Visite de Narendra Modi : la France vante les nouveaux accords de défense franco-indiens et le partenariat stratégique

L’Inde a annoncé un nouveau contrat de plusieurs milliards de dollars portant sur des avions de combat français jeudi (13 juillet), alors que le Premier ministre indine s’est rendu à Paris pour une visite, signe d’un renforcement des liens commerciaux et diplomatiques pour contrer la montée en puissance de la Chine.

Euractiv.com
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La visite de cette semaine de M. Modi, présent en tant qu’invité d’honneur lors des célébrations de la fête nationale française, intervient alors que les deux pays célèbrent le 25e anniversaire du partenariat stratégique franco-indien. [EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA]

L’Inde a annoncé un nouveau contrat de plusieurs milliards de dollars portant sur des avions de combat français jeudi (13 juillet), à l’occasion de la visite du Premier ministre Narendra Modi à Paris, signe d’un renforcement des liens commerciaux et diplomatiques pour contrer la montée en puissance de la Chine.

La visite de cette semaine de M. Modi, présent en tant qu’invité d’honneur lors des célébrations de la fête nationale française du 14-juillet, intervient au moment où les deux pays célèbrent le 25e anniversaire du partenariat stratégique franco-indien. France et Inde s’apprêtent à présenter une feuille de route pour les 25 prochaines années de coopération bilatérale.

M. Modi s’est rendu en France à quatre reprises depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, tandis que le président français a effectué une visite d’État à New Delhi en 2018.

Les aides gouvernementales des deux parties ont fait état de relations positives et d’une coopération sur le changement climatique, la technologie spatiale et l’énergie nucléaire au cours du partenariat.

Le commerce bilatéral a doublé au cours des neuf dernières années et la « pensée [de M. Macron] correspond vraiment à la nôtre », a expliqué M. Modi au journal français Les Échos avant sa visite.

L’Inde et la France « sont naturellement compatibles » et « nous considérons la France comme l’un de nos principaux partenaires mondiaux », a déclaré M. Modi.

« Cette proximité ne se limite pas aux dirigeants des deux pays, elle est en fait le reflet de l’amitié indéfectible entre l’Inde et la France », a indiqué M. Modi devant une foule d’Indiens vivant en France, jeudi soir.

Cette visite intervient quelques semaines après que M. Modi a eu le privilège rare de participer à un dîner d’État à la Maison-Blanche, à Washington, territoire dont l’accès lui avait été interdit par le passé.

Partenariat stratégique

Le gouvernement indien a confirmé jeudi qu’il achèterait 26 avions de combat Rafale Marine et 3 sous-marins militaires Scorpène aux sociétés françaises Dassault et Naval Group. Le prix et les autres conditions sont encore en cours d’élaboration.

New Delhi est l’un des plus gros acheteurs d’armes françaises. En 2015, M. Modi avait annoncé un accord portant sur 36 avions de combat Rafale, d’une valeur de 4 milliards d’euros à l’époque.

Vendredi, Paris et New Delhi devraient annoncer de nouveaux projets de coopération et d’investissement dans les secteurs des transports, de l’énergie et de l’espace, selon une source de l’Élysée, qui n’a pas donné de détails sur les entreprises concernées.

Or, le géant français de l’énergie EDF négocie depuis des années la vente de six réacteurs nucléaires à l’Inde, tandis que l’entreprise ferroviaire française Alstom a fourni à plusieurs reprises des trains aux réseaux de transport public indiens.

La visite et les nouveaux accords de défense interviennent alors que Paris intensifie ses relations politiques et commerciales avec l’Inde, tout en essayant d’éloigner la puissance asiatique de la Russie, le principal fournisseur d’armes de New Delhi.

L’Inde, en quête depuis longtemps d’un équilibre entre ses liens avec Moscou et l’Occident, s’est jusqu’à présent abstenue de condamner l’invasion de l’Ukraine par le président russe Vladimir Poutine et est devenue l’un des principaux acquéreurs de pétrole russe à prix réduit.

« L’un des principaux objectifs de l’Inde consiste à diversifier ses achats en matière de défense afin de réduire sa dépendance à l’égard de la Russie et la France a été le partenaire le plus important en la matière », a expliqué à EURACTIV Garima Mohan, membre éminente du programme indopacifique du German Marshall Fund of the United States (GMFUS).

La France, de son côté, « a également investi beaucoup de volonté politique et de temps dans la relation avec l’Inde, bien plus que ses homologues européens », a-t-elle ajouté.

Malgré les divergences sur la guerre en Ukraine et les tensions sur les droits humains en Inde, les démocraties occidentales courtisent M. Modi et l’Inde pour contrer la Chine en Asie.

« L’Inde se trouve au cœur de la stratégie française pour l’Indo-Pacifique. Sur les questions de sécurité, en particulier de sécurité maritime dans l’océan Indien, de lutte contre le changement climatique et de mise en place d’infrastructures durables, l’Inde constitue un partenaire clé de la France dans l’Indo-Pacifique », a indiqué Mme Mohan.

La France est depuis longtemps l’un des rares États membres de l’UE à disposer de forces navales importantes dans la région, mais le reste de l’UE est pressée d’intensifier ses efforts depuis que le président américain Joe Biden a qualifié la Chine de principale menace pour la sécurité mondiale.

Ces dernières années, l’UE a renforcé sa stratégie visant à accroître sa présence dans la région indopacifique et à contrer l’influence croissante de la Chine dans la région.

« New Delhi et Paris s’accordent également sur leur évaluation des menaces que représente la Chine, en particulier dans le domaine maritime », a déclaré Mme Mohan.

Selon elle, « le récent déplacement du président [Emmanuel] Macron à Pékin a soulevé quelques inquiétudes à New Delhi, mais il existe une profonde confiance politique et une convergence suffisante sur les défis liés à la Chine entre l’Inde et la France pour que [cette situation] ne pose pas de problème majeur ».

Droits humains

Peu d’observateurs s’attendent toutefois à ce que M. Macron soulève des questions relatives aux droits humains avec M. Modi, même si ce n’est pas publiquement.

À la veille de la visite, une résolution du Parlement européen a rappelé le mode de gouvernance controversé de M. Modi ainsi que son programme nationaliste hindou, critiqué dans son pays comme à l’étranger.

La résolution exhorte New Delhi à mettre fin à la violence dans l’État du Manipur, situé dans le nord-est du pays, et à y protéger les minorités.

Les affrontements entre la communauté ethnique meitei, majoritairement hindoue, et la tribu kuki, principalement chrétienne, ont fait au moins 120 morts, 50 000 déplacés et plus de 1 700 maisons détruites, selon le Parlement européen.

La résolution dénonce la « rhétorique nationaliste » du gouvernement local de l’État, dirigé par le parti Bharatiya Janata Party (BJP) de M. Modi.

Depuis sa première victoire électorale écrasante en 2014, M. Modi a également été dénoncé par des groupes de défense des droits pour sa discrimination et sa violence accrues à l’égard des musulmans du pays, ainsi que pour sa répression à l’égard des médias indépendants.

Lors de la fête nationale française, le rôle de Modi a représenté « un affront non seulement pour les communautés minoritaires, les journalistes et les défenseurs des droits humains de l’Inde, mais aussi pour l’Inde en tant que démocratie », a déclaré le négociateur en chef du texte, Pierre Larrouturou.

Cependant, une manifestation organisée contre M. Modi n’a attiré que quelques dizaines de personnes dans le centre de Paris jeudi, selon les médias français.