Une séance plénière du Parlement européen interrompue par des manifestants kurdes

Mercredi (15 février), un groupe kurde a interrompu une session plénière du Parlement européen à Strasbourg pour demander la libération d’Abdullah Öcalan, un homme politique kurde.

EURACTIV.com depuis Strasbourg
Brussels,,Belgium.,29th,January,2020.,Exterior,View,Of,The,European
Les députés européens participaient à un débat clé sur le Plan industriel du Pacte vert, qui constitue une réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA). Ils ont été contraints d’interrompre la session, qui a été suspendue jusqu’à nouvel ordre. [SHUTTERSTOCK/Alexandros Michailidis]

Mercredi (15 février), un groupe kurde a interrompu une session plénière du Parlement européen à Strasbourg pour demander la libération d’Abdullah Öcalan, un homme politique kurde.

Abdullah Öcalan, fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan, PKK), est détenu depuis plus de 20 ans en Turquie pour terrorisme.

Les manifestants ont crié « Liberté pour Öcalan » et ont lancé des objets dans l’hémicycle, très probablement des papiers avec des messages écrits, selon une source du Parlement qui a assisté à l’événement.

Les députés européens participaient à un débat clé sur le Plan industriel du Pacte vert (Green Deal Industrial Plan), qui constitue une réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA). Ils ont été contraints d’interrompre la session, qui a été suspendue jusqu’à nouvel ordre.

Photo au Parlement européen à Strasbourg. [Mirko Paradiso]

Le 8 février, une manifestation similaire demandant la libération de M. Öcalan avait eu lieu devant le Parlement européen.

La question kurde en Turquie et dans la région du Rojava, dans le nord de la Syrie, entretient depuis longtemps une profonde instabilité au cœur du Moyen-Orient.

Les Kurdes en Turquie représentent environ 18 % de la population totale et la cohabitation entre le gouvernement turc et les Kurdes a toujours été délicate.

Le PKK, fondé en 1974, est considéré comme une organisation terroriste par de nombreux États membres de l’UE en raison de leurs pratiques controversées de manifestations en faveur de la cause kurde, qui comprenaient des attentats, des guérillas et des enlèvements.

En octobre 2019, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a déclaré la guerre au Rojava, contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS), composée de différents groupes ethniques avec une présence importante de Kurdes.

Le Rojava est connu pour sa mise en œuvre innovante de la démocratie délibérative : le « confédéralisme démocratique », un système politique basé sur l’auto-organisation de différents conseils, qui discutent et prennent des décisions sur des questions communautaires, notamment basées sur l’inclusion de toutes les minorités et une écologie sociale.

Cette notion de confédéralisme démocratique a été inventée par M. Öcalan lui-même.

Le président turc applique une politique de tolérance zéro à l’égard des Kurdes et a déjà utilisé cette question comme une carte politique dans ses relations avec l’UE.

La Turquie fait actuellement obstacle à l’adhésion de la Suède à l’OTAN. Parmi les raisons de cette opposition, on retrouve l’approche suédoise de la question kurde, Stockholm s’étant montré plutôt favorable à l’éventuelle autodétermination des Kurdes, une ligne rouge majeure pour la Turquie.

Lorsque la Turquie a déclenché la guerre avec le Rojava en 2019, M. Erdoğan a utilisé la migration comme levier décisionnel, en déclarant que si l’UE tentait de mettre fin à la guerre, il ouvrirait les frontières et permettrait aux migrants retenus en Turquie d’accéder à l’Europe.

Julia Eastham a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]