Vers la fin de la « tolérance zéro » pour l’importation d’OGM non autorisés
Les Européens se sont entendus pour permettre la présence de traces d’OGM non autorisés en Europe dans les produits importés et destinés à l’alimentation animale.
Les Européens se sont entendus pour permettre la présence de traces d’OGM non autorisés en Europe dans les produits importés et destinés à l’alimentation animale.
Cette décision fera date. Par la voix de leurs experts, les États membres ont donné leur feu vert, mardi 22 février, à l’entrée en Europe de produits alimentaires contenant jusqu’à 0,1% d’OGM. Cette nouvelle norme s’appliquera aux produits importés destinés à l’alimentation animale. Si le Parlement ou les ministres européens ne s’y opposent pas dans les trois mois, elle sera officiellement adoptée.
Sur le principe, le seuil de 0,1% constitue un changement important. C’est la fin de la «tolérance zéro», jusque là en vigueur en Europe. Actuellement, la législation européenne bloque toute importation de cargaisons contenant la moindre trace d’OGM non autorisé dans l’UE.
Le seuil de 0,1% vise tous les OGM, pourvu qu’ils soient homologués dans la partie du monde où ils sont produits. Cela permettrait notamment de débloquer l’importation de cargaisons de soja et de maïs, susceptibles de contenir des poussières d’OGM.
L’Europe importe chaque année 4 millions de tonnes de maïs et 33 millions de tonnes de soja destinés à l’alimentation animale.
« Premier pas »
Le Parlement européen peut encore bloquer le texte. «Mais il est peu probable que les eurodéputés le fassent», juge un connaisseur de ce dossier, qui rappelle qu’ils se sont déjà prononcé sur la levée de la tolérance zéro dans ce domaine. Pour parvenir à leur fin, les opposants à cette décision devront réunir plus la moitié des voix des députés européens.
Le président de l’interprofession des semences (Gnis), Philippe Gracien, salue «un premier pas» de la part de l’Union européenne. «Nous sommes sur la bonne voie, mais il faut encore que cette décision soit confirmée», juge-t-il, prudent. Il estime qu’elle est nécessaire aux agriculteurs, car «les élevages européens ont besoin de protéines végétales venant de pays qui cultivent essentiellement des OGM».
«Nous sommes satisfaits de cette décision», affirme le directeur du syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (SNIA), Stéphane Radet. «Actuellement, la présence de traces OGM peut conduire à un blocage des importations, et donc à une surenchère des coûts d’approvisionnements, voire, dans certains cas, à des ruptures de stocks». Il insiste sur la nécessité de se servir de «matières premières compétitives» pour fabriquer l’alimentation animale.
« Changement de philosophie »
«Cette décision constitue un changement de philopsophie fondamentale de l’UE vis-à-vis des OGM», s’indigne de son côté Arnaud Apoteker, qui suit le dossier des OGM pour Greenpeace.
«La Commission européenne devrait être la garante de la sécurité alimentaire en Europe, affirme-t-il. Cela montre à quel point elle est de plus en plus incapable de peser face aux autres acteurs commerciaux dans le monde.»
Même s’il reconnaît que la quantité autorisée est faible, il indique qu’elle est peut-être dangereuse. Il pointe aussi le risque que les consommateurs européens soient exposés à des «cocktails» de plusieurs produits transgéniques. «Cette décision est une porte ouverte pour faire accepter des OGM non testés en Europe», ajoute-t-il, craignant que ce seuil de 0,1% soit relevé dans les années à venir.