Vexé par les « insultes » de Gérald Darmanin, le ministre italien des Affaires étrangères annule sa visite à Paris

Le froid s’est à nouveau abattu sur les relations entre Rome et Paris après que le ministre français Gérald Darmanin a qualifié Giorgia Meloni d’« incapable » en matière de contrôle du phénomène migratoire. De son côté, l’Italie a réagi en annulant à la dernière minute la visite de son ministre des Affaires étrangères.

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« Madame Meloni, choisie par les amis de Madame Le Pen est incapable de régler les problèmes migratoires [pour] lesquels elle a été élue », a déclaré M. Darmanin. [CHRISTOPHE PETIT-TESSON/EPA]

Le froid s’est à nouveau abattu sur les relations entre Rome et Paris après que le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin a qualifié Giorgia Meloni d’« incapable » en matière de contrôle du phénomène migratoire. De son côté, l’Italie a réagi en annulant à la dernière minute la visite de son ministre des Affaires étrangères.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni (Frères d’Italie/CRE) est « incapable de résoudre les problèmes migratoires » de l’Italie, qui connaît « une crise migratoire très grave », a déclaré le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, lors d’une interview accordée à BFMTV-RMC.

« Madame Meloni, choisie par les amis de Madame Le Pen est incapable de régler les problèmes migratoires [pour] lesquels elle a été élue », a déclaré M. Darmanin.

Le ministre français avait été invité à commenter certaines déclarations de Jordan Bardella, président du parti de Marine Le Pen, le Rassemblement national (RN), concernant les problèmes migratoires à la frontière franco-italienne.

Le RN fait partie, avec la Ligue de Matteo Salvini, du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen.

« Ce n’est pas vraiment de la solidarité européenne : voilà qui ne veut pas résoudre l’urgence de l’immigration. S’ils pensent à Paris que l’Italie constitue le camp de réfugiés de l’Europe, ils se trompent cruellement », peut-on lire dans une note officielle de la Ligue depuis le Parlement de l’UE.

Mme Meloni à l’image de Mme Le Pen

Au cours de l’interview, M. Darmanin reconnaît qu’il y a « un flux de migrants et surtout de mineurs » dans le sud de la France, mais il en rejette l’entière responsabilité sur l’Italie, qu’il juge incapable de gérer les flux migratoires.

« La vérité, c’est qu’il y a une situation politique en Tunisie […] qui fait que beaucoup d’enfants, notamment, remontent par l’Italie et que l’Italie n’est pas capable […] de gérer cette pression migratoire », a expliqué le ministre français.

Il s’est ensuite aventuré dans une comparaison entre Giorgia Meloni et Marine Le Pen. « Madame Meloni, c’est comme Madame Le Pen, elle dit “vous allez voir ce que vous allez voir” et ce qu’on voit, c’est que ça ne s’arrête pas et ça s’amplifie », a déclaré M. Darmanin.

Visite à Paris annulée à la volée

Après les propos de M. Darmanin, Rome a réagi rapidement en annulant la visite officielle prévue de longue date du ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre Antonio Tajani (Forza Italia/PPE) à Paris pour rencontrer son homologue française, Catherine Colonna.

« Je ne me rendrai pas à Paris pour la rencontre prévue avec Mme Colonna. Les insultes au gouvernement et à l’Italie proférées par le ministre Darmanin sont inacceptables. Ce n’est pas dans cet esprit que les défis européens communs doivent être abordés », a écrit M. Tajani sur Twitter.

Cependant, le ministre Colonna a tenté de remédier aux propos de M. Darmanin en invitant à nouveau M. Tajani à Paris.

« J’ai parlé à mon collègue Antonio Tajani au téléphone. Je lui ai dit que la relation entre la France et l’Italie est basée sur le respect mutuel entre nos deux pays et entre leurs dirigeants. J’espère pouvoir l’accueillir prochainement à Paris », a écrit Mme Colonna sur Twitter.

Une note officielle du Quai d’Orsay indique que « le gouvernement français souhaite travailler avec l’Italie pour faire face au défi commun que représente la hausse rapide des flux migratoires ».

« La relation entre la France et l’Italie est fondée sur le respect mutuel, entre nos deux pays et entre leurs dirigeants. C’est l’esprit du Traité du Quirinal », est-il également indiqué dans la note. Il y est aussi précisé que la question migratoire « doit être traitée par l’ensemble des États membres, en gardant à l’esprit que nous ne pourrons réussir et être efficaces que dans la concertation et un dialogue apaisé ».

« La dimension extérieure des migrations, qui implique notamment de renforcer étroitement la coopération avec les pays d’origine ou de transit des migrants, est l’un des piliers de la stratégie européenne et fait l’objet d’échanges entre les gouvernements français et italien, notamment entre les deux ministres des Affaires étrangères », conclut la note.

Mme Meloni s’entretient avec le maréchal Haftar

Toujours en matière d’immigration, Mme Meloni a rencontré jeudi (4 mai) à Rome le maréchal libyen Khalifa Haftar, avec qui elle a aussi évoqué la question de la stabilisation de la Libye et de l’Afrique du Nord.

En janvier dernier, la Première ministre italienne s’était rendue à Tripoli pour rencontrer le Premier ministre du gouvernement libyen d’union nationale, Abdelhamid Dbeibah.

Lors de sa rencontre avec M. Haftar, Mme Meloni a réaffirmé que l’Italie soutenait l’action de l’ONU en Libye pour relancer le processus politique qui pourrait conduire à des élections présidentielles et parlementaires d’ici la fin de 2023.

Depuis son entrée en fonction, M. Meloni s’est rendu en Libye, en Algérie et en Éthiopie afin de conclure des accords avantageux sur l’approvisionnement en énergie et de limiter les flux migratoires vers l’Italie.

[Davide Basso a contribué à la rédaction de cet article]