Wolfgang Schäuble : La fin du modèle social européen provoquerait une révolution

Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a prévenu mardi (28 mai) que si la lutte contre le chômage des jeunes était perdue, l’Europe pourrait éclater. Il a ajouté que le modèle social du continent pourrait disparaître et laisser place à des normes américaines plus strictes qui déclencheraient une révolution.

EURACTIV.com / Reuters
Schaeuble and Gaspar May 2013_smaller.jpg
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Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a prévenu mardi (28 mai) que si la lutte contre le chômage des jeunes était perdue, l’Europe pourrait éclater. Il a ajouté que le modèle social du continent pourrait disparaître et laisser place à des normes américaines plus strictes qui déclencheraient une révolution.

L’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Italie ont soutenu la mesure d’urgence visant à sauver une génération de jeunes européens qui craignent de ne pas trouver d’emploi. Le taux de chômage des jeunes dans l’UE s’élève à environ 25 %, soit un taux deux fois supérieur à celui des adultes.

 

« Nous devons être plus efficaces dans notre lutte contre le chômage des jeunes, sinon nous perdrons la bataille pour l’unité de l’Europe », a déclaré Wolfgang Schäuble.

 

Alors que l’Allemagne insiste sur l’importance de la consolidation budgétaire, Wolfgang Schäuble a évoqué la nécessité de préserver le modèle social européen.

 

Si les normes sociales américaines étaient introduites en Europe, « nous aurions une révolution, pas demain, mais le jour même », a déclaré le ministre allemand lors d’une conférence à Paris.

 

Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, dont le pays présente le taux de chômage des jeunes le plus élevé en Europe, a demandé que la zone euro triple son aide aux petites et moyennes entreprises et permette aux gouvernements de subventionner le recrutement de jeunes travailleurs sans sanction en cas de dépassement du budget.

 

Alors que l’Allemagne redoute des réactions négatives de nombreux pays européens frappés par la crise qui l’ont tenue responsable de l’austérité, elle a pris ces dernières semaines des mesures afin de lutter contre le chômage au sein de l’Union et a conclu des accords bilatéraux avec l’Espagne et le Portugal.

 

« Nous devons sauver une génération entière de jeunes qui ont peur.  Nous avons la génération la plus instruite et nous la faisons patienter. Ce n’est pas acceptable », a indiqué le ministre italien du travail, Enrico Giovannini.

 

M. Rajoy a déclaré que la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque centrale européenne (BCE) devraient faciliter davantage l’octroi de crédit aux petites entreprises.

 

Les petites et moyennes entreprises en Espagne et dans la plupart des pays d’Europe méridionale paient des taux de crédit beaucoup plus élevés que celles présentes dans le Nord. Le taux de chômage des jeunes espagnols dépasse 57 % et le chômage technique ne cesse d’augmenter.

 

« Malgré tout le respect que j’ai pour son indépendance, je pense que la BCE peut et doit en faire plus », a expliqué le premier ministre espagnol lors d’un discours à l’issue de la conférence. Il a également ajouté que les fonds destinés aux petites entreprises par l’intermédiaire de la BEI devraient passer à 30 milliards d’euros par an.

 

Il a appelé à « une sorte de dette européenne commune » et a déclaré que l’Europe devrait exclure temporairement les subventions de sécurité sociale pour le recrutement de jeunes de ses calculs des déficits budgétaires des États membres. Cette proposition rencontrera probablement une résistance.

 

Pas de solution rapide

 

À part les propositions de Mariano Rajoy, les ministres ont soumis peu de projets concrets et ont insisté sur le fait que l'Europe devait être pragmatique et travailler sur plusieurs axes. Wolfgang Schäuble a expliqué que c'était la raison pour laquelle l'Allemagne avait également décidé de conclure des accords avec des pays comme l'Espagne et la Grèce.

 

« Soyons honnêtes. Il n'existe ni solution rapide ni vaste projet », a déclaré Werner Hoyer, le président de la Banque européenne d'investissement.

 

Selon des ministres allemands, l'Europe doit continuer sur le chemin des réformes structurelles afin de relancer la compétitivité et de faire bon usage des fonds de l'UE disponibles, y compris des 6 milliards d'euros mis de côté par les dirigeants pour l'emploi des jeunes pour 2014-2020.

 

La crise de l’emploi des jeunes constituera un thème central du sommet de l'UE en juin et la chancelière allemande, Angela Merkel, a invité les ministres du travail de l'UE pour une conférence à Berlin le 3 juillet.