Watergate grec : la Grèce en bonne voie vers l'autocratie, selon le S&D

La manière dont les autorités grecques gèrent le scandale des écoutes téléphoniques est alarmante et indique que le pays est « déjà sur une voie avancée vers un État autocratique », a déclaré Hannes Heide, eurodéputé autrichien influent du groupe des Socialistes & Démocrates (S&D).

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« J’ai souligné à plusieurs reprises que la manière dont le gouvernement grec et le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis gèrent le “Predatorgate” révélera si la Grèce se dirige vers l’autocratie », a déclaré Hannes Heide. [[European Parliament]]

La manière dont les autorités grecques gèrent le scandale des écoutes téléphoniques est alarmante et indique que le pays est « déjà sur une voie avancée vers un État autocratique », a déclaré à EURACTIV Hannes Heide, eurodéputé autrichien influent du groupe des Socialistes & Démocrates (S&D).

« J’ai souligné à plusieurs reprises que la manière dont le gouvernement grec et le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis gèrent le “Predatorgate” révélera si la Grèce se dirige vers l’autocratie », a déclaré M. Heide. Il est le coordinateur S&D de la commission PEGA du Parlement européen, qui examine l’affaire.

« La manière dont les autorités grecques gèrent la clarification de l’affaire est un signal d’alarme indiquant que le pays est déjà sur une voie avancée vers un État autocratique », a-t-il mis en garde mercredi (11 janvier).

Dans le scandale surnommé « Watergate grec », plusieurs politiciens, journalistes et entrepreneurs ont été surveillés par les services secrets grecs, qui sont sous le contrôle du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis (du groupe de centre droit PPE) et de son cabinet conservateur.

Le scandale, qui a trouvé écho dans toute l’Europe et au Parlement européen, est considéré comme une plaie béante pour le pays, notamment à l’approche des élections générales prévues au printemps.

M. Mitsotakis a jusqu’à présent tenté de garder ses distances, affirmant qu’il n’était pas au courant des mises sur écoute, alors que la première loi qu’il a promulguée en tant que Premier ministre, en 2019, plaçait les services secrets sous sa tutelle.

Plus tôt dans la journée de mercredi, EURACTIV a rapporté que le procureur général grec Isidoros Ntogiakos avait émis un avis indiquant que l’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée (ADAE) ne peut pas mener d’audits sur les entreprises de télécommunication pour savoir quels citoyens sont sous surveillance.

Si l’organisme de surveillance décidait malgré tout de le faire, il s’exposerait à des sanctions pénales, a ajouté M. Ntogiakos.

L’avis du procureur a déclenché une vague de réactions de la part de tous les partis d’opposition, de certains membres du parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, ainsi que d’experts juridiques et de fonctionnaires.

De son côté, l’eurodéputé Hannes Heide a déclaré à EURACTIV que « le silence de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du vice-président, le grec Margaritis Schinas, sur les développements dont le gouvernement conservateur grec est responsable nuit énormément à la crédibilité de l’Union européenne ».

Mme von der Leyen et M. Schinas étaient tous deux membres de partis du PPE dans leurs pays respectifs avant d’occuper des postes au sein de l’UE.

M. Heide a également fait remarquer que la surveillance et l’espionnage illégaux des journalistes et de l’opposition constituent une violation des valeurs et des principes de l’UE inscrits dans notre Traité.

« J’attends de la Commission qu’elle prenne des mesures pour défendre l’État de droit et la liberté des médias en Grèce et en Europe. Nous ne pouvons plus rester les bras croisés face aux gouvernements des États membres qui sapent les valeurs européennes et, surtout, les principes de l’État de droit », a conclu l’eurodéputé autrichien.

Sa collègue néerlandaise Sophie in’t Veld, du groupe centriste Renew Europe, a également déclaré que les tentatives du procureur général grec de bloquer les enquêtes sur l’utilisation de logiciels espions sont très « alarmantes ».

Elle tire la sonnette d’alarme sur la démocratie et l’État de droit. « Le scandale s’envenime depuis déjà trop longtemps. […] L’ADAE doit recevoir un soutien total pour son travail », a-t-elle tweeté.