Appel en faveur d’une politique industrielle verte en Europe

Avec le départ des Commissaires en poste et les prochaines élections européennes, le changement est dans l'air à Bruxelles. L'Europe doit imaginer la prochaine phase de l'action climatique européenne - une Politique Industrielle Verte Européenne.

Ursula von der Leyen
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. [Commission européenne]

Avec le départ des Commissaires en poste et les prochaines élections européennes, le changement est dans l’air à Bruxelles. L’Europe doit imaginer la prochaine phase de l’action climatique européenne — une Politique Industrielle Verte Européenne.

Sabine Nallinger est directrice générale de la Stiftung KlimaWirtschaft, alliance allemande de PDG regroupant 30 entreprises de tous les secteurs travaillant au développement de solutions pour la transition vers la neutralité carbone.

Thomas Pellerin-Carlin dirige le programme européen du think tank français Institut de l’économie pour le climat (I4CE).

Les États membres, et en particulier la France et l’Allemagne, ont un rôle crucial à jouer. Après l’adoption de la Loi américaine de réduction de l’inflation (IRA) en 2022, Robert Habeck et Bruno Le Maire, les ministres allemand et français de l’Économie ont déclaré la nécessité d’une politique industrielle européenne commune. Mais depuis lors, ils se sont appuyés sur des mesures nationales.

À l’approche des élections européennes de 2024, la France et l’Allemagne devraient pourtant contribuer à définir l’ordre du jour du débat à Bruxelles en déplaçant l’accent de la poursuite actuelle de visions nationales de la politique industrielle vers une approche européenne commune.

Unis nous résistons, divisés nous chutons

Les États-Unis, la Chine, le Japon et d’autres grandes économies placent leur avenir économique dans la décarbonation et les technologies propres. Leurs ambitions sont étayées par des politiques industrielles ambitieuses et des plans d’investissement public, comme l’Inflation Reduction Act (IRA). L’UE en est dépourvue et repose plutôt sur un patchwork d’initiatives européennes et nationales, ce qui entraîne un investissement public estimé à 0,34 % du PIB de l’UE chaque année pour soutenir les technologies propres.

À l’inverse, l’IRA représente, à lui seul, un investissement annuel compris entre 0,2 % et 0,6 % du PIB américain. De plus, il s’ajoute à d’autres programmes fédéraux américains tels que l’Infrastructure, le Chips Act et d’importantes initiatives au niveau des États.

Sans un investissement public accru, l’UE sera distancée dans la course mondiale des technologies propres, mettant en péril la compétitivité de ses industries historiques.

Les tentatives d’une réponse de l’UE, notamment le Plan Industriel du Pacte Vert, se sont jusqu’à présent révélées insuffisantes pour faire face à l’ampleur du défi de compétitivité auquel l’Europe est confrontée. Les entreprises à travers l’Europe réclament donc une ambition bien plus grande, tout en menaçant de délocaliser leurs opérations de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce qui est nécessaire, c’est une véritable politique industrielle verte européenne articulée autour de trois questions.

Premièrement, créer une politique industrielle capable de mettre en œuvre le Pacte Vert.

Les politiques économiques communes de l’UE ont jusqu’à présent porté sur le maintien d’un terrain de jeu équitable entre les États membres, la cohésion du développement économique et la promotion de l’innovation. Une politique industrielle commune doit s’appuyer sur cela et ajouter une étape supplémentaire pour relever les défis du XXIe siècle et aider l’Europe à atteindre ses objectifs climatiques.

L’innovation climatique devrait être soutenue pour se développer rapidement et atteindre le marché rapidement, les chaînes d’approvisionnement doivent être rendues plus résilientes pour assurer la sécurité énergétique européenne et les industries existantes doivent être soutenues pour se décarboner.

Deuxièmement, trouver une solution pour combler le fossé d’investissement climatique, actuellement estimé à 360 milliards d’euros par an.

En pleine crise économique et à un moment où d’autres grandes économies parient gros sur les technologies propres, les options d’investissement public européennes restent actuellement trop complexes, trop limitées — ou les deux.

Pour une réponse véritablement européenne, les budgets nationaux ne sont pas suffisants. Une politique industrielle commune doit créer l’espace pour que davantage de fonds européens soient dépensés rapidement, simplement et stratégiquement. À court terme, la meilleure option est d’augmenter le financement public dédié au Fonds d’Innovation de l’UE.

Troisièmement, une structure de gouvernance européenne plus efficace est nécessaire si l’UE veut être à la hauteur des institutions homologues américaines et chinoises en termes de capacité d’action.

Une politique ambitieuse aura peu d’effet à moins que les institutions qui la mettent en œuvre soient courageuses et créatives. Les délais de délivrance de permis longs doivent être accélérés, les critères de financement complexes simplifiés.

Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Les États membres devront donner plus de pouvoir aux institutions de l’UE pour qu’elles jouent un rôle plus entrepreneurial et moins axé sur l’évitement des risques, dans l’investissement et la transformation du secteur industriel propre de l’Europe.

Industries propres made in Europe

La décarbonation de l’Europe et la transition de l’énergie fossile vers une production propre et neutre sur le plan climatique posent un défi unique en son genre. Le verdissement de l’industrie européenne et le soutien aux technologies propres de l’UE ne sont pas une recette pour la désindustrialisation, bien au contraire.

Alors que les prix du gaz naturel liquéfié semblent devoir rester élevés, les industries européennes doivent se verdir pour maintenir leur compétitivité. Une politique industrielle verte devrait donc soutenir cette transition.

Les dirigeants d’entreprises, les chercheurs et les citoyens de l’UE sont prêts à relever le défi de la course mondiale des technologies propres. Cependant, sans le soutien des États membres en faveur d’une politique industrielle commune, il est peu probable que la prochaine Commission puisse jouer pleinement son rôle.

Les dirigeants des deux plus grandes économies de l’Union, la France et l’Allemagne, doivent envoyer un signal clair qu’une approche européenne de la politique industrielle verte et des investissements climatiques doit être la base de la prospérité future.