Une croissance faible fait vaciller la zone euro dans la lutte contre le déficit
Plusieurs pays de la zone euro ne rempliront probablement pas leurs objectifs de réduction de déficit en raison d’une économie faible. La Commission européenne devrait établir des prévisions aujourd’hui (22 février), mais elle pourrait leur accorder des marges de manœuvre supplémentaires au lieu de leur imposer des mesures disciplinaires.
Plusieurs pays de la zone euro ne rempliront probablement pas leurs objectifs de réduction de déficit en raison d’une économie faible. La Commission européenne devrait établir des prévisions aujourd’hui (22 février), mais elle pourrait leur accorder des marges de manœuvre supplémentaires au lieu de leur imposer des mesures disciplinaires.
L'exécutif européen publiera des prévisions économiques pour les 27 États membres de l'Union pour 2013 et 2014.
Ces prévisions feront la lumière sur la manière dont les États membres, en particulier les 17 de la zone euro, traitent de la réduction des emprunts en vue de regagner la confiance des marchés et de stimuler la croissance économique à la suite de la crise de la dette.
La Commission européenne décidera toutefois d'octroyer aux gouvernements plus de temps pour des ajustements ou d'entreprendre des mesures de sanction, seulement après avoir obtenu davantage de chiffres détaillés en mai.
La Banque centrale européenne a promis de faire son possible pour défendre sa monnaie unique, ce qui a renforcé la confiance dans l'euro. De mauvaises données publiées il y a peu compromettent toutefois les espoirs de voir l'Union bientôt sortir de la récession.
Dans une lettre adressée aux ministres européens des finances la semaine dernière, Olli Rehn, le commissaire en charge des affaires économiques et monétaires, a déclaré que la croissance dans la zone euro ne redeviendrait probablement positive peu à peu qu'à partir du second semestre de 2013 et que la création d'emploi sera inévitablement à la traîne.
La Grèce, l'Irlande et le Portugal sont liés par des accords de renflouement avec des prêteurs internationaux afin de respecter les calendriers prévus de réduction de déficit. S'ils ne le font pas, leurs prêts d'urgence risquent d'être gelés, comme ce fut le cas pour la Grèce l'année dernière.
D'autres pays de la zone euro, dont l'Espagne et la France, doivent atteindre leurs objectifs de réduction de déficit en vertu des règles de l'UE, le pacte de stabilité et de croissance, afin de limiter leur déficit à 3 % de leur produit intérieur brut.
S'ils ne remplissent pas les objectifs, en raison de mauvaises politiques et non de facteurs indépendants du contrôle du gouvernement, ils pourraient se voir imposer des sanctions financières.
Relance reportée
La France devait réduire son déficit budgétaire de 3 % en 2013 alors qu'il était de 4,5 % en 2012. Cet objectif se fonde toutefois sur une estimation de croissance de 0,2 % en 2012 et de 0,4 % en 2013 de la deuxième économie de la zone euro.
D'après les premières estimations, le PIB de la France a stagné en 2012 et, selon la chaîne de radio française RTL, la Commission déclarera vendredi que la croissance serait encore nulle en 2013, ce qui ferait passer le déficit à 3,6 %.
Paris ne devrait probablement pas payer d’amendes, puisque l'UE établit les objectifs de déficit en termes nominaux, alors que la modification du déficit annuel se mesure en termes structurels afin d'ignorer les effets du cycle d'activité, de dépenses ponctuelles et de recettes.
Sans quoi, la réduction du déficit en termes nominaux en temps de récession économique pourrait autrement aggraver la situation.
« Si la croissance se détériore de manière imprévue, un pays pourrait recevoir davantage de temps afin de corriger son déficit excessif, à condition qu'il ait entrepris les mesures budgétaires structurelles convenues », a écrit M. Rehn dans une lettre aux ministres européens des finances.
L'Espagne, la Grèce et le Portugal ont déjà bénéficié de ce programme l'année dernière et ont plus de temps pour réduire leur déficit.
D'après les prévisions de la Commission en novembre, la France aurait réduit son déficit structurel entre 2012 et 2013 de 2,5 points sur un total de 2 % du PIB, l'une des diminutions les plus considérables de la zone euro.
L'Espagne était en récession l'année dernière et continue de l'être cette année. Plus d'un quart de la main d'oeuvre y est sans emploi et les objectifs de réduction du déficit à hauteur de 6,3 % ne seront probablement par atteint non plus, même s'il s'en faudra de peu.
Le premier ministre Mariano Rajoy a déclaré le mois dernier que l'Espagne avait réduit son déficit structurel de 3,5 points en 2012, plus que les objectifs inscrits dans un accord signé en juillet qui accordait plus de temps à Madrid pour réduire son déficit.
Joaquin Almunia, le commissaire en charge de la concurrence, a expliqué à des journalistes la semaine dernière que l'Espagne avait réalisé des progrès suffisants dans la réduction de son déficit et qu'il était « très probable » que le pays ait plus de temps afin d'atteindre les objectifs.
Le Portugal pourrait également bénéficier d'une rallonge de temps alors que son économie s'est contractée de 3,2 % en 2012 contre les 3 % prévus par la Commission. Cette contraction sera probablement deux fois plus élevé en 2013 que les dernières prévisions.
« Il est raisonnable d'envisager que la Commission européenne proposera […] une rallonge d'un an au Portugal afin de corriger son déficit budgétaire excessif », a expliqué Vitor Gaspar, le ministre portugais des finances, au parlement mercredi.