Une proposition de loi transpartisane pour garantir l’indépendance des rédactions

Des députés ont déposé mercredi (19 juillet) une proposition de loi visant à garantir l’indépendance des rédactions, dans le contexte où la rédaction du Journal du Dimanche est en grève contre l’arrivée de Geoffroy Lejeune, journaliste d’extrême droite, en tant que rédacteur en chef.

Euractiv France
Paris,,France,-,Apr,11:,Man,Buy,Looks,At,Press
Les journalistes du JDD demandent d’une part que Geoffroy Lejeune ne soit pas nommé, et d’autre part d’obtenir des garanties d’indépendance éditoriale et juridique. [Shutterstock/Hadrian]

Des députés ont déposé mercredi (19 juillet) une proposition de loi visant à garantir l’indépendance des rédactions, dans le contexte où la rédaction du Journal du Dimanche (JDD) est en grève contre l’arrivée de Geoffroy Lejeune, journaliste d’extrême droite, en tant que rédacteur en chef.

Depuis maintenant 28 jours, la rédaction du Journal du Dimanche est en grève pour s’opposer à la nomination de Geoffroy Lejeune en tant que rédacteur en chef.

Le journaliste a été directeur de la rédaction du magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles, avant d’être évincé à cause de la ligne impulsée au journal, jugée trop proche d’Éric Zemmour lors de l’élection présidentielle.

Un mouvement de grève de cette ampleur est inédit au JDD, depuis 75 ans que le journal existe. Depuis fin juin, il est reconduit tous les jours à des taux extrêmement élevés, entre 96 % et 98 % de voix favorables. Les journalistes du JDD demandent d’une part que Geoffroy Lejeune ne soit pas nommé, et d’autre part d’obtenir des garanties d’indépendance éditoriale et juridique.

Cette nomination intervient après la prise de contrôle du groupe Lagardère, qui détient le JDD, par Vivendi, groupe du milliardaire très conservateur Vincent Bolloré.

Le rachat a été autorisé par la Commission européenne début juin, en contrepartie de la cession de la maison d’édition Editis et du magazine people Gala, afin d’éviter les atteintes à la concurrence. Désormais contrôlé par Vivendi, qui détient le groupe Canal+, dont la chaîne d’information en continu CNews, le groupe Lagardère possède le magazine Paris Match et la radio Europe 1, en plus du JDD.

La nomination de M. Lejeune est vue comme une ingérence directe de M. Bolloré dans la vie du groupe Lagardère, et a provoqué un débat sur l’indépendance des médias et des rédactions, dont le législateur a souhaité se saisir.

Une dizaine de députés appartenant à plusieurs groupes politiques, de la gauche et de la majorité présidentielle, ont en effet déposé une proposition de loi pour garantir cette indépendance des journalistes vis-à-vis des actionnaires d’un média.

Le texte propose de créer un droit d’agrément qui permette aux journalistes de voter sur la nomination d’un directeur de la rédaction. Pour rendre cela effectif, le versement d’aides publiques à la presse serait conditionné à la mise en place de ce droit. L’octroi de fréquences radio et de télévision pourraient aussi être soumises à la même condition, si le texte était adopté.

Les députés signataires ont notamment expliqué que leur préoccupation concernait la concentration des médias dans les mains de peu de milliardaires qui aboutit à une baisse du pluralisme dans la presse.

« Cette loi est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante », a reconnu Sophie Taillé-Polian, députée écologiste et signataire de la proposition, en conférence de presse mercredi matin.

D’après l’élue, les mesures de la proposition offrent « un droit de regard ou de véto » aux journalistes d’une rédaction, pour qu’ils puissent s’opposer à l’arrivée d’un nouveau directeur s’ils « considèrent que telle ou telle personnalité ne peut pas garantir leur respect de la déontologie et leur honnêteté intellectuelle et journalistique ».

La proposition ne sera sans doute pas débattue avant plusieurs mois. Avant cela, le président et le gouvernement français ont lancé des « Etats généraux du droit à l’information », qui se dérouleront à partir de septembre prochain. Emmanuel Macron souhaite que cette initiative permette de lutter « contre toutes les tentatives d’ingérence et donner aux journalistes le meilleur cadre pour remplir leur mission essentielle ».