Volodymyr Zelensky invective Viktor Orban lors du sommet de l’UE

Aucune décision majeure n’a été prise lors du sommet qui a réuni dirigeants européens, ce dernier ayant été marqué par la présence du président américain et par un message vidéo incisif du président ukrainien.

EURACTIV.com
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Les dirigeants de l’Union européenne ont réaffirmé leur engagement à soutenir l’Ukraine et à lui ouvrir la voie de l’avenir européen, mais ils n’ont pas réussi à s’entendre sur de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie ou sur une procédure accélérée d’obtention du statut de candidat. [Union européenne]

Aucune décision majeure n’a été prise lors du sommet qui a réuni dirigeants européens ce jeudi 24 mars à Bruxelles, ce dernier ayant été marqué par la présence du président américain Joe Biden et par un message vidéo incisif du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Les dirigeants de l’Union européenne ont réaffirmé leur engagement à soutenir l’Ukraine et à lui ouvrir la voie de l’avenir européen, mais ils n’ont pas réussi à s’entendre sur de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie ou sur une procédure accélérée d’obtention du statut de candidat.

Dans leur déclaration conjointe, publiée à l’issue d’une longue journée de sommet, les dirigeants européens ont indiqué que « l’Union européenne se tient aux côtés de l’Ukraine et de sa population, et le Conseil européen réaffirme la déclaration de Versailles, qui prend acte des aspirations européennes de l’Ukraine et de son choix de se tourner vers l’Europe, conformément à l’accord d’association ».

Le 11 mars à Versailles, les dirigeants du bloc ont chargé la Commission européenne de préparer un avis sur la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, après avoir « pris acte des aspirations européennes de l’Ukraine et de son choix de se tourner vers l’Europe ».

Le nouveau texte indique simplement que les dirigeants « [invitent] à nouveau la Commission à présenter son avis conformément aux dispositions pertinentes des traités ».

Toutefois, le processus d’émission d’un avis sur la volonté d’un pays d’ouvrir des négociations est long et peut prendre des semaines, voire des mois, avant de devoir suivre une procédure encore plus longue et incertaine pour intégrer l’Union européenne.

Les États membres d’Europe de l’Est, en particulier la Pologne, la Slovaquie, les pays baltes et la Slovénie, ont accentué la pression sur les dirigeants européens les plus réticents pour qu’ils imposent de nouvelles sanctions à l’encontre de Moscou et accélèrent la candidature de Kiev à l’Union européenne.

Le Conseil européen s’est également engagé à apporter un soutien plus concret à l’Ukraine. Il a à nouveau condamné la Russie et a exigé la fin de la guerre.

« L’Union européenne continuera de fournir un soutien politique, financier, matériel et humanitaire coordonné », ont également affirmé les Etats membres, s’engageant à créer un « fonds fiduciaire de solidarité avec l’Ukraine » et à travailler avec des partenaires internationaux « pour reconstruire une Ukraine démocratique » une fois la guerre terminée.

Il est toutefois peu probable que l’Ukraine puisse être satisfaite de l’issue du sommet.

L’intervention de Volodymyr Zelensky

Dans un plaidoyer émouvant adressé aux dirigeants de l’UE, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s’était également adressé plus tôt dans la journée aux dirigeants de l’OTAN, a remercié l’UE pour son soutien unifié à l’Ukraine, mais il a également déclaré que l’UE était en retard pour imposer la prochaine série de sanctions.

Il a surtout insisté sur le fait que son pays avait prouvé qu’il était digne d’adhérer à l’Union européenne et a présenté la lutte de l’Ukraine contre la Russie comme un conflit de valeurs, en soulignant que Kiev offrait un traitement décent aux prisonniers de guerre russes et fait preuve de transparence.

« Ce sont des mondes différents, nous et eux », a expliqué M. Zelensky, en faisant référence à la Russie.

« Ce sont des valeurs différentes. C’est une attitude différente face à la vie. Les militaires russes ne voient pas ce qu’est la dignité. Ils ne savent pas ce qu’est la conscience. Ils ne comprennent pas pourquoi nous accordons tant d’importance à notre liberté. Cela détermine comment le pays va évoluer. Et qui être en Europe », a-t-il ajouté.

« Et maintenant, vous et moi préparons l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, enfin », a poursuivi le président ukrainien.

« Ici, je vous le demande : ne tardez pas. S’il vous plaît. Parce que pendant ce mois, vous avez comparé ces mondes, et vous voyez tout. Qui vaut quoi, et que l’Ukraine devrait faire partie de l’UE dans un avenir proche », a-t-il continué.

Il s’est également adressé séparément aux dirigeants du bloc.

« La Lituanie est pour nous. La Lettonie est pour nous. L’Estonie est pour nous. La Pologne est pour nous », a-t-il commencé.

