Ursula von der Leyen ouvre la porte à une dette commune de l’UE pour financer l’Ukraine

L’UE pourrait finalement choisir de financer l’Ukraine par une dette commune plutôt que par l’utilisation des avoirs russes gelés, a laissé entendre Ursula von der Leyen. Une prise de position qui suggère un assouplissement de son soutien jusque-là indéfectible au « prêt de réparation », à l’approche du sommet des dirigeants européens de jeudi 18 décembre.

EURACTIV.com
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Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. [Parlement européen 2025]

« J’ai proposé deux options différentes pour le prochain Conseil européen, l’une basée sur les actifs et l’autre sur l’emprunt de l’UE », a affirmé Ursula von der Leyen au Parlement européen à Strasbourg mercredi 17 décembre. « Et nous devrons décider […] quelle voie nous voulons emprunter. »

« Mais une chose est très, très claire : nous devons prendre la décision de financer l’Ukraine pour les deux prochaines années dans ce conflit européen », a-t-elle continué.

L’Ukraine devrait être à court d’argent en avril et faire face à un déficit de financement total de 135 milliards d’euros en 2026 et 2027, selon la Commission européenne. L’UE cherche dans un premier temps à couvrir les deux tiers de ce déficit, soit 90 milliards d’euros.

Les commentaires de la présidente de l’exécutif interviennent quelques jours après que l’Italie, la Bulgarie, Malte et la République tchèque aient tous soutenu l’appel lancé par la Belgique pour que l’UE recherche des alternatives — notamment une dette commune — au prêt, qui vise à utiliser 185 milliards d’euros de fonds souverains du Kremlin détenus chez Euroclear, un dépositaire de titres basé à Bruxelles.

Le Premier ministre belge Bart De Wever a refusé à plusieurs reprises de soutenir ce projet, à moins que les risques juridiques et financiers ne soient partagés et que d’autres pays de l’UE n’exploitent les actifs du Kremlin détenus dans leurs propres juridictions.

Bart De Wever a également appelé à plusieurs reprises l’UE à émettre une dette commune garantie par le prochain budget à long terme du bloc afin de soutenir Kiev. Cette option nécessiterait toutefois l’accord des 27 pays de l’UE et est actuellement bloquée par la Hongrie, dont le Premier ministre pro-Moscou, Viktor Orbán, a refusé d’accorder tout soutien financier supplémentaire à l’Ukraine.

Le prêt de réparation, quant à lui, ne nécessite légalement qu’une « majorité qualifiée » des pays de l’UE, soit 15 des 27 États membres représentant au moins 65 % de sa population, pour être adopté.

Bien qu’elle dispose des voix nécessaires, l’UE n’envisage pas actuellement d’approuver le prêt sans le soutien de la Belgique, selon plusieurs diplomates et responsables.

Mardi soir, le président du Conseil européen, António Costa, a également déclaré que l’UE n’imposerait pas le prêt lors du sommet de jeudi si la Belgique s’y opposait.

« Nous n’allons pas voter contre la Belgique », a-t-il expliqué à la chaîne de télévision francophone belge RTBF.

Les remarques d’Ursula von der Leyen — qui avait initialement refusé d’envisager publiquement des alternatives au prêt après que Bart De Wever eut bloqué le projet lors de deux sommets européens en octobre — interviennent alors que Bruxelles s’efforce de répondre à la plupart des préoccupations de la Belgique avant le sommet de jeudi.

Une réunion des ambassadeurs européens à Bruxelles mardi 16 décembre n’a pas permis de réaliser de progrès significatifs, selon des diplomates.

(asg)