Visé par un mandat d’arrêt de la CPI, Benyamin Netanyahou est le bienvenu en Hongrie selon Viktor Orbán

Vendredi 22 novembre, le Premier ministre Viktor Orbán a expliqué inviter en Hongrie son homologue israélien Benyamin Netanyahou, soulignant que le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) ne serait pas respecté par Budapest.

EURACTIV.com avec Reuters
Netanyahu – Orban press conference
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (à droite) et le Premier ministre hongrois Viktor Orban (à gauche) lors d'une conférence de presse à Jérusalem ouest, le 19 juillet 2018. [Getty Images/Kobi Gideon_GPO_Handout_Anadolu Agency]

Vendredi 22 novembre, le Premier ministre Viktor Orbán a expliqué inviter en Hongrie son homologue israélien Benyamin Netanyahou, soulignant que le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) ne serait pas respecté par Budapest.

Jeudi 21 novembre, la CPI a émis des mandats d’arrêt à l’encontre de Benyamin Netanyahou, son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, ainsi qu’un dirigeant du groupe palestinien Hamas, Mohammed Deif, pour des crimes de guerre et des crimes contre l’Humanité commis durant la guerre qui déchire la bande de Gaza depuis octobre 2023.

En théorie, les 124 États signataires du Statut de Rome, le traité qui a institué la CPI, sont contraints d’arrêter ces personnes si elles venaient à entrer sur leur territoire.

Après l’annonce de ces mandats d’arrêt, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a condamné la décision de la CPI, affirmant que celle-ci « déshonore le système judiciaire international en mettant sur le même plan les dirigeants d’un pays [Israël] victime d’un odieux attentat terroriste [l’incursion du Hamas en territoire israélien le 7 octobre 2023, NDLR] et les dirigeants de l’organisation terroriste responsable [le Hamas] ».

« Une telle décision est inacceptable », avait-il martelé.

« Ces décisions sont contraignantes pour tous les États signataires du Statut de Rome, ce qui inclut tous les États membres de l’UE », avait pourtant souligné jeudi le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borell.

Viktor Orbán, dont le pays assure pour six mois la présidence tournante du Conseil de l’UE, a déclaré à la radio publique Kossuth Rádió que la décision de la CPI était « erronée » et que le dirigeant israélien pourrait mener des négociations en Hongrie « dans des conditions de sécurité adéquates ».

Ce n’est pas la première fois que Budapest refuse d’observer une décision de la CPI. En mars 2023, Budapest s’était déjà opposé au mandat d’arrêt lancé contre le président russe Vladimir Poutine, accusé de crimes de guerre et de la déportation d’enfants ukrainiens vers la Russie suite à l’invasion généralisée de l’Ukraine en février 2022.

Une décision saluée par Benyamin Netanyahou

Le Premier ministre israélien a remercié Viktor Orbán pour son invitation et a salué vendredi 22 novembre la « clarté morale » de ce dernier, rapporte l’AFP.

« Face à la faiblesse honteuse de ceux qui ont soutenu la décision scandaleuse [qui met en cause] le droit de l’État d’Israël à se défendre, la Hongrie — comme nos amis, les États-Unis — fait preuve de clarté morale et se place du côté de la justice et de la vérité », a-t-il ajouté.

Le président américain Joe Biden avait de son côté qualifié de « scandaleux » les mandats d’arrêt émis par la CPI, insistant sur le fait que, « quoi que puisse sous-entendre la CPI », il n’y avait « pas d’équivalence » entre Israël et le Hamas.

Les États de l’UE divisés

Les réactions des capitales de l’UE ont été variables et parfois ambiguës. La plupart des États membres ont confirmé qu’ils respecteraient les mandats d’arrêt lancés par la CPI.

Si certains ont critiqué l’assimilation des dirigeants du Hamas à Benyamin Netanyahou, un responsable « démocratiquement élu », ils ont néanmoins accepté l’arrêt de la Cour.

L’Allemagne a par exemple confirmé qu’elle « examinerait attentivement les mesures juridiques internes requises ».

Dans un communiqué de presse publié vendredi, le gouvernement allemand a reconnu qu’il avait « pris note de la décision » de la CPI, soulignant la participation de Berlin à la rédaction du statut de la Cour et son soutien à celle-ci .

C’est la première fois qu’un dirigeant en exercice d’un allié occidental fait l’objet d’accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité de la part d’un tribunal international.

L’annonce de Viktor Orbán, combinée aux réponses hésitantes de certains États membres, illustre les fractures qui persistent au sein de l’UE, qui ne semble pas encore prête de mener une politique étrangère commune.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Laurent Geslin]