Valls prend les rênes du gouvernement dans la tourmente

François Hollande donne des gages aux critiques de droite en nommant Manuel Valls à Matignon, après la débâcle des élections municipales. Mais à deux mois des européennes, la marge de manœuvre du nouveau premier ministre reste limitée pour inverser la tendance.

EURACTIV.fr / Reuters
Manuel Valls
Manuel Valls

François Hollande donne des gages aux critiques de droite en nommant Manuel Valls à Matignon, après la débâcle des élections municipales. Mais à deux mois des européennes, la marge de manœuvre du nouveau premier ministre reste limitée pour inverser la tendance.

François Hollande a nommé Manuel Valls au poste de premier ministre pour mener un gouvernement « de combat » soucieux de « justice sociale » dans la foulée de la déroute subie par la majorité au second tour des élections municipales.

Le chef de l’Etat a confirmé dans une allocution télévisée le remplacement de Jean-Marc Ayrault par le ministre de l’Intérieur en réponse au « clair » message des urnes.

« Il est temps aujourd’hui d’ouvrir une nouvelle étape. Et j’ai donc confié à Manuel Valls la mission de conduire le gouvernement de la France, il en a les qualités », a-t-il dit.

La nomination des membres du gouvernement destiné à « redonner force à « l’économie » voulue par le président devrait intervenir mercredi matin.

La déroute de la majorité aux municipales laissent présager des scrutins difficiles pour la gauche française lors des élections européennes de mai, puis des sénatoriales, qui devraient se solder par la perte par la gauche de sa majorité au Sénat.

« Sans profonde remise en question, la sanction que nous venons de subir n’est rien à côté de la débâcle qui nous attend aux élections européennes. Il y a un risque réel et imminent, pour le Parti socialiste, d’être devancé par la droite et l’extrême droite » avertissent Stéphane Delpeyrat, secrétaire national du PS et Medhi Ouraoui, membre du conseil national du PS dans une tribune publiée dans Libération.

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A l’approche des élections européennes, le Président a également évoqué les engagements français en matière de réduction du déficit auprès de l’Union européenne. La France doit en effet ramener son déficit sous la barre des 3%  du Produit Intérieur Brut d’ici 2015 (PIB). Un engagement qui semble difficile à tenir, et que le président Hollande pourrait tenter de renégocier avec Bruxelles.

« Il ne s’agit pas de faire des économies pour faire des économies. Il ne peut être question de fragiliser la croissance qui repart » a-t-il souligné.

« Le gouvernement aura aussi à convaincre l’Europe que cette contribution de la France à la compétitivité et à la croissance doit être prise en compte dans le respect de ses engagements. Car renforcer l’économie française, c’est la meilleure façon de réorienter l’Europe a déclaré François Hollande. Une façon de souligner que la France contribue largement au budget européen, au Mécanisme de stabilité et au financement du  bon fonctionnement de l’Europe. Sa dette en fait les frais, comme le soulignait Bercy hier : hors engagements européens, la dette française ne serait pas de 95 % du PIB mais de 90 %/

 « Pas de participation » au nouveau gouvernement pour les ministres verts

Les deux ministres écologistes, Cécile Duflot et Pascal Canfin ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas au nouveau gouvernement.

« Avec franchise et lucidité, nous en tirons donc toutes les conséquences et n’entendons pas participer à ce nouveau gouvernement que nous assurons de notre vigilance la plus haute, mais aussi de notre solidarité chaque fois que le cap choisi sera le bon » ont écrit les ministres.

Face aux critiques déjà exprimées à gauche du PS et chez les Verts, qui jugent Manuel Valls trop à droite, François Hollande a envoyé un message d’apaisement en annonçant des baisses d’impôts pour les ménages. Mais pour…2017.

François Hollande a salué le travail du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, qui a travaillé pendant 22 mois avec « courage et abnégation ». L’ancien maire de Nantes avait annoncé sa démission dans un communiqué, après avoir rencontré François Hollande pendant près de deux heures à l’Elysée lundi matin.

Le remaniement était réclamé par les Français, à 74% selon un sondage BVA pour Le Parisien publié lundi, une opinion partagée par toutes les catégories de la population, sympathisants du PS compris. Et 31% des Français se prononçaient pour son remplacement par Manuel Valls.

Jean-Marc Ayrault a défendu son bilan ces derniers jours, estimant qu’il était le mieux à même de faire voter le pacte de responsabilité proposé par le chef de l’Etat aux entreprises, mais critiqué par la gauche de la majorité parlementaire.

François Hollande a annoncé à cet égard qu’un « pacte de solidarité » serait lancé en parallèle de ce pacte jugé par ses détracteurs de gauche trop favorable au patronat.

Des réactions négatives

Les réactions négatives n’ont d’ailleurs pas tardé et illustrent la difficulté qu’aura Manuels Valls à rassembler une large majorité pour faire voter le pacte de responsabilité et des économies de 50 milliards d’euros au moins.

Emmanuel Maurel, vice-président socialiste du conseil régional d’Ile-de-France, a exprimé sa surprise à son arrivée à une réunion à huis clos d’une trentaine de dirigeants et de parlementaires de l’aile gauche du PS.

« (Manuel Valls) a porté une ligne minoritaire dans le peuple de gauche et je crois qu’il fallait au contraire prendre le temps de discuter entre nous », a-t-il déclaré.

 « M. Valls, c’est l’opposition aux 35 heures, c’est la TVA sociale », a-t-elle dit. « Dimanche, ce sont les électeurs de gauche qui ne sont pas venus. Alors a priori le choix de Manuel Valls ne répond pas à cela. »

Le président de l’UMP, Jean-François Copé, a pour sa part dit n’avoir vu « ni changement de cap, ni décision courageuse ni susceptible de modifier profondément le processus de décrochage dans lequel le président de la République entraîne notre pays. »