être accru pour développer les réseaux électriques intelligents ou le stockage de l’électricité.
Patrick Bernasconi, Président de la Fédération Nationale des Travaux Publics