Zone euro : des réductions de dépenses plus importantes que prévu en 2025

Selon les ministres des Finances des 20 États membres de la zone euro, en 2025, les réductions des dépenses publiques nettes devraient être plus importantes que prévu afin de se conformer aux nouvelles règles budgétaires de l’UE.

Euractiv.com
European Council meeting in Brussels
Le président de l’Eurogroupe, Paschal Donohoe. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Selon les ministres des Finances des 20 États membres de la zone euro, en 2025, les réductions des dépenses publiques nettes devraient être plus importantes que prévu afin de se conformer aux nouvelles règles budgétaires de l’UE.

Dans une déclaration publiée lundi (15 juillet) dans la soirée après la réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles, les ministres des Finances ont annoncé que l’application du nouveau cadre de gouvernance de l’Union européenne « conduira à une situation budgétaire d’austérité pour l’ensemble de la zone euro en 2025 ».

Dans la déclaration, ils soulignent qu’une telle politique d’austérité est « appropriée » étant donné la nécessité de « renforcer la viabilité budgétaire » et d’aider à garantir une baisse continue des pressions inflationnistes.

Cette déclaration diffère d’une précédente déclaration de l’Eurogroupe datant de mars dans laquelle les ministres évoquaient la nécessité d’une « orientation budgétaire globale légèrement restrictive » dans l’ensemble de la zone euro en 2025.

Le président de l’Eurogroupe, Paschal Donohoe, a déclaré que ce changement de point de vue était dû au fait qu’un plus grand nombre d’États membres que prévu initialement devraient se conformer aux règles budgétaires sur une période de quatre ans plutôt que sept.

« Ce qui s’est passé entre mars et maintenant, c’est simplement que la Commission a donné ses recommandations, et notre évaluation est que, si ces recommandations sont mises en œuvre, ce qui devrait être le cas selon moi, cela conduira à une approche plus que légèrement restrictive », a-t-il déclaré.

La Commission européenne a annoncé le mois dernier qu’elle ouvrirait des « procédures de déficit excessif » à l’encontre de la Belgique, de la France, de l’Italie, de la Hongrie, de Malte, de la Pologne et de la Slovaquie, dont les déficits dépassaient 3 % du PIB annuel en 2023.

La Roumanie, qui devrait enregistrer le déficit le plus important de l’Union européenne cette année et qui est le seul pays de l’UE pour lequel une telle procédure est en cours, n’a pas pris « de mesures concrètes » pour améliorer sa situation budgétaire globale.

« Je pense qu’il est juste de dire que les besoins d’ajustement ne sont pas moins importants qu’ils ne l’étaient en mars », a déclaré un fonctionnaire qui s’est exprimé anonymement.

« Beaucoup de choses dépendent des demandes d’extension présentées par les pays. Si l’effort d’ajustement est réparti sur sept ans, l’effort initial sera moindre et nous serons plus proches d’une “légère austérité” [l’année prochaine]. En revanche, s’ils le font en quatre ans, je pense que nous pouvons laisser tomber le mot “légèrement”. »

Les nouvelles règles budgétaires de l’UE, entrées en vigueur en avril, maintiennent les seuils initiaux de déficit et de dette de 3 % et 60 % du PIB annuel respectivement. Ces objectifs ont été inscrits dans le pacte de stabilité et de croissance de l’Union dans les années 1990. Toutefois, elles assouplissent le critère de réduction de l’excédent de la dette nationale par rapport au PIB d’un vingtième chaque année.

Au lieu de cela, les États membres qui ne respectent pas les deux limites doivent suivre des plans budgétaires personnalisés recommandés par la Commission européenne, définissant les moyens de se conformer aux règles dans un délai de quatre ans ou, si les niveaux d’endettement sont modérés et que des réformes spécifiques sont mises en œuvre, de sept ans.

Les nuances de l’orientation budgétaire

Avant la réunion, le commissaire à l’Économie, Paolo Gentiloni, et le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, ont présenté des opinions contradictoires sur le contenu de la future déclaration de l’Eurogroupe.

M. Gentiloni, membre du Parti démocrate italien de centre gauche, a réaffirmé qu’une « orientation budgétaire légèrement restrictive » l’année prochaine aurait été « conforme à notre mission de contribuer à la réduction de l’inflation, et cohérente avec les règles budgétaires que nous commençons à mettre en œuvre ».

À l’inverse, M. Lindner, membre du Parti libéral-démocrate allemand (Renew) et fervent partisan de la rigueur budgétaire, a laissé tomber le terme « légèrement ». « Nous soutenons cette recommandation en faveur d’une politique fiscale d’austérité, qui s’inscrit également dans le cadre des nouvelles règles fiscales plus strictes », a-t-il déclaré.

Ces déclarations interviennent dans un contexte de doute croissant quant à la capacité de l’Europe à financer des investissements numériques et environnementaux essentiels, mais aussi de préoccupations plus générales quant à la compétitivité de l’économie européenne.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), la zone euro ne devrait croître que de 0,8 % cette année, soit moins de la moitié de ce qui est observé en moyenne des économies développées.

Un soutien budgétaire plus important que nécessaire ?

La déclaration de l’Eurogroupe intervient deux semaines après que le Comité budgétaire européen, un organe consultatif indépendant de l’UE, a exhorté les pays de la zone euro à mettre en œuvre une « impulsion restrictive significative » en 2025.

« Le soutien budgétaire dans la zone euro devrait rester considérable, bien au-delà de ce qui est préconisé par les perspectives macroéconomiques », a noté le Comité budgétaire, précisant que les pays de la zone euro ne devraient réduire leurs dépenses que de 0,1 % de leur PIB annuel l’année prochaine.

Le Comité a déclaré que les pays ayant un « niveau d’endettement très élevé », comme la France, l’Italie et l’Espagne — les deuxième, troisième et quatrième plus grandes économies de l’UE — devraient « faire un effort supplémentaire pour réduire leurs déficits budgétaires sous-jacents ».

Selon les dernières prévisions économiques de la Commission européenne, le déficit budgétaire global de la zone euro devrait atteindre 2,8 % l’année prochaine, contre 3,6 % en 2023.

Le niveau d’endettement global, quant à lui, devrait rester au même niveau que l’année dernière, soit 90 % du PIB annuel, avant d’atteindre 90,4 % en 2025, ce qui est bien supérieur à la limite de 60 % fixée par l’Union européenne.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]