« Un peu décevant » : la présentation du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité n'a pas convaincu

La présentation par Mario Draghi de son rapport sur la compétitivité, mercredi 4 septembre, n'a livré que peu de détails sur les solutions préconisées par l'Italien. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a signalé ne pas encore avoir eu accès au document complet.

Euractiv.com
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Mario Draghi [Shutterstock/Alexandros Michailidis]

La présentation par Mario Draghi de son rapport sur la compétitivité de l’Union européenne (UE) devant des ambassadeurs et des eurodéputés mercredi 4 septembre n’a livré que peu de détails sur les solutions préconisées par l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE). La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, affirme ne pas avoir eu accès au