Emballages : les nouvelles règles de l’UE pourraient-elles être fondées sur des données incorrectes ?
La révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages a suscité un vif intérêt : des couloirs du Parlement européen aux cafés et restaurants de l’Union européenne, tous les regards sont tournés vers cette proposition législative.
La révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages a suscité un vif intérêt : des couloirs du Parlement européen aux cafés et restaurants de l’Union européenne, tous les regards sont tournés vers cette proposition législative.
Matti Rantanen est directeur général de l’Alliance européenne de l’emballage papier (EPPA).
Au cœur du débat, comme l’ont souligné nombre de personnes, se trouve l’absence de preuves scientifiques solides à l’appui de bon nombre des changements radicaux que les nouvelles règles d’emballage ont l’intention d’imposer. L’aspiration de la directive de fixer des objectifs élevés pour les emballages réutilisables apparaît comme ambitieuse, mais peu judicieuse lorsqu’elle est examinée sous l’angle de la durabilité environnementale.
En effet, paradoxalement, la transition vers les emballages réutilisables entraînera une augmentation des emballages en plastique dur, difficiles à recycler, ce qui devrait accroître le stress hydrique, les émissions de CO2 et toute une série d’autres conséquences ayant un impact négatif sur l’environnement.
L’analyse d’impact qui accompagnait la proposition initiale de règlement a été largement critiquée pour son manque de rigueur scientifique et l’absence d’une analyse du cycle de vie pour les options d’emballage qu’elle rendrait obligatoires ou dont elle tente de réduire l’utilisation. Pour compenser cette lacune, le Centre commun de recherche de la Commission européenne prévoit de publier sa propre analyse comparant les emballages en papier et les emballages réutilisables.
Néanmoins, si l’on examine les premiers résultats communiqués aux acteurs du secteur, il est assez inquiétant de constater que les spécifications des emballages en papier utilisées pour l’évaluation ne sont pas représentatives. En outre, les données utilisées pour le papier ne sont pas mises à jour, ce qui conduit à des résultats prévoyant un impact sur le changement climatique et la consommation d’eau beaucoup plus élevés que ceux disponibles dans les rapports déjà publiés.
Cette étude n’étant pas encore finalisée, les chercheurs doivent combler les lacunes afin que les nouvelles règles en matière d’emballage reposent sur des informations précises et actualisées concernant les matériaux d’emballage et leurs incidences sur l’environnement.
À l’inverse, les deux études menées par la société de conseil Ramboll, indépendantes et examinées par des pairs, portant sur la restauration rapide sur place et à emporter, prennent en compte les huit catégories citées par les universitaires comme étant nécessaires pour une évaluation solide. Ces analyses montrent que l’obligation d’utiliser des emballages réutilisables au lieu d’emballages en papier dans les restaurations rapides triple presque les émissions de CO2 et entraîne la consommation de 3,4 fois plus d’eau douce. Cela tient compte de l’énergie consommée pendant les cycles de prélavage à domicile et de séchage, ainsi que du transport aller-retour.
En France, par exemple, où les produits réutilisables sont obligatoires depuis le début de l’année 2023, la restauration rapide n’atteint pas le nombre souhaité de réutilisations pour que ces produits aient un impact environnemental positif par rapport aux produits à usage unique. Les données préliminaires d’une chaîne de restaurants montrent par exemple que le nombre moyen de réutilisations est de 29, soit bien en deçà du chiffre qui les rendrait plus performants d’un point de vue environnemental que l’usage unique.
Les fibres de papier peuvent être recyclées jusqu’à 25 fois et sont beaucoup plus faciles à recycler que les matières plastiques. Le papier est recyclé à 82 % aujourd’hui, et l’industrie s’est engagée à atteindre 90 % d’ici à 2030, ce qui est supérieur à l’objectif de 85 % fixé par l’Union européenne. Cet objectif a par ailleurs déjà été dépassé dans certains États membres, comme l’Italie, où le taux de recyclage des emballages en papier en 2021 était de 86 % — et ce avec neuf ans d’avance. L’industrie a également modifié ses pratiques pour faciliter le recyclage, notamment celui des gobelets en papier en ajoutant des couvercles 100 % en papier et en fibres de papier, et celui des emballages pour les plats à emporter en supprimant les revêtements en plastique.
Se concentrer sur l’amélioration des systèmes de recyclage nous aiderait à augmenter encore le taux de recyclage. Au lieu de cela, la Commission européenne veut interdire les emballages renouvelables et recyclables à base de papier dans de nombreux contextes, forçant ainsi les gens à utiliser des emballages réutilisables en plastique dur qui sont plus chers, difficiles à recycler et souvent mal nettoyés. En outre, une grande partie de ce plastique finira dans les décharges ou polluera nos cours d’eau.
En d’autres termes, la proposition de la Commission étoufferait l’innovation précieuse en cours dans les systèmes de recyclage du papier tout en incitant les entreprises à se tourner vers le plastique. C’est le contraire de ce que nous devrions faire dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et cela entravera le développement d’une chaîne de valeur européenne complète, de la forêt au consommateur, à un moment où l’UE cherche pourtant à passer à une autonomie stratégique.
Il est essentiel de souligner qu’à l’EPPA, nous ne préconisons l’exclusion d’aucune solution d’emballage. Notre mission est de veiller à ce que les emballages à base de fibres soient reconnus pour leurs mérites et leurs performances environnementales, sur la base d’évaluations bien étayées et scientifiquement fondées.
À l’approche de votes décisifs, les décideurs politiques doivent évaluer de manière critique toutes les preuves apportées par les acteurs concernés par la proposition. L’examen minutieux de la directive n’est pas simplement une question de vigilance législative ; il s’agit là d’un véritable enjeu pour l’avenir de la durabilité environnementale, de la viabilité économique et même de la santé publique.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]