Un site xénophobe déchaîne les passions sur la toile

Aux Pays-Bas, un site Internet lancé par le Parti pour la démocratie (PVV) dans le but de rassembler les plaintes des citoyens à l'encontre de ressortissants polonais, roumains et bulgares a entraîné une pléiade de commentaires sur la toile. Un reportage du réseau EURACTIV.

EURACTIV.com
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Aux Pays-Bas, un site Internet lancé par le Parti pour la démocratie (PVV) dans le but de rassembler les plaintes des citoyens à l'encontre de ressortissants polonais, roumains et bulgares a entraîné une pléiade de commentaires sur la toile. Un reportage du réseau EURACTIV.

L'état de la démocratie en Europe en ces temps de crise, la responsabilité des gouvernements en matière de lutte contre le populisme et le rôle des institutions européennes s'agissant de préserver les valeurs de l'UE sont des sujets qui ont été débattus par de nombreux citoyens européens, souvent sous le couvert de l'anonymat, sur différents sites Internet et médias sociaux ces derniers jours.

Le lancement du site du PVV (voir « Contexte ») reste un sujet brûlant, surtout dans les pays concernés. EURACTIV.com a également rassemblé quelques opinions de lecteurs.

De nombreux lecteurs pensent que le dirigeant du PVV, Geert Wilders, ne parvient plus à se faire suffisamment de publicité avec ses déclarations anti-musulmans et qu'il a donc décidé de viser de nouveaux groupes de la population.

« Honte aux Pays-Bas et à notre premier ministre, M. Rutte, qui est un lâche et n'ose pas s'exprimer contre ces incitations à la haine par peur que son gouvernement ne s'écroule », a écrit Frank de Boer dans un commentaire sur un article d'EURACTIV.  Le premier ministre, Mark Rutte, ne s'est en effet pas encore exprimé sur la question.

Les motivations du PVV

Un lecteur bulgare, sous le pseudonyme « Bozhidar2 », a commenté un article du Dnevnik, le partenaire d'EURACTIV en Bulgarie, affirmant que M. Wilders avait bâti sa carrière politique en attaquant les musulmans, jusqu'à ce qu'il « fasse l'erreur » de critiquer la reine Beatrix des Pays-Bas pour avoir porté un voile lors d'une récente visite à Oman.

« Lorsqu'il a fait l'erreur de s’en prendre à la reine, le soutien au PVV a littéralement chuté. Pour sauver son parti de la marginalisation, M. Wilders a soudainement pensé aux immigrés d'Europe de l'Est », écrit Bozhidar2.

Contexte aux Pays-Bas

Plusieurs commentaires de lecteurs en bulgare semblent provenir de personnes qui connaissent bien les Pays-Bas. « Ivan Petrov » explique sous le même article du Dnevnik qu'il faut tenter de comprendre les Néerlandais avant de les accuser de xénophobie.

Les Néerlandais, écrit-il, sont très dévoués à leur famille, ils travaillent et n'aiment pas prendre des risques inutiles. Par conséquent, ils sont très facilement perturbés par les nouveaux arrivants ambitieux sur leur marché du travail, explique-t-il. Mais s'il est compréhensible que les Néerlandais craignent de perdre leur emploi au bénéfice d'étrangers, le problème de la criminalité au sein des communautés d'Européens de l'Est doit être abordé ou ce sont les immigrés sérieux qui seront victimisés.

Mauvaise réponse à la bonne question

Des commentateurs d'Europe occidentale affirment également que le site du PVV ne doit pas éclipser des problèmes qui doivent être abordés.

