Vers une réconciliation entre la Croatie et la Serbie
Peu après l’annonce des résultats de la présidentielle croate, le journal italien Corriere Della Serra a publié un entretien accordé par Ivo Josipovic. Le nouveau chef d’État envisage la possibilité d’une trêve entre son pays et la Serbie voisine, engagés de longue date dans un conflit judiciaire pour cause d’accusations mutuelles de génocide.
Peu après l’annonce des résultats de la présidentielle croate, le journal italien Corriere Della Serra a publié un entretien accordé par Ivo Josipovic. Le nouveau chef d’État envisage la possibilité d’une trêve entre son pays et la Serbie voisine, engagés de longue date dans un conflit judiciaire pour cause d’accusations mutuelles de génocide.
Le social démocrate, Ivo Josipovic, victorieux le 10 janvier dernier, avait fait campagne sur le thème de la légalité et de l’intégration à l’UE. Il a donc pris des mesures symboliques immédiates pour atténuer les tensions judiciaires avec la Serbie. Si le pays répondait aux demandes croates, « il n’y aurait plus de raisons de le poursuivre en justice », a-t-il déclaré.
Le 2 juillet 1999, la Croatie a déposé une plainte à l’encontre de la Serbie devant la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye. A travers cette procédure, Zagreb accuse l’armée et la République fédérale de Yougoslavie d’avoir violé la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, au détriment de sa population croate. Le 18 novembre 2008, la Cour avait statué en faveur de la capitale croate, contre les objections préliminaires de la Serbie.
Ce pays a longtemps demandé à son voisin de retirer sa plainte afin de privilégier une résolution pacifique du conflit qui les oppose. Plus généralement, les Serbes proposent depuis des années de régler les questions liées aux guerres civiles qui ont secoué les Balkans dans les années 90 en dehors des tribunaux. Mais cette approche s’était jusque-là heurtée à l’opposition croate.
Face à cela, la Serbie a décidé, le 4 janvier 2010, de poursuivre à son tour la Croatie pour génocide devant la CPI, le différend concerne cette fois les manœuvres entreprises par les forces croates pendant l’opération « Tempête », menée entre le 4 et le 8 août 1995.
Ces tensions judiciaires permanentes semblent avoir favorisé de manière inattendue l’élection d’Ivo Josipovic à la présidence. Et la posture du nouveau chef d’État est particulièrement inattendue, dans la mesure où il était lui-même l’un des auteurs des poursuites engagées contre la Serbie.
Le président serbe, Boris Tadic, a répondu rapidement à ce signal. Il a félicité son homologue croate, et déclaré que la Serbie et la Croatie partageaient toutes deux un futur commun dans l’UE. « Les deux pays jouent un rôle décisif dans la transformation des Balkans de l’ouest en une zone de stabilité et de développement durable », a-t-il dit.
« Il n’y a pas de culpabilité collective dans le conflit qui nous oppose, chaque criminel a ses propres noms et prénoms. Les criminels doivent être punis pour ce qu’ils ont fait par respect pour les victimes et leurs familles et pour le bien de la réconciliation dans les Balkans », a-t-il répété.
D’autre part, le président serbe et son parti démocratique mettent la pression en faveur d’une déclaration parlementaire officielle condamnant le massacre de Srebrenica en juillet 1995. L’énoncé exact du texte a déclenché un débat politique très animé.
Cette avancée supplémentaire, consécutive à l’élection présidentielle croate, pourrait bien être un pas décisif vers l’apaisement des tensions avec les Croates. Mais aussi avec les Pays-Bas, qui restent les principaux opposants au statut de candidat de la Serbie. En cause l’engagement des troupes néerlandaises pour mettre fin au nettoyage ethnique pendant les guerres balkaniques.