Vers une expérimentation d’une « tenue unique » à l’école en France

Le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal a annoncé lundi (4 septembre) que des expérimentations d’une tenue unique à l’école seront lancées localement dans les prochains mois.

Euractiv France
French President Macron visits high school ahead of school start
M. Attal a indiqué souhaiter aller « assez vite » afin de « faire avancer le débat », qui s’est intensifié ces derniers jours, notamment depuis l’interdiction de l’abaya à l’école. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

Le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal a annoncé lundi (4 septembre) que des expérimentations d’une tenue scolaire unique seront lancées localement dans les prochains mois.

« Je ne suis pas sûr que ce soit une solution miracle […], mais elle mérite d’être testée », a déclaré Gabriel Attal, ministre français de l’Éducation nationale, qui s’est dit « très favorable » à l’expérimentation d’une « tenue unique » en milieu scolaire, lundi sur RTL.

Le président Emmanuel Macron, lundi soir lors d’une interview avec la chaîne TikTok et YouTube HugoDecrypte, a d’ailleurs explicité la différence entre une tenue scolaire unique et un uniforme : il ne s’agirait pas d’un vêtement identique pour chaque élève, mais d’une consigne vestimentaire moins stricte – par exemple être vêtu d’un jean et d’un t-shirt.

Le chef de l’Etat a indiqué préférer l’option de la tenue unique, qui est « plus acceptable [pour les élèves] d’un point de vue disciplinaire ».

Après une période de consultation avec les élus locaux volontaires, notamment pour identifier les établissements dans lesquels la déployer, le ministre a déclaré qu’il « [annoncera] à l’automne les modalités d’expérimentation ».

M. Attal souhaite aller « assez vite » afin de « faire avancer le débat », qui s’est intensifié ces derniers jours, notamment depuis l’interdiction de l’abaya à l’école.

« L’important, c’est avant tout ce que cela permet en matière de transmission, d’élévation du niveau à l’école, de restauration de l’autorité dans nos établissements », a-t-il expliqué.

Il n’est donc pas question d’instaurer une quelconque obligation d’emblée, mais d’évaluer si la mesure est « utile ou pas », selon les mots du ministre.

Pour le président, le recours à une telle mesure pourrait permettre de régler des problèmes liés à la laïcité et à la « décence » : l’école doit être « un espace où il y a le moins de différences possible ».

Ainsi, une tenue scolaire unique permettrait d’éviter ce qui relève, d’une part, d’une appartenance à une religion et, d’autre part, de tenues trop excentriques, ou encore causer une stigmatisation sociale envers des élèves issus de milieux populaires, a expliqué M. Macron.

Clarification

La position de Gabriel Attal tranche avec celle de son prédécesseur, Pap Ndiaye, qui s’était opposé à cette mesure. Elle est soutenue par la droite et l’extrême droite, à l’image du président du parti de droite Les Républicains, qui, dans un entretien paru dans le JDD dimanche, plaide pour une « généralisation » l’uniforme.

Cette proposition faisait d’ailleurs partie du programme présidentiel de Marine Le Pen, et a été évoquée par tous les candidats au congrès des Républicains en décembre dernier.

La gauche considère que les inégalités à l’école ne seront pas réduites du fait de la mise en place d’un habit unique pour les écoliers. Certains, dont le député La France insoumise (LFI) Thomas Portes, y voient la preuve d’« une convergence idéologique entre la macronie et l’extrême droite ».

La majorité n’est pas au clair

Dans le camp présidentiel, le sujet est loin d’être consensuel. D’une part, sur le fond, certains s’opposent à la généralisation d’une tenue unique pour les élèves français, d’autres trouvent le débat stérile.

« L’uniforme à l’école n’est rien d’autre qu’un symbole, il ne rendra pas les élèves plus obéissants, plus respectueux de la laïcité, de leurs camarades et du personnel éducatif », écrivait par exemple la députée Renaissance Olga Givernet dans une tribune, il y a déjà plusieurs mois, parue dans le JDD.

Le gouvernement semble plutôt aligné derrière la position de Gabriel Attal, mais, sur la forme, les modalités de l’expérimentation mettent en exergue des divergences. La secrétaire d’État chargée de la Ville, Sabrina Agresti-Roubache, a par exemple évoqué la possibilité d’expérimenter le port de l’uniforme dans les quartiers populaires.

Or dimanche soir, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Bérangère Couillard expliquait être « favorable à ce que [l’expérimentation] se fasse sur un territoire grand comme un département […] que dans des quartiers prioritaires », pour « ne pas imaginer que ce soit un symbole en fonction de l’origine sociale ».

Pour Mme Couillard, il s’agit d’une décision qui pourrait permettre de « sanctuariser la laïcité et de lutter contre le harcèlement scolaire » et mérite donc d’être expérimentée.