Une « nouvelle guerre froide » menace l’Internet

ÉDITION SPÉCIALE / Une nouvelle guerre froide se prépare entre, d’une part, l’Europe et d’autres pays nordiques et, d’autre part, le reste du monde sur l’accès à l’Internet. Cette situation menace de bloquer les négociations sur la cybersécurité et la protection des données, a déclaré le secrétaire général de l’institution des Nations unies pour les télécommunications. Un reportage d’EURACTIV depuis le congrès GSMA à Barcelone.

/ EURACTIV.fr
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ÉDITION SPÉCIALE / Une nouvelle guerre froide se prépare entre, d’une part, l’Europe et d’autres pays nordiques et, d’autre part, le reste du monde sur l’accès à l’Internet. Cette situation menace de bloquer les négociations sur la cybersécurité et la protection des données, a déclaré le secrétaire général de l’institution des Nations unies pour les télécommunications. Un reportage d’EURACTIV depuis le congrès GSMA à Barcelone.

« En créant une nouvelle guerre froide, tout le monde y perd et personne n'y gagne. La meilleure manière de gagner une guerre est d'abord de l'éviter », a déclaré Hamadoun Touré, le secrétaire général de l'Union internationale des télécommunications (UIT).

Il faisait allusion à une impasse en décembre 2012 quand 193 pays débattaient des modifications du règlement des télécommunications internationales à Dubaï. M. Touré faisait partie des orateurs du Mobile World Congress cette semaine à Barcelone.

L'UIT a organisé une conférence de 12 jours en décembre dernier afin de réviser un traité sur les communications mis à jour pour la dernière fois en 1988, mais le Canada, les États-Unis et l'UE ont refusé les modifications, ce qui a créé une division par rapport au reste du monde.

Fournisseurs de services de « haut niveau »

Le nouveau traité était censé aider les nations à coordonner leurs efforts afin de lutter contre les courriers indésirables et d'élargir l'accès à Internet. Les discussions se sont toutefois concentrées sur la question controversée de savoir si les pays devaient disposer des mêmes droits au développement des bases techniques de l'Internet.

Les États-Unis craignaient que les références à l'Internet dans le traité puissent être utilisées pour légitimer la censure et, ce qui suscite davantage la controverse, autoriser des négociations commerciales entre les réseaux de télécommunication et les fournisseurs de services de « haut niveau » sur Internet, surtout les grands fournisseurs de contenus tels que Google et Microsoft.

Ce règlement pourrait ouvrir la voie à l'introduction d'une taxe sur les sociétés de recherche et de médias sociaux pour leur utilisation de la capacité haut débit.

Si cela se passe de cette façon, des conflits éclateront au sein des secteurs de la télécommunication et de l'Internet, ce qui exposerait des tensions sur le commerce mondial hautement politisé, à la place d'ouvrir la voie à des normes mondiales plus claires.

« J'ai malheureusement remarqué une nouvelle guerre froide à Dubaï. Nous devons collaborer pour garantir que cela ne se produise pas », a déclaré M. Touré lors d'un discours au Broader Way Forum organisé à Barcelone par Huawei, une entreprise d'équipements de télécommunications basée en Chine.

Discours passionné inhabituel

« J'ai également assisté à une nouvelle guerre malencontreuse entre le Nord et le Sud. Est-ce la crise financière dans les pays du Nord qui leur fait perdre la raison ? » s'est interrogé M. Touré.

Au cours d'un discours passionné inhabituel, le secrétaire général de l’UIT a regretté que l'impasse à Dubaï s'était concrétisée après un vote peu commun, qui mettait en évidence les désaccords entre les États-Unis et l'UE et la plupart des autres pays et qui allait également à l'encontre des conventions de l'organisme de l'ONU.

L'UIT convient généralement des sujets par consensus, sans les soumettre à un vote à main levée de ses États membres.

« Nous ne votons pas de problèmes réels et nous sommes fiers que cette tradition soit intégrée. Je ne veux pas que [l'UIT] la perde », a ajouté M. Touré.

Il a mis en évidence les dangers des hostilités qui surgissent sur des sujets liés à l'Internet alors que des thèmes sensibles qui touchent à la cybersécurité et à la protection des données sont actuellement débattus dans le monde.

« C'est la raison pour laquelle nous devons discuter de problèmes réels : la sécurité, la cybersécurité constituent un vrai problème qui concerne nos gouvernements, nos institutions, nos entreprises et nos enfants.  Nous devons en parler », a expliqué M. Touré.

Le secteur européen à la recherche de solution

« La discussion à Dubaï était très complexe et difficile, avec plusieurs niveaux de discussion », a expliqué Luigi Gambardella, le président de l'Association européenne des exploitants de réseaux de télécommunications (ETNO), à EURACTIV lors du Mobile World Congress.

« Nous voudrions travailler de telle manière que l'ensemble de l'écosystème [des télécommunications et de l'Internet] puisse prospérer et que tout le monde puisse tirer profit d'une situation dans laquelle les différents acteurs continuent à investir et émettre des propositions à leurs clients de manière très positive », a-t-il ajouté.