Un projet d’harmonisation fiscale provoque la colère de l’Irlande

L’UE souhaite permettre aux entreprises de remplir une seule déclaration d’impôt européenne pour éviter des lourdeurs administratives inutiles. Dublin affirme qu’il s’agit d’une attaque en sous-main contre le faible taux d’imposition dont bénéficient les entreprises irlandaises.

EURACTIV.fr

L’UE souhaite permettre aux entreprises de remplir une seule déclaration d’impôt européenne pour éviter des lourdeurs administratives inutiles. Dublin affirme qu’il s’agit d’une attaque en sous-main contre le faible taux d’imposition dont bénéficient les entreprises irlandaises.

La Commission européenne a dévoilé, mercredi 16 mars, sa proposition sur l’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). Ce projet est sur la table depuis des années.

L’objectif de ce cette assiette commune est de faciliter le commerce transfrontalier pour les entreprises. Les bénéfices engendrés dans un État membre en particulier seraient taxés selon le taux d’imposition des sociétés du pays où l’argent a été gagné.

Opposition frontale

Il ne s’agit pas d’une harmonisation des taux d’imposition des sociétés, insiste la Commission. Ce système sera facultatif, il allégera le fardeau administratif et relancera le commerce transfrontalier, estime Bruxelles. 

Le nouveau premier ministre irlandais, Enda Kenny, s’est opposé à cette proposition, tout comme la Confédération des industries et des employeurs irlandais (Ibec).

Le texte arrive au moment où le faible taux d’imposition des sociétés installées en Irlande (12,5%) est au cœur des débats. Les pays de l’UE, la France et l’Allemagne en tête, demandent à Dublin d’augmenter son taux d’imposition sur les sociétés en échange d’une révision des conditions du prêt accordé au pays par l’UE et le FMI. 

Lors du Conseil européen du 11 mars, M. Kenny a provoqué la colère du président français. Il a affirmé qu’en France, l’impôt sur les sociétés, qui sélève à 34%, n’était dans la pratique que de 8% pour la plupart des entreprises car celles-ci bénéficient de généreux abattements fiscaux et d’exemptions.

« Les entreprises ne soutiendront pas ce projet s’il est obligatoire », a affirmé à EURACTIV.com l’économiste en chef de l’Ibec, Fergal O’Brien. Il s’est inspiré d’une récente étude réalisée par le cabinet Ernst & Young, selon laquelle l’ACCIS augmenterait le taux réel d’imposition pour la plupart des entreprises.

POSITIONS

« Il y a un réel danger que l’ACCIS rende l’UE moins attractive pour les investisseurs. L’évaluation de l’impact de la proposition, publiée par la Commission, n’a pas démontré que les coûts de mise en conformité seraient réduits pour les entreprises. Le mécanisme de répartition aura pour conséquence que de nombreuses entreprises se retrouveront à payer plus d’impôts au final », a déclaré le directeur général de l’Ibec, Danny McCoy.

L’Association des expert-comptables agréés a salué la proposition de la Commission. Le responsable de la fiscalité, Chas Roy-Chowdhury, a déclaré : « La création d’un ensemble unique de règles sur un taux d’imposition des sociétés commun permettrait aux entreprises d’utiliser la même méthodologie pour le calcul de leurs pertes et de leurs bénéfices à travers l’UE et de réduire les pratiques discrétionnaires et donc les coûts de mise en conformité, surtout pour les PME pour lesquelles ces coûts sont beaucoup plus élevés. »

«Cette proposition va plutôt dans le bon sens», réagit la responsable du département fiscal de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP), Valérie Stephan. «Un assiette commune pourrait simplifier beaucoup les choses pour certaines sociétés», poursuit-elle. 

Faut-il que cette ACCIS soit obligatoire? «Le débat à la CCIP n’est pas encore tranché», répond-elle. «Si cette assiette est mise en place, chaque État devra obligatoirement publier le taux réel de son impôt sur les sociétés, en comprenant les abattements fiscaux.» Une transparence plutôt positive pour que la France attire des entreprises sur son sol, alors que l’Hexagone a la réputation d’appliquer l’impôt sur les sociétés le plus important d’Europe.