« Zeitenwende » : l’armée allemande peine à recruter

En Allemagne, le nombre de candidats souhaitant rejoindre l’armée a continué à diminuer cette année, tandis que le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a souligné que le recrutement était une priorité aussi importante que l’acquisition de matériel.

EURACTIV Allemagne
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Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius. [[EPA-EFE/Filip Singer]]

En Allemagne, malgré des efforts considérables, le nombre de candidats souhaitant rejoindre l’armée a continué à diminuer cette année, tandis que le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a souligné que le recrutement était une priorité aussi importante que l’acquisition de matériel.

Avec le début de la guerre de la Russie en Ukraine, l’Allemagne a entamé un véritable « Zeitenwende » (tournant) militaire, tentant tant bien que mal de renforcer son armée, notamment en raison des livraisons de matériel à Kiev. Ses efforts ont déjà rencontré un certain nombre d’obstacles, mais le dernier obstacle en date est un problème auquel de nombreux secteurs civils sont également confrontés : la pénurie de personnel.

Environ 23 400 personnes se sont portées candidates pour devenir soldats au cours des cinq premiers mois de 2023, soit 7 % de moins qu’au cours de la même période de l’année précédente, selon les données du ministère de la Défense citées par le magazine d’information Spiegel ce mercredi (2 août).

« Malgré des efforts considérables, la tendance à la baisse des candidatures se poursuit en 2023 », a indiqué le magazine. « La baisse continue du nombre de candidatures rendra vraisemblablement difficile le maintien de la qualité élevée actuelle de la sélection du personnel », est-il également écrit.

Ce manque d’attrait pour l’armée, et donc la diminution du nombre de candidats, survient en dépit de l’attention accrue que le public porte à l’armée depuis le début de la guerre en Ukraine.

Lors d’une visite au centre de carrière de la Bundeswehr à Stuttgart mercredi matin (2 août), le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius (SPD, Socialistes et Démocrates européens), a souligné l’importance d’attirer et de former du personnel.

« Au cours des derniers mois, j’ai déjà abordé le sujet du personnel en particulier, car il devrait être placé au même niveau que le sujet de l’approvisionnement en termes de priorités », a déclaré le social-démocrate, qui a pris ses fonctions en janvier.

L’armée allemande gère six centres de carrière à travers le pays, qui ont pour mission de recruter du personnel. Pour ce faire, ils publient des offres d’emploi de la Bundeswehr et en tentent de susciter l’intérêt des jeunes en particulier.

M. Pistorius a salué le travail accompli par ces centres, affirmant qu’ils contribuaient à placer l’armée « au cœur de la société ». Le centre de Stuttgart, par exemple, a organisé quelque 300 évènements au cours de l’année écoulée.

Toutefois, le ministre a déclaré que le suivi rapide et efficace d’un candidat potentiel ayant manifesté son intérêt restait une « pierre d’achoppement ».

« Une fois que les candidats commencent à s’intéresser à la Bundeswehr, après avoir parlé à une personne lors d’un salon de l’emploi, d’une visite d’école […] combien de temps s’écoule-t-il jusqu’à ce qu’ils soient en contact [avec l’armée], jusqu’à un premier entretien de consultation ? C’est la phase cruciale, où nous n’avons pas le droit à l’erreur », a déclaré M. Pistorius.

En raison de la pénurie de personnel qui semble toucher l’ensemble de l’économie, les jeunes disposent d’un large éventail d’options de carrière, a-t-il poursuivi, et le secteur « qui n’est pas assez rapide y perd ».

Ces dernières années, la Bundeswehr a investi des ressources considérables pour attirer de nouvelles recrues. En 2020, l’armée allemande a dépensé près de 34 millions d’euros pour le recrutement, notamment pour la publicité, les salons de l’emploi et d’autres évènements, ainsi que pour le marketing ciblant spécifiquement les jeunes, par exemple par le biais d’une chaîne YouTube.

Cependant, les campagnes de recrutement menées par l’armée dans les écoles et à l’occasion de salons de l’emploi ont suscité la controverse, Die Linke (groupe de la Gauche au Parlement européen), étant à la tête du groupe de détracteurs de ces activités qui s’inquiètent de la « militarisation » des élèves dès leur plus jeune âge.

Ainsi, plusieurs régions allemandes ont interdit à la Bundeswehr de faire de la publicité dans les écoles.