Washington cède des responsabilités du commandement de l’OTAN à l’Europe mais conserve les leviers clés
Les États-Unis vont transférer certaines fonctions de commandement de l’OTAN à leurs alliés européens, ont confirmé mardi 10 février plusieurs diplomates européens. Washington conservera toutefois le contrôle de trois capacités stratégiques majeures — terrestre, aérienne et maritime —, une réalité qui relativise la portée de cette réorganisation.
Depuis plusieurs années, les États-Unis exhortent leurs partenaires européens à assumer davantage de responsabilités au sein de l’Alliance, afin de pouvoir concentrer davantage leurs moyens sur la région indo-pacifique, devenue prioritaire dans leur stratégie de sécurité.
Washington devrait désormais renoncer à son commandement des forces de l’OTAN à Naples et à Norfolk, selon La Lettre, qui a été la première à rapporter cette information lundi. Mais au lieu de renoncer entièrement au contrôle, les États-Unis assumeront le commandement maritime (MARCOM).
C’est le résultat d’un processus de deux ans visant à modifier la structure de commandement de l’OTAN, a indiqué un diplomate de l’OTAN à Euractiv. Dans le cadre de cette révision, les généraux européens assumeront des responsabilités régionales.
Au sein de l’OTAN, trois commandements de forces interarmées — Naples en Italie, Brunssum aux Pays-Bas et Norfolk aux États-Unis — sont chargés de planifier les opérations. Le Royaume-Uni dirigera désormais le commandement basé à Norfolk, a déclaré un deuxième diplomate. Naples passera aux mains de l’Italie, tandis que l’Allemagne et la Pologne se partageront le contrôle de Brunssum, a rapporté La Lettre.
Mais parallèlement à ces changements, les États-Unis prendraient le contrôle du commandement maritime en plus des commandements aérien et terrestre, ont déclaré deux personnes, soulignant que la présence américaine ne diminuerait donc pas.
Des sources au siège de l’OTAN ont déclaré que cette mesure visait à partager la charge, et non à la transférer. Il s’agit d’un compromis auquel les alliés sont parvenus pour montrer que l’Europe assume davantage de tâches au sein de l’alliance, a déclaré l’un des diplomates.
Pourtant, Washington conserve sa position au sommet de la hiérarchie. En novembre, l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, a suggéré que l’Allemagne reprenne le rôle de commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), responsable des plans de défense de l’Alliance, un poste longtemps occupé par les États-Unis.
Mais un tel changement n’est pas à l’ordre du jour, ont ajouté des sources.
Pour les Européens, le principal défi sera désormais de doter cette nouvelle structure de commandement des moyens nécessaires. Cette réorganisation implique en effet des coûts importants, notamment la création de nouvelles lignes budgétaires et le recrutement de personnel supplémentaire, a affirmé un diplomate à Euractiv.