« Watergate » grec : le gouvernement ne tient plus qu’à un fil
Une nouvelle liste importante de journalistes et de responsables politiques, y compris un ancien Premier ministre, dont les téléphones auraient été mis sur écoute au moyen du logiciel espion illégal Predator, a été publiée par le journal Documento dimanche.
Une nouvelle liste importante de journalistes et de responsables politiques, y compris un ancien Premier ministre, dont les téléphones auraient été mis sur écoute au moyen du logiciel espion illégal Predator, a été publiée par le journal Documento dimanche (6 novembre). La publication de cette liste a provoqué un choc en Grèce.
« Le minimum que le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis puisse faire est de démissionner », a déclaré à EURACTIV Dimitris Tzanakopoulos, député de gauche et ancien ministre.
Le scandale du « Watergate grec » a secoué la vie politique grecque au cours des derniers mois, alors qu’il a été révélé que des responsables politiques de l’opposition et des journalistes avaient été mis sur écoute par l’État.
La nouvelle liste des victimes de Predator publiée par le journaliste Kostas Vaxevanis, propriétaire du journal Documento, jette de l’huile sur le feu. Elle comprend des ministres du gouvernement actuel de Nouvelle Démocratie (PPE) et leurs épouses, ainsi que des journalistes et des hommes d’affaires importants.
L’ancien Premier ministre conservateur Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie, PPE) figure également sur la liste, de même que l’actuel ministre des Affaires étrangères Nikos Dendias.
Selon le rapport, tous les responsables politiques figurant sur la liste étaient des personnes ne bénéficiant pas de la confiance de M. Mitsotakis ou qui convoitaient la tête du parti.
Le journal Documento était notamment le seul journal à être exclu du financement public par le gouvernement de M. Mitsotakis au cours de la pandémie, dans le cadre de la campagne controversée « Restez chez vous ».
Le journaliste M. Vaxevanis a déclaré qu’il disposait de preuves qu’il soumettra lundi (7 novembre) au procureur général du pays, qui a dans le même temps ouvert une enquête sur le scandale des écoutes téléphoniques.
M. Mitsotakis a jusqu’à présent gardé le silence sur ces nouvelles informations. Le porte-parole du gouvernement grec, Giannis Oikonomou, a publié une déclaration indiquant que la nouvelle liste devait être examinée par les autorités judiciaires. Il a toutefois lancé parallèlement une attaque personnelle à l’encontre de M. Vaxevanis, le qualifiant de « diffamateur national ».
M. Oikonomou a souligné que les logiciels espions illégaux existent bel et bien en Grèce, mais qu’aucune autorité publique n’y a eu recours. D’autre part, le rapport de Documento suggère que Predator a été utilisé en collaboration avec les technologies employées par l’agence de renseignement de l’État grec, ce que le porte-parole nie.
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Un Premier ministre aux abois
De fait, la question de la démission du Premier ministre M. Mitsotakis est sur toutes les lèvres.
Le gouvernement a admis avoir mené des activités de surveillance « légales » en collaboration avec les services secrets contre des journalistes et des responsables politiques sans utiliser Predator, mais il a jusqu’à présent refusé d’en dévoiler les raisons en invoquant l’argument de la « sécurité nationale ».
M. Mitsotakis a déclaré qu’il n’était pas au courant de ces activités malgré la promulgation d’une loi qui le place sous la supervision directe des services de renseignement. Son chef de cabinet et neveu, Grigoris Dimitriadis, ainsi que le chef des services secrets, avaient démissionné suite à la révélation des activités d’espionnage cet été.
« De la séquence des événements, des coïncidences de dates et des personnes surveillées, il ressort que le cerveau de cette sombre affaire est le Premier ministre lui-même. Il s’agit d’une question capitale pour le régime démocratique, car cela érode les fondements mêmes de la démocratie », a déclaré M. Tzanakopoulos à EURACTIV.
La commission PEGA du Parlement européen était à Athènes la semaine dernière pour enquêter sur le scandale. Les eurodéputés ont alors déclaré être repartis avec plus de questions que de réponses.
« Un Premier ministre grec paranoïaque accusé de mettre sous surveillance des personnes qu’il soupçonnait d’être contre lui, y compris son propre entourage. Cela explique pourquoi M. Mitsotakis ne s’est pas présenté devant la commission d’enquête parlementaire nationale ou européenne », a tweeté dimanche l’eurodéputée belge Saskia Bricmont.
Le principal parti d’opposition, Syriza, a demandé au gouvernement d’interdire immédiatement les logiciels espions, de contraindre les entreprises propriétaires de Predator à dévoiler qui sont leurs clients en Grèce et de faire la lumière sur le scandale avant les élections générales prévues en 2023.
Syriza souhaite également le remplacement de l’actuel chef des services secrets, qui refuse de dévoiler toute information concernant le scandale au nom de la « sécurité nationale ».
« C’est le minimum requis pour avoir des élections en tant que pays démocratique », a déclaré une source de Syriza à EURACTIV.
À la question de savoir si Syriza demandera un vote de défiance contre le Premier ministre, plusieurs sources du parti ont répondu qu’une motion de censure serait faite lorsqu’il sera possible de renverser M. Mitsotakis.
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Bruxelles « tolère M. Mitsotakis »… pour l’instant
Tandis qu’Europol et la Commission européenne semblent vouloir éviter d’enquêter sur le sujet, le FBI est en Grèce pour en savoir plus, a tweeté la députée européenne de Renew Europe, Sophie in ‘t Veld.
Pour sa part, Stelios Kouloglou, député du parti Syriza, a déclaré à EURACTIV que la Commission et le Parti populaire européen « tolèrent les illégalités de M. Mitsotakis jusqu’à présent ».
« M. Mitsotakis contrôle largement les médias, mais le scandale est d’une telle ampleur qu’il est très difficile pour lui d’y survivre ».
« Il essaie de gagner du temps et tentera de s’accrocher au pouvoir par tous les moyens. S’il quitte le gouvernement et perd le contrôle du pouvoir judiciaire, il ne pourra pas éviter les conséquences pénales pour [ce] qu’il a mis en place », a conclu M. Kouloglou.