Bâtir le marché européen de l’hydrogène : les prochaines étapes des législateurs

L’hydrogène n’est pas près de disparaître. Il est polyvalent, peut être produit à partir de presque toutes les sources d’énergie et peut améliorer la sécurité énergétique.

Mitsubishi Heavy Industries EMEA
Hydrogen,Renewable,Energy,Production,-,Hydrogen,Gas,For,Clean,Electricity
L’Union européenne mise sur l’hydrogène comme élément clé de son approche globale pour parvenir à zéro émission nette. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/hydrogen-renewable-energy-production-gas-clean-1786937360" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock/Audio und werbung</a>]

L’hydrogène n’est pas près de disparaître. Il est polyvalent, peut être produit à partir de presque toutes les sources d’énergie et peut améliorer la sécurité énergétique.

Maria João Duarte est la représentante Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA) pour les institutions européennes chez Mitsubishi Heavy Industries.

Cependant, malgré le travail de fond déjà accompli, les eurodéputés ont encore un besoin urgent — et des opportunités considérables — d’aller plus loin et plus vite pour créer une économie de l’hydrogène.

Cette démarche renforcera la sécurité énergétique et ouvrira la voie à zéro émission nette d’ici 2050.

La voie vers zéro émission nette

L’Union européenne mise sur l’hydrogène comme élément clé de son approche globale pour parvenir à zéro émission nette.

En 2020, la Commission européenne a présenté des plans ambitieux définissant ce qui était nécessaire pour construire un marché de l’hydrogène. Cette initiative a été suivie d’une série de mesures, dont le plan REPowerEU en 2022, qui a doublé les objectifs précédemment fixés par la Commission. À présent, l’exécutif vise les 10 millions de tonnes de production d’hydrogène renouvelable et 10 millions de tonnes d’importations d’ici 2030.

Dans un marché énergétique mondialement connecté, le paysage est en constante évolution. REPowerEU a donc proposé des mesures visant à renforcer la sécurité énergétique et à soutenir les objectifs de l’UE d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

Dans un marché énergétique mondialement connecté, le paysage est en constante évolution.

Financer la révolution verte

De tels objectifs sont louables et nécessaires, mais la révolution de l’hydrogène ne se produira pas sans un élan d’investissement. Heureusement, ces investissements se concrétisent aujourd’hui.

Outre le soutien considérable apporté par le plan REPowerEU, des initiatives de plusieurs milliards d’euros ont été lancées en 2022, notamment les projets Hy2Use et Hy2Tech, qui sont des Projets Importants d’Intérêt Européen Commmoun (PIIEC), et qui ont permis de mobiliser un total de 10,6 milliards d’euros à des projets liés à l’hydrogène. On espère que cela contribuera également à mobiliser près de 16 milliards d’euros d’investissements privés supplémentaires.

Plus récemment, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé la création d’une banque de l’hydrogène de plusieurs milliards d’euros. « L’hydrogène peut changer la donne pour l’Europe », a-t-elle déclaré. « Nous devons développer ce marché de niche à grande échelle. »

Un impact ciblé

L’hydrogène est un peu comparable au paradoxe de l’œuf et de la poule puisque l’offre ne sert à rien sans la demande, et inversement.

La demande doit augmenter pour justifier les investissements. Des projets tels que les PIIEC de la Commission européenne y contribuent, tout comme le Fonds européen pour l’innovation, doté de 3 milliards d’euros. Mais pour l’instant, l’offre est le principal obstacle, et le financement est un élément central de la solution.

Il ne s’agit pas seulement d’un problème européen. La loi nord-américaine sur la réduction de l’inflation constitue potentiellement une avancée considérable dans le soutien aux énergies renouvelables, mais elle vise principalement à réduire les coûts de production. Il faut faire davantage sur les deux continents pour encourager la demande de transition vers l’hydrogène, ainsi que pour stimuler le soutien de ces processus par le biais des marchés publics.

La mise en œuvre rapide des contrats carbone pour la différence (Carbon Contracts for Difference, CCfD) sera également essentielle pour ouvrir le marché européen de l’hydrogène, car elle renforce les arguments en faveur de l’investissement commercial dans les technologies à faible teneur en carbone. Les CCfD sont des contrats à long terme proposés par les gouvernements pour payer la différence entre le prix du carbone et le prix de réduction du CO2.

Une vue d’ensemble

Une grande partie des politiques, des objectifs et des règlementations nécessaires pour créer un marché de l’hydrogène viable dans l’UE sont déjà en place. Il faut maintenant faire au plus simple et agir rapidement pour que l’ensemble de la chaîne de valeur mondiale soit « sur la même longueur d’onde ».

L’Union européenne veut et doit soutenir le marché mondial de l’hydrogène. Mais il faut des définitions claires dans le monde entier, ainsi que des systèmes de certification et des normes qui fonctionnent dans tous les secteurs et dans tous les pays, notamment pour le commerce international.

Il faut également clarifier un certain nombre d’options politiques proposées, notamment la taxonomie européenne, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et les exigences d’« additionnalité » récemment modifiées.

La coopération entre gouvernements a beaucoup progressé, notamment grâce au forum de partage des connaissances sur l’hydrogène organisé par l’UE et le Japon. Mais une meilleure coordination est nécessaire pour s’assurer que le principe de « l’efficacité d’abord » est appliqué aux flux commerciaux.

En outre, la forme sous laquelle l’hydrogène vert sera commercialisé et arrivera dans l’UE n’apparaît pas encore clairement, et cela dépendra fortement de l’expansion de l’infrastructure de l’hydrogène.

Maintenir la pression

L’hydrogène sera un pilier central de la transition énergétique de l’UE, non seulement comme moyen de stockage de l’énergie renouvelable, mais aussi comme futur carburant pour les navires et les avions, et comme substitut des combustibles fossiles dans l’électricité et l’industrie. Toutefois, la vitesse à laquelle le marché de l’hydrogène de l’Union européenne se développe dépend en grande partie des eurodéputés.

L’UE doit également continuer à tendre la main au reste du monde pour soutenir le développement de principes communs et la normalisation. Elle doit également clarifier certaines de ses initiatives les plus récentes afin d’offrir une voie claire pour atteindre zéro émission nette d’ici 2050, tout en renforçant la sécurité énergétique.

De nombreux éléments sont toutefois encourageants. Il est désormais clair que l’UE a mis en place un certain nombre d’initiatives audacieuses et potentiellement durables qui pourraient ouvrir la voie à un marché de l’hydrogène qui soit vraiment viable.