Ursula von der Leyen veut orienter les fonds de défense européens vers la sécurité de l’Arctique
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé mardi 20 janvier à utiliser une partie de l’augmentation des dépenses européennes de défense pour soutenir l’économie et les infrastructures du Groenland, tout en renforçant la sécurité de l’Arctique face à l’intérêt croissant des États-Unis pour la région.
S’exprimant au Forum économique mondial de Davos, la présidente de la Commission a esquissé un rééquilibrage des priorités militaires de l’UE. Ce repositionnement marque une approche plus affirmée de Bruxelles dans le Grand Nord et place le Groenland au centre de la nouvelle doctrine européenne en matière de sécurité et de développement économique arctique.
La veille, le Danemark et le Groenland avaient appelé l’OTAN à lancer une mission dédiée pour renforcer les défenses de l’île arctique. Lors d’une réunion au siège de l’Alliance à Bruxelles, le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, a indiqué percevoir un « large soutien » parmi les alliés pour un engagement accru de l’OTAN dans l’Arctique, évoquant une opération potentielle baptisée « Arctic Sentry ».
Jusqu’à présent, l’Arctique n’occupait qu’une place marginale dans la politique européenne de défense. L’an dernier, la Commission avait mis à disposition 150 milliards d’euros de prêts pour renforcer les capacités militaires à l’Est de l’Union ainsi que la défense aérienne et spatiale, sans ciblage spécifique de la région arctique.
Désormais, Ursula von der Leyen souhaite qu’une partie de l’augmentation des dépenses de défense soit consacrée à des capacités concrètes dans l’Arctique, notamment des brise-glaces et des équipements spécialisés conçus pour fonctionner dans les conditions extrêmes du Grand Nord. Les brise-glaces sont traditionnellement des navires civils, mais ils peuvent soutenir des opérations militaires en ouvrant des voies maritimes.
De son côté, Copenhague a également conduit ces derniers jours une mission de reconnaissance au Groenland avec plusieurs pays européens afin d’évaluer comment le territoire pourrait être utilisé pour renforcer la présence militaire alliée. Cette initiative visait à démontrer à Washington que les Européens prenaient au sérieux les enjeux sécuritaires dans l’Arctique, alors que les États-Unis dénoncent depuis des mois une protection jugée insuffisante de la région.
La présidente de la Commission a également réaffirmé que Bruxelles s’efforce d’élaborer sa propre stratégie de sécurité et de mettre à jour la stratégie de l’UE pour l’Arctique.
Ursula von der Leyen a déclaré que l’UE « travaillera avec les États-Unis et tous ses partenaires sur la sécurité de l’Arctique au sens large », mais a souligné la nécessité de « renforcer également nos partenariats en matière de sécurité avec des pays tels que le Royaume-Uni, le Canada, la Norvège, l’Islande et d’autres ».
Bien que la sécurité de l’Arctique ne devait pas initialement occuper une place prépondérante dans son discours à Davos, Ursula von der Leyen a présenté cette région comme emblématique de la volonté plus large de l’Europe d’atteindre « l’indépendance européenne ».
Elle a réaffirmé la « pleine solidarité » de l’UE avec le Groenland et le Danemark, soulignant que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’île sont « non négociables ».
Le président américain Donald Trump a menacé la semaine dernière d’imposer des droits de douane supplémentaires à huit pays européens, à partir de 10 % à compter du 1er février et pouvant atteindre 25 % d’ici juin, à moins que Washington n’obtienne le contrôle du Groenland.
Cette décision a semé le trouble dans les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis, ravivant les appels à des mesures de rétorsion à Bruxelles et mettant en péril la fragile trêve commerciale conclue l’été dernier avec Washington.
La présidente de la Commission a averti que l’imposition de droits de douane supplémentaires entre partenaires de longue date serait une « erreur » et, se référant à l’accord commercial conclu l’année dernière entre l’UE et les États-Unis, a insisté sur le fait qu’« un accord est un accord ».
Les dirigeants de l’UE se réuniront jeudi 22 janvier à Bruxelles pour un Conseil européen extraordinaire consacré au Groenland et, plus largement, à l’état des relations entre l’Union européenne et les États-Unis.