Vive polémique autour d'une campagne européenne célébrant « la liberté dans le hijab »

Une campagne célébrant la diversité et « la liberté dans le hijab », lancée la semaine dernière par le Conseil de l'Europe, a déclenché une vive polémique en France.

EURACTIV France avec l'AFP
Asian,Muslim,Female,Hr,Manager,Interviewing,Job,Applicant,Consulting,Male
"Notre position est extrêmement claire: les femmes doivent pouvoir porter ce qu'elles veulent", selon un porte-parole de la Commission européenne. [fizkes/Shutterstock]

Une campagne célébrant la diversité et « la liberté dans le hijab », lancée la semaine dernière par le Conseil de l’Europe, a déclenché une vive polémique en France, conduisant mardi (2 novembre) l’organisation, vigie des droits de l’homme sur le continent, à la retirer.

Lancée jeudi dernier (28 octobre) dans le cadre du programme pour l’inclusion et la lutte contre les discriminations, géré par le Conseil de l’Europe et cofinancé par l’Union européenne, cette campagne proposait des portraits de plusieurs jeunes femmes, voilées sur une seule moitié de l’image.

Un message en anglais indiquait notamment: « Beauty is in diversity as freedom is in hijab » (« la beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab »).

Passée dans un premier temps relativement inaperçue, elle a fini par déclencher une vive polémique, de l’extrême droite au gouvernement français.

« L’islam est l’ennemi de la liberté. Cette campagne est l’ennemie de la vérité », a tweeté le polémiste Eric Zemmour, probable candidat à la présidentielle, dénonçant un « djihad publicitaire ».

« Cette communication européenne en faveur du voile islamiste est scandaleuse et indécente alors que des millions de femmes se battent avec courage contre cet asservissement », a lancé de son côté Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national.

« Ceci n’est pas un campagne de propagande des Frères musulmans mais du Conseil de l’Europe », a ironisé pour sa part le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, toujours sur Twitter.

A droite, la présidente de la Région Île-de-France Valérie Pécresse a elle aussi fait part de sa « stupeur », estimant que le voile n’était « pas un symbole de liberté mais de soumission ».

Prétendant à l’investiture des Républicains pour 2022, le maire de Nice Eric Ciotti a dénoncé une « promotion du voile islamique » et une « négation de nos racines judéo-chrétiennes, de notre civilisation, de l’esprit des Lumières ».

Quant au chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, il a estimé que le Conseil de l’Europe promouvait « désormais ouvertement la soumission aux moeurs islamistes ».

La campagne a également fait réagir à gauche, l’ancienne ministre des Droits des femmes, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, estimant que « dire que la liberté est dans le hijab » revenait à « en faire la promotion ».

L’ancien Premier ministre PS, Manuel Valls, l’a lui jugée « choquante, ahurissante et dangereuse ».

Au sein du gouvernement, la secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse Sarah El Haïry a indiqué sur LCI que la France avait « fait part de sa désapprobation extrêmement vive, d’où le retrait de cette campagne dès (mardi) ».

« Ces tweets ont été retirés et nous allons réfléchir à une meilleure présentation de ce projet », a confirmé dans un communiqué transmis à l’AFP le Conseil de l’Europe, l’organisation paneuropéenne basée à Strasbourg.

Ils « faisaient partie d’un projet conjoint » du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne lancé en 2019 contre la discrimination, dont l’objectif est « de sensibiliser à la nécessité de respecter la diversité et l’inclusion et de combattre tout type de discours de haine », a encore justifié le Conseil.

Les tweets « reflétaient les déclarations faites de manière individuelle par des participants dans l’un des ateliers du projet et ne représentent pas la position du Conseil de l’Europe ou de sa Secrétaire Générale » Marija Pejcinovic Buric, a encore assuré l’organisation.

Si la Commission européenne a bien contribué à financer à hauteur de 340000 euros l’ensemble du projet, qui s’efforce d’associer « jeunes et organisations de la société civile » à des ateliers et campagnes de sensibilisation, le Conseil de l’Europe « joue un rôle de chef de file » et Bruxelles « n’a pas validé les éléments » controversés, a déclaré mercredi (3 novembre) un porte-parole de l’exécutif européen.

Pour autant, la Commission appelle à prendre en considération « les autres actions » de ce programme contre les discours haineux, a-t-il ajouté. « Notre position est extrêmement claire: les femmes doivent pouvoir porter ce qu’elles veulent, selon les lois du pays où elles vivent », a insisté un second porte-parole de l’institution.