Véhicules électriques : le paiement pour une recharge aussi facile que pour un plein d’essence ?

Le Parlement entend faciliter la recharge des véhicules électriques en rendant obligatoires les terminaux de paiement pour les cartes de crédit et de débit, mais l’obligation d’adapter les stations existantes pourrait ralentir le déploiement des nouvelles infrastructures.

Euractiv.com
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Les eurodéputés souhaitent installer davantage de stations de recharge publiques, mais aussi faciliter leur utilisation par les conducteurs. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/man-charging-electric-vehicle-paying-energy-1499395148" target="_blank" rel="noopener">Monkey Business Images/Shutterstock</a>]

Le Parlement européen entend faciliter la recharge des véhicules électriques en rendant obligatoires les terminaux de paiement pour les cartes de crédit et de débit dans toutes les stations. Les opérateurs des bornes de recharge avertissent toutefois que l’obligation d’adapter les stations existantes pourrait ralentir le déploiement des nouvelles infrastructures.

En octobre, le Parlement européen a adopté sa position concernant le règlement sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs (AFIR). Ce dernier fixe des objectifs minimaux quant au nombre de bornes de recharge pour véhicules électriques dont les États membres de l’UE doivent disposer, notamment sur les grands axes routiers.

Les eurodéputés souhaitent installer davantage de stations de recharge publiques, mais aussi faciliter leur utilisation par les conducteurs.

« Notre vision est très claire : recharger aussi facilement que pour un plein », a expliqué Anna Deparnay-Grunenberg, eurodéputée du Groupe des Verts (Verts/ALE) au Parlement européen.

« Nous avons besoin de systèmes de paiement faciles à utiliser […] pour que tout le monde puisse recharger sa voiture électrique et payer à chaque coin de rue », a-t-elle confié à EURACTIV

« Auparavant, chaque État membre pouvait décider des options de paiement proposées dans les stations de recharge, car il n’y avait pas de législation européenne uniformisée à ce sujet », indique Ismail Ertug, principal négociateur du Parlement européen sur la question et eurodéputé du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D).

« Cela devrait à présent changer », a-t-il indiqué à EURACTIV. « Je suis favorable à la possibilité d’un paiement par carte et j’aimerais que cette possibilité soit inscrite dans une législation contraignante et soit applicable à toutes les stations de recharge à travers l’Europe. »

Les gouvernements nationaux se montrent prudents

Selon Jaap Burger, du groupe de réflexion Regulatory Assistance Project, la directive AFIR en vigueur aujourd’hui a conduit de nombreux États membres à imposer des modes de paiement ponctuels (dits « ad hoc »), s’effectuant le plus souvent via des applications pour smartphones ou des codes QR.

« Toutefois, récemment, certains États membres de l’UE ont rendu obligatoire l’utilisation de lecteurs de cartes bancaires ou de crédit, ce qui [rend le paiement] beaucoup plus simple », a-t-il ajouté en citant en exemple l’Allemagne et le Danemark.

Dans le cadre de la directive AFIR, le Parlement européen souhaite aller encore plus loin et obliger les opérateurs de bornes de recharge à adapter les stations existantes en y ajoutant des terminaux permettant le paiement par carte de débit et de crédit.

Pourtant, les gouvernements nationaux, qui négocient actuellement avec le Parlement afin de trouver un compromis sur le dossier, déconseillent une telle démarche et souhaitent continuer avec l’obligation minimale de disposer d’un mode de paiement via QR code.

« Une distinction est faite dans la position du Conseil entre les stations de recharge rapide de plus de 50 kW en courant continu (CC) et les stations de recharge normale de moins de 50 kW en courant alternatif (CA) », a indiqué František Jemelka, porte-parole du ministère tchèque des Transports, qui est chargé des négociations avec le Parlement pour la présidence tchèque du Conseil l’UE.

« Le Conseil estime que [le paiement] ad hoc sera surtout utilisé dans les stations de recharge rapide. Dans les stations de recharge en CA de moins de 50 kW, le modèle contractuel sera toujours majoritaire », a expliqué M. Jamelka à EURACTIV. Ainsi, il ne devrait pas être obligatoire d’adapter les stations de recharge de moins de 50 kW, estiment les États membres.

La position du Parlement, qui souhaite étendre l’obligation à toutes les bornes de recharge publiques, engendrerait « des coûts supplémentaires considérables pour l’opérateur », a indiqué M. Jamelka, qui a également averti que « les résultats finaux pourraient être complètement à l’opposé de ce que le Parlement souhaite accomplir ».

« Au final, cela pourrait inciter les opérateurs à désactiver ou à démonter la borne de recharge plutôt que d’investir dans la modernisation des stations de recharge en CA », a-t-il poursuivi.

Un règlement « perturbateur »

Les opérateurs de stations de recharge affirment que l’obligation de moderniser les stations existantes les empêcherait d’aller de l’avant avec leur plan de déploiement de multiples bornes de recharge, sur lequel ils souhaitent à présent se concentrer.

Le secteur « soutient le choix du conducteur ainsi que toutes les technologies et méthodes de paiement et d’accès à la recharge », a déclaré Tanya Sinclair, directrice principale des politiques chez ChargePoint, un opérateur de bornes de recharge. « La clé réside dans le choix dans tous nos déploiements. C’est ce que nous offrons », a-t-elle déclaré lors d’un événement en ligne mercredi dernier (23 novembre).

Elle a tout de même expliqué qu’une obligation de mise à niveau reviendrait à dire qu’il faut maintenant revenir en arrière et tout retirer de manière définitive, ce qui serait selon elle « perturbateur ».

« Et c’est vraiment un retour en arrière pour nos entreprises et pour l’industrie », a-t-elle précisé.

« Nous sommes des petites et moyennes entreprises en expansion et des jeunes entreprises », a ajouté Mme Sinclair, qui représente une entreprise dont la capitalisation boursière s’élève à 4 milliards de dollars. « Nous ne disposons pas de suffisamment tde capacités pour pouvoir déployer à grande échelle des infrastructures de recharge de véhicules électriques et à la fois revenir en arrière pour moderniser les infrastructures existantes. »

Les représentants des consommateurs ne sont quant à eux pas d’accord avec les représentants du secteur.

Pour Robin Loos, membre du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), « le paiement ad hoc obligatoire par carte de débit ou de crédit ne ralentira pas le déploiement des stations de recharge ».

« La modernisation est peu coûteuse, puisque de nouvelles solutions de modernisation moins chères sont en cours de développement », a-t-il confié à EURACTIV.

Plutôt que de ralentir le déploiement des bornes de recharge, l’initiative donnera aux consommateurs « une plus grande confiance » dans la transition vers les véhicules électriques, ce qui améliorera en retour la rentabilité des stations de recharge publiques, a affirmé M. Loos.

Le négociateur en chef du Parlement, Ismail Ertug, partage également cet avis.

« Nous ne pouvons pas espérer que tous [les conducteurs] maîtrisent Google ou Apple Pay, les codes QR ou le paiement via une application. Les modèles d’abonnement et les plateformes de paiement peuvent continuer à exister, mais la possibilité de payer ponctuellement doit également exister », a-t-il indiqué.

La prochaine négociation entre le Parlement et le Conseil est prévue pour le 13 décembre, mais un accord sur le dossier ne sera probablement conclu que l’année prochaine, a indiqué M. Ertug.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]