« Watergate » grec : la commission d'enquête européenne s'écharpe sur les conclusions du rapport

Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit s’efforce de modérer un projet de rapport de l’eurodéputée libérale néerlandaise Sophie in ’ t Veld sur le scandale du « Watergate » grec, qui a mis à l’épreuve le gouvernement de la Nouvelle Démocratie (PPE) à Athènes.

Euractiv.com
Sophie in ‘t VELD
« L’hypothèse d’acteurs privés derrière les attaques Predator est d’ailleurs très peu plausible, car elle n’expliquerait pas le choix des cibles », peut-on lire dans le projet de rapport de l'eurodéputée Sophie in ’ t Veld. [European Parliament]

Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit tente d’édulcorer un projet de rapport de l’eurodéputée libérale néerlandaise Sophie in ’ t Veld sur le scandale du « Watergate » grec, qui a mis à l’épreuve le gouvernement de la Nouvelle Démocratie (PPE) à Athènes.

L’eurodéputée néerlandaise, qui est rapporteure de la commission PEGA, a présenté mardi (8 novembre) un projet de rapport sur le scandale des écoutes téléphoniques. Ce scandale a secoué la vie politique grecque après qu’il a été découvert que les téléphones de plusieurs responsables politiques, journalistes et hommes d’affaires ont été mis sur écoute au moyen du logiciel espion illégal Predator.

Le rapport fustige le gouvernement grec de centre droit pour son rôle dans le scandale, ce dernier affirmant qu’aucune autorité publique n’a acquis ce logiciel espion. Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision ANT1, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré que Predator était présent en Grèce, mais qu’il était utilisé par des personnes privées.

« L’hypothèse d’acteurs privés derrière les attaques Predator est d’ailleurs très peu plausible, car elle n’expliquerait pas le choix des cibles », peut-on lire dans le projet de rapport.

« Les services de renseignement grecs [EYP] et le gouvernement nient catégoriquement que le Predator ait jamais été acheté ou utilisé par les autorités grecques. Bien que l’utilisation de logiciels espions soit illégale en Grèce, il ne semble pas y avoir de recherche active de l’origine des attaques par logiciels espions », précise le rapport.

Le rapport fait également référence aux élections prévues l’année prochaine, indiquant que la situation doit être clarifiée de toute urgence « afin de ne pas jeter le moindre doute sur l’intégrité des élections de 2023. »

Un « mini-coup d’État »

À l’issue d’une conférence de presse organisée par Mme in ’t Veld pour la présentation du projet de rapport, l’eurodéputée du parti grec Nouvelle Démocratie Anna-Michelle Assimakopoulou a émis une déclaration affirmant qu’un « mini-coup d’État parlementaire » avait eu lieu.

« La rapporteure de la commission PEGA, Sophie In ’t Veld, dans le cadre d’un « mini-coup d’État parlementaire », a tenu une conférence de presse présentant ses accusations intitulées « moi, moi et moi », au mépris total des opinions de ses collègues et de la procédure parlementaire », a déclaré Mme Asimakopoulou.

« Le projet extrapole en utilisant des hypothèses et des scénarios qui manquent de fondement, de vérité et de preuves », a ajouté l’eurodéputée grecque.

De même, Jeroen Lenaers, le président de la commission PEGA (PPE), a déclaré que le rapport n’était pas définitif, soulignant que tous les membres de la commission PEGA auront l’occasion de présenter des amendements au projet de rapport.

Le PPE acculé

S’adressant à EURACTIV sous couvert d’anonymat, un eurodéputé de la commission PEGA a déclaré que les conclusions de Mme In ’t Veld « expriment la position majoritaire de la commission ».

« Renew Europe, les Verts, la GUE de gauche et les Socialistes soutiennent ces conclusions », a confié l’eurodéputé.

Il a toutefois ajouté que le PPE exercera une forte pression sur la rapporteure néerlandaise pour qu’elle minimise la question afin de « sauver le dernier bastion du PPE à Athènes ».

L’eurodéputé a également estimé que cette pression pourrait venir du président français Emmanuel Macron, dont le parti appartient à Renew Europe, compte tenu de ses liens étroits avec M. Mitsotakis.

En référence à la visite de PEGA à Athènes la semaine dernière, l’eurodéputé a déclaré que le chef de la commission, Jeroen Lenaers, est un « homme politique décent » qui « ne veut pas perdre sa dignité ».

Suite aux révélations selon lesquelles le leader de l’opposition socialiste Nikos Androulakis était surveillé par les services secrets, le chef du bureau de M. Mitsotakis, qui est aussi son neveu, ainsi que le chef des services secrets ont tous deux démissionné.

Les deux hommes ont jusqu’à présent refusé de révéler les raisons de cette surveillance, invoquant l’argument de la « sécurité nationale ».