« Don Latuske » se dit « perplexe » face à certaines réactions. « Si vous menez des recherches sensées […] il ne faut pas avoir recours à la politique de l'autruche. Il faut valider les résultats [du site Internet] et s'ils s'avèrent justes, présenter des solutions pour surmonter ces problèmes. Il est typique de la part de la gauche de dire : « Nous n'aimons pas la réponse, elle n'est pas conforme à notre vision du monde, donc c'est faux. »  C'est un peu comme l'Eglise catholique face à Galilée ou Copernic et il en va de même pour quiconque remet en question certaines orthodoxies. »

Comparaison entre les extrêmes

Plusieurs lecteurs, à la fois de Bulgarie et de Roumanie, ont comparé l'extrême droite néerlandaise à des forces politiques similaires dans leur pays. Commentant un article sur le site Internet roumain Honews.com, « Xenofobul » a écrit qu'apparemment, les médias d'information roumains souhaitaient à tout prix couvrir en profondeur l'actualité liée au site du PVV, mais qu'ils étaient moins motivés lorsqu'il s'agissait de parler de la discrimination à l'encontre des minorités en Roumanie.

« Qu'en est-il des visions irrédentistes de M. Tudor, qu'en est-il de Noua dreapta ? » a-t-il écrit, en référence au leader nationaliste Mare Corneliu Vadim Tudor et à une organisation ultra-nationaliste fondées en 2000.

Dans le même registre, « rosko1306 » a écrit que M. Wilders était le « Volen néerlandais », faisant allusion à Volen Siderov, le leader du parti bulgare ultra-nationaliste Ataka au parlement. M. Siderov s'est souvent prononcé contre les minorités roms et turques.

« Il s'agit du même problème, mais aux Pays-Bas, nous sommes dans la position des Roms, c'est pour ça que vous vous sentez insulté ! Et lorsque Volen vient et vous dit « la vérité », vous vous dites qu'il a raison. Quelle est la différence ? Il n'y en a pas ! »

Leçon d'Histoire ?

Plusieurs commentateurs se prêtent à des comparaisons historiques qui peuvent parfois sembler simplistes. Un lecteur du Dnevnik, sous le pseudonyme « dnk », affirme que pour les Néerlandais, la relation entre la démocratie et le racisme est très forte. « Souvenez-vous de l'ancienne Afrique du Sud, dirigée par des fascistes, pour la plupart originaires des Pays-Bas et de l'Allemagne, avec un système fondé sur l'apartheid mais avec des élections démocratiques. »

« SandraV » écrit quant à elle sous un article du site Internet DutchNews.nl que le premier ministre, M. Rutte, a oublié les affres du passé.

« Nous avons besoin d'un vrai dirigeant en faveur du changement pour ce pays, d'un leader qui force les partis politiques à assumer les conséquences de leurs actions haineuses une fois pour toutes. Beaucoup de citoyens à Breda se souviennent du courageux polonais qui a libéré la ville lors de la Seconde Guerre mondiale. Est-ce ainsi que nous remercions nos alliés et nos amis ? M. Wilders, n'avez-vous pas honte ? », a écrit SandraV.

Un lecteur polonais résidant aux Pays-Bas a également tenté de comparer la situation actuelle avec l'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne.

« Je vis ici depuis six ans. J'ai acheté une maison, je paye mes impôts. Je n'ai jamais été au chômage et je n'ai jamais profité du système social. Pourquoi me qualifiez-vous de voleur, de criminel ? Le suis-je ? Ce site Internet est un autre moyen de promouvoir la discrimination. Qui se souvient de l'Allemagne en 1933 ? »

Quel rôle pour l'UE ?

Les commentateurs se montrent pour la plupart sceptiques quant à une éventuelle intervention des institutions de l'UE dans cette affaire et ils doutent qu'elles rappellent le gouvernement néerlandais à l'ordre. « Bubiolino » a écrit dans le Dnevnik : « Toute l'UE est du côté des Pays-Bas, en secret. » Pour étayer cette affirmation, le commentateur fait référence à des publications négatives sur la Bulgarie dans la presse allemande qui véhiculent également une image effrayante des citoyens de son pays.

Mais « Bill », qui s'est exprimé sous un article de DutchNews.nl, se réjouit que la nouvelle en première page du quotidien néerlandais Volkskrant ait été que le site Internet du PVV avait entraîné une « rébellion internationale ».

« Bien, continuez. La communauté internationale va « aider » les Néerlandais à s'occuper de M. Wilders. »