Washington n'a pas épuisé « tous les outils » pour faire pression sur Moscou, selon Kaja Kallas

La cheffe de la diplomatie européenne estime que les États-Unis n'ont pas utilisé « tous les outils » à leur disposition pour mettre la pression sur la Russie, accusant Moscou d'avoir cherché à gagner du temps avec sa trêve de Pâques en Ukraine.

EURACTIV France avec AFP
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La Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas. [Consilium/Union européenne]

La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a estimé mardi 22 avril que les États-Unis n’avaient pas utilisé « tous les outils » à leur disposition pour mettre la pression sur la Russie, accusant Moscou d’avoir cherché à gagner du temps avec sa trêve de Pâques en Ukraine.

« Ils n’ont pas respecté la trêve. Il est clair que la Russie se livre à des jeux, essaye de gagner du temps et ne veut pas vraiment la paix », a-t-elle déclaré dans un entretien à l’AFP.

Le président américain Donald Trump a menacé la semaine dernière de stopper les efforts américains en cours pour mettre fin à la guerre en Ukraine s’il n’y avait pas de progrès rapides et tangibles de la part de Moscou et de Kiev.

La locataire de la Maison-Blanche a ensuite assuré qu’il espérait un accord « cette semaine » entre les deux pays.

Pour Kaja Kallas, l’annonce par la Russie d’une trêve de 30 heures durant le week-end n’était en réalité qu’une ruse visant à éviter que le président américain puisse « perdre patience » à l’égard du Kremlin.

« Ils pensent que le temps joue en leur faveur, donc ils n’envoient aucun signal positif, ils ne font preuve d’aucune bonne volonté », estime-t-elle.

Selon la cheffe de la diplomatie européenne, Kiev et ses soutiens européens espéraient que Washington adopterait une ligne plus dure vis-à-vis de Moscou.

« Ils ont des outils entre leurs mains pour véritablement mettre la pression sur la Russie. Pourquoi ne les utilisent-ils pas pour mettre fin à cette guerre? », s’est-elle interrogée.

« S’ils se retirent maintenant sans utiliser ces outils […] la grande question est pourquoi? », a-t-elle insisté.

« Preuves crédibles »

Une réunion est prévue mercredi 23 Avril à Londres entre représentants américains, ukrainiens, britanniques et français, après des discussions inédites à Paris fin de la semaine dernière en présence notamment du secrétaire d’État américain Marco Rubio, du chef de cabinet du président ukrainien Volodymyr Zelensky, Andriï Iermak, et du président français Emmanuel Macron.

Pour Kaja Kallas, les États-Unis feraient une erreur en envisageant de reconnaître la Crimée, région ukrainienne annexée par Moscou en 2014, comme un territoire russe dans le cadre d’un accord.

« Dans ce de cas de figure, la Russie obtiendrait clairement ce qu’elle veut », met-elle en garde.

Pour elle, l’équation est claire : l’UE ne reconnaîtra jamais la péninsule comme russe. « La Crimée est l’Ukraine », martèle-t-elle. « C’est très important pour ceux qui sont occupés que les autres ne la reconnaissent pas comme russe. »

L’UE a jusqu’ici été exclue des efforts de paix engagés par les Américains mais Washington reconnaît que le bloc devra, à un moment donné, être impliqué dans les discussions, en raison en particulier des vastes sanctions qu’il a prises envers la Russie.

Mais pour Kaja Kallas, les Vingt-Sept ne doivent assouplir aucune sanction tant que la Russie n’aura pas démontré qu’elle respecte un éventuel accord de paix.

« Nous devons voir des preuves crédibles qu’ils respectent cet accord avant de prendre des initiatives en ce sens. »