« [La] France, Emmanuel [Macron], je crois vraiment que vous serez pour nous. La Slovénie est pour nous. La Slovaquie, pour nous. La République tchèque est pour nous. La Roumanie sait ce qu’est la dignité, elle sera donc pour nous au moment crucial. La Bulgarie est pour nous. La Grèce, je crois qu’elle est de notre côté. L’Allemagne […] un peu plus tard. Le Portugal — eh bien, pratiquement […] La Croatie, pour nous. La Suède, le bleu et le jaune devraient toujours être ensemble. La Finlande, je sais que vous êtes avec nous. Les Pays-Bas sont rationnels, alors trouvons un langage commun. »

« Malte, je crois que cela fonctionnera. Le Danemark, je crois que cela va marcher. Le Luxembourg, nous nous comprenons. Chypre, je le crois vraiment qu’ils sont avec nous. L’Italie, merci pour votre soutien ! L’Espagne, trouvez un langage commun. La Belgique, nous trouverons des arguments. L’Autriche, avec les Ukrainiens, ce sont des opportunités pour vous, j’en suis convaincu. L’Irlande, eh bien, pratiquement. »

M. Zelensky a toutefois réservé ses mots les plus durs au Premier ministre hongrois Viktor Orbán :

« Écoutez, Viktor, savez-vous ce qui se passe à Mariupol ? », a demandé le président ukrainien, ajoutant « Je veux être franc une fois pour toutes, vous devriez décider par vous-même pour qui vous êtes ».

Le président ukrainien a ensuite évoqué ses visites, dans sa jeunesse, à Budapest, devant un mémorial de l’Holocauste sur les rives du Danube.

« J’ai vu ce mémorial… sur les rives du Danube. Sur les meurtres de masse. J’étais là avec ma famille. Écoutez, Viktor, savez-vous ce qui se passe à Mariupol ? S’il vous plaît, si vous le pouvez, allez au bord de l’eau. Regardez les chaussures, et vous verrez comment les massacres peuvent se reproduire dans le monde d’aujourd’hui. Et c’est ce que fait la Russie aujourd’hui », a déclaré M. Zelensky.

La Hongrie et la Bulgarie sont les deux seuls membres de l’UE à ne pas avoir envoyé d’armes en Ukraine.

Alors que la Bulgarie est réticente à envoyer une aide militaire pour des raisons historiques, M. Orbán est largement considéré comme le plus proche allié du président russe Vladimir Poutine parmi les dirigeants européens.

Selon un fonctionnaire européen présent dans la salle, Charles Michel aurait alors répondu au nom des États membres.

Une lassitude face aux sanctions

Les résultats pratiques limités des réunions consécutives avec l’UE, de l’OTAN et du G7 ont également mis en évidence les options restreintes dont disposent même les capitales étroitement alignées pour faire face à Moscou.

Après quatre séries de sanctions européennes ambitieuses en trois semaines, le sommet de l’UE a également mis un frein aux discussions sur de nouvelles sanctions énergétiques dans un avenir proche.

La Russie représente environ 45 % des importations de gaz, 25 % des importations de pétrole et 45 % des importations de charbon de l’UE, mais certains pays sont beaucoup plus dépendants.

L’Allemagne, qui importe 55 % de son gaz de Russie, a prévenu qu’une interdiction immédiate provoquerait une récession et même une flambée des prix de l’énergie.

Le Premier ministre belge Alexander De Croo a plaidé contre un « embargo total » sur le pétrole et le gaz. « Nous ne sommes pas en guerre contre nous-mêmes », a-t-il déclaré.

Les dirigeants de l’UE ont discuté de la possibilité pour l’Europe d’adopter de nouvelles sanctions à l’encontre de Moscou, mais comme l’a indiqué le Premier ministre néerlandais Mark Rutte aux journalistes après minuit, les dirigeants n’ont pas abordé les détails « des sanctions éventuelles ».

Interrogé sur une éventuelle interdiction des importations d’énergie russe dans le cadre d’un nouveau train de sanctions, M. Rutte a répondu que « tout le monde le souhaite, mais il n’y a rien que l’on puisse faire à court terme », dans la mesure où cela nécessiterait du temps pour trouver des sources d’énergie alternatives.

La Pologne et les États baltes ont pris la tête du mouvement en faveur de mesures plus sévères à l’encontre de la Russie, notamment l’interdiction pour les navires et les véhicules routiers russes d’entrer dans l’UE.

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a déclaré que l’UE devait « écraser » la Russie au moyen de sanctions, estimant que Moscou « tente clairement de rétablir l’Empire du Mal ».

Le terme « Empire du Mal » avait été utilisé par l’ancien président américain Ronald Regan pour désigner l’Union soviétique dans un discours prononcé en 1983 qui a marqué un point culminant de la Guerre froide.

Jeudi (24 mars), les dirigeants européens ont également été rejoints pour une partie de leur réunion par le président américain Joe Biden.

Lors d’une réunion avec le président du Conseil européen, Charles Michel, M. Biden a souligné que « la chose la plus importante que nous ayons à faire en Occident est d’être unis ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que les États-Unis allaient fournir à l’Europe du gaz naturel liquéfié (GNL) additionnel pour remplacer le gaz russe, ce qu’elle a qualifié d’« étape importante ».

Les deux parties devraient faire cette annonce vendredi (25 mars) dans la matinée.