Violente passe d’armes entre la gauche et les macronistes sur leur rapport à l’extrême droite
La gauche française et la majorité présidentielle s’accusent mutuellement d’accointance et de complaisance envers l’extrême droite, après le vote de la motion de censure de la gauche par le Rassemblement national et la rencontre entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni.
La gauche française et la majorité présidentielle s’accusent mutuellement d’accointance et de complaisance envers l’extrême droite, après le vote de la motion de censure de la gauche par le Rassemblement national et la rencontre entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni.
Ces accusations ne sont pas nouvelles, mais elles fusent intensément depuis que Giorgia Meloni, nouvelle Première ministre italienne, et Emmanuel Macron, chef d’État français, se sont discrètement rencontrés à Rome dimanche (23 octobre).
Emmanuel Macron, « complaisant avec le fascisme » ?
Certes, le tête-à-tête avec Mme Meloni relève davantage du hasard de calendrier que d’une réelle volonté de la part du président français. Néanmoins, l’Élysée a été pour le moins timide à l’idée de communiquer dessus.
Mais, loin de passer inaperçue, la poignée de main entre le chef d’État français et la Première ministre italienne a été très critiquée par la gauche française.
Laurence Rossignol, vice-présidente socialiste du Sénat, s’est inquiétée d’une « accoutumance aux dirigeants d’extrême droite et leur banalisation », qu’elle juge « dangereuse ».
La députée écologiste Sandrine Rousseau a fustigé, quant à elle, « une complaisance avec le fascisme et l’extrême droite incroyable chez Emmanuel Macron », premier chef d’État étranger à rencontrer la dirigeante italienne.
Selon elle, le président aurait plutôt dû « marquer sa désapprobation » vis-à-vis du positionnement politique de Mme Meloni.
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Défense puis contrattaque de la majorité
Le président, « irresponsable » selon la cheffe de file de la gauche radicale (LFI) Mathilde Panot, a été défendu par son camp.
L’eurodéputée Renew Nathalie Loiseau a demandé, mardi matin (25 octobre), que « l’on arrête, notamment à gauche, de donner des leçons au président de la République ».
C’est « dans son rôle de chef d’État [qu’Emmanuel Macron] rencontre la nouvelle présidente du Conseil italienne », cheffe d’un gouvernement démocratiquement choisi, et qui plus est, d’un pays voisin, a-t-elle précisé.
La majorité s’en est alors donné à cœur joie lorsque, lundi soir (24 octobre), le Rassemblement national de Marine Le Pen a voté la motion de censure de la coalition de gauche (NUPES). La Première ministre elle-même s’inquiétant de l’émergence d’une « alliance contre nature ».
Le président du groupe socialiste Boris Vallaud s’est empressé de préciser que « nous [parlementaires de la NUPES] ne construirons jamais de majorité avec l’extrême droite, tout nous sépare ».
Mais, lorsque la députée LFI Raquel Garrido s’est dite « heureuse que le RN soit obligé de reconnaître le leadership de la NUPES » en votant la motion de censure, les macronistes ont vu rouge. De même lorsqu’ils découvrent le tweet de Jean-Luc Mélenchon, se désolant du fait qu’ « il manquait 50 voix pour éjecter le gouvernement ».
En déclarant « nous sommes prêts pour la relève », le fondateur de LFI, Jean-Luc Mélenchon, s’est attiré les foudres de nombreux élus centristes, dont celles de Stéphane Séjourné, néo-secrétaire général de Renaissance et chef des députés Renew au Parlement européen. « ‘Prêts à gouverner’, on sait désormais avec qui et à quel prix », tance-t-il, en s’inquiétant de la naissance d’une « coalition des extrêmes ».
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La gauche se défend
De cette connivence dont elle est accusée, la gauche s’en défend corps et âme depuis lundi soir, montant au créneau dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Comme de nombreux autres membres de la NUPES, le socialiste Jérôme Guedj reproche aux députés Renaissance d’avoir « voté en juillet pour élire deux vice-présidents RN de l’Assemblée », ce qu’il considère comme un « soutien concret » au parti d’extrême droite.
Mais la contestation vient aussi d’une partie de la gauche, dissidente de la NUPES.
Entre autres, Hélène Geoffroy, cadre du Parti socialiste, dont elle brigue la direction, s’est inquiétée qu’ « au lieu de s’offusquer du soutien mortifère du Rassemblement national à [leur] motion, les dirigeants de La France insoumise semblaient s’en satisfaire ».
Une supposée convergence des luttes dénoncée par les adversaires de la gauche, qui accusent la NUPES d’avoir édulcoré leur motion, notamment en enlevant la référence à l’immigration de manière positive, pour la rendre « votable » par le parti d’extrême droite.
Bien que plusieurs médias, dont Le Figaro et Le Parisien, aient révélé cette information, les cadres de la coalition de gauche ont démenti, auprès du HuffPost notamment, cette version des faits.
Des échanges houleux qui se sont poursuivis pendant les questions au gouvernement mardi après-midi à l’Assemblée, lorsque le député LFI Thomas Portes a accusé Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, d’être resté silencieux face à plusieurs faits divers dont les auteurs seraient des militants de groupuscules d’extrême droite.
M. Darmanin a alors réfuté ces accusations, en répondant au député qui l’interpellait que « lorsqu’on dénonce l’extrême droite, on n’accepte pas ses votes », provoquant ainsi l’indignation sur les bancs de la gauche. « Vous vivez grâce à l’opposition avec l’extrême droite », a-t-il lancé à la NUPES.
Les semaines passant, les attaques entre les deux camps s’intensifient et ne promettent pas de se tarir de sitôt, pendant que le Rassemblement national, lui, assiste au spectacle, mais sans parvenir à se défaire, comme il le souhaiterait, du qualificatif d’ « extrême droite ».