Véhicules électriques chinois : les droits de douane de l’UE trop faibles pour protéger l’industrie européenne ?

Les droits de douane provisoires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine annoncés par Bruxelles sont trop faibles pour protéger l’industrie automobile européenne, a confié à Euractiv une ancienne conseillère du Bureau du Représentant américain au commerce.

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La Commission européenne a annoncé, mercredi (12 juin), des droits de douane supplémentaires allant de 17,4 % à 38,1 % sur les voitures électriques produites en Chine à partir du 4 juillet. [SHUTTERSTOCK/ADRIAN3388]

Les droits de douane provisoires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine annoncés par la Commission européenne mercredi (12 juin) sont trop faibles pour protéger l’industrie automobile européenne des exportations de voitures recevant des subventions de Pékin, a confié à Euractiv Greta Peisch, ancienne conseillère du Bureau du Représentant au commerce des États-Unis.

Greta Peisch, ancienne conseillère générale du Bureau du Représentant au commerce des États-Unis (USTR), a déclaré que les droits de douane, allant de 17,4 % à 38,1 % en plus des droits de douane de 10 % actuels, sont insuffisants pour contrebalancer les niveaux élevés d’aide publique que les fabricants de véhicules électriques reçoivent généralement de la Chine.

Elle a également souligné que, certains modèles de véhicules électriques se vendant à peine 12 000 dollars en Chine, même des taxes aussi élevées que 100 % ne seraient probablement pas assez « prohibitives» que pour rééquilibrer les relations commerciales entre l’UE et la Chine ou pour freiner suffisamment la demande européenne.

« [Les droits de douane] ne suffisent pas à contrer toutes les forces en présence », a-t-elle affirmé. « Je pense que l’on peut s’attendre à ce que ces véhicules continuent d’arriver et d’être vendus à peu près au même prix aujourd’hui et qu’ils continuent de prendre des parts de marché aux constructeurs européens. »

D’après Mme Peisch, ces mesures sont un bon début, mais elle reste plutôt sceptique quant à leur efficacité à long terme pour maintenir la vigueur de l’industrie européenne.

L’ex-conseillère américaine, qui a participé à l’élaboration des mesures commerciales bien plus strictes adoptées par les États-Unis le mois dernier (notamment des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques), a expliqué que des taxes entre 10 à 30 % étaient insuffisantes pour influencer les importations chinoises dans son pays.

« Cela n’a tout simplement pas d’effet », a-t-elle insisté. « Mais avec des taxes de 100 %, 150 % voire 200 %, on constate de réelles répercussions sur le flux des importations et sur les prix auxquels les producteurs doivent faire face ».

Mme Peisch, actuellement employée chez Wiley, un cabinet d’avocats basé à Washington, a également souligné que les États-Unis avaient un intérêt géostratégique à veiller à ce que leur partenaire transatlantique, l’UE, conserve sa capacité industrielle.

« Je pense qu’il est important pour les États-Unis que les producteurs de l’UE sur le marché européen, même si nous sommes des concurrents féroces, soient prospères et dynamiques », a-t-elle déclaré.

Contacté par Euractiv, le gouvernement américain s’est montré que plus optimiste que Greta Peisch quant à la décision de la Commission.

« Nous nous réjouissons de l’action de nos partenaires commerciaux pour repousser la surcapacité non marchande de la Chine qui nuit aux travailleurs et aux entreprises du monde entier », a indiqué un porte-parole de l’USTR.

« Les États-Unis n’ont cessé d’exprimer leurs inquiétudes concernant les politiques non commerciales déloyales de la Chine, notamment en ce qui concerne les véhicules électriques, l’acier, l’énergie solaire et d’autres secteurs », a-t-il poursuivi.

Des droits de douane trop faibles qui arrivent trop tard

D’éminents analystes européens ont également affirmé que les droits de douane annoncés mercredi étaient insuffisants pour avoir un effet négatif significatif sur les exportateurs chinois.

Selon Alicia García-Herrero, économiste en chef pour l’Asie-Pacifique à la banque d’investissement Natixis et membre du groupe de réflexion Bruegel basé à Bruxelles, les droits de douane sont non seulement trop faibles, mais qu’ils arrivent également « trop tard », c’est-à-dire après que le Brésil, la Turquie et les États-Unis, ont imposé des mesures similaires.

«[L’opinion selon laquelle] autant imposer des tarifs douaniers puisque tout le monde le fait… Ce n’est pas une stratégie. C’est juste un alignement », a-t-elle expliqué à Euractiv.

Elle a également ajouté que, les droits de douane de l’UE étant toujours nettement inférieurs à leurs équivalents américains, l’Europe restera une destination attrayante pour les exportateurs chinois de véhicules électriques, même si les mesures provisoires deviennent permanentes lorsque l’exécutif de l’UE prendra une décision finale dans les mois à venir.

« C’est toujours un marché où [les véhicules chinois] peuvent entrer parce que le droit de douane relatif est bas », a-t-elle déclaré. « Donc, pour moi, ils ne sont pas concluants en termes d’impact ».

D’autres analystes ont noté que les nouveaux droits de douane suggèrent que l’UE pourrait pousser l’UE à adopter une politique commerciale aussi agressive que celle des États-Unis à l’égard de la Chine.

D’autres analystes ont noté que les nouveaux droits de douane suggèrent que l’UE pourrait être en passe d’adopter une politique commerciale nettement plus agressive, comme les États-Unis, à l’égard de la Chine.

Sander Tordoir, économiste en chef au Centre for European Reform, a souligné que même si Bruxelles reste plus encline que Washington à suivre une approche fondée sur des règles, un « alignement » général entre les politiques commerciales des deux blocs semble se produire.

« Je pense que de manière générale, cette enquête sur les véhicules électriques est le signe d’un plus grand alignement de l’UE sur les États-Unis », a-t-il analysé pour Euractiv.

Il a également affirmé qu’en fin de compte, la Chine est à blâmer pour ce rapprochement croissant entre les positions européenne et américaine.

« Fondamentalement [l’alignement UE-USA] est motivé, selon moi, par les actions de la Chine, c’est-à-dire son refus de s’attaquer à la surproduction et son refus de réduire toutes les subventions et le protectionnisme », a-t-il soutenu.

« Les actions de la Chine poussent donc les Européens à se rapprocher des États-Unis. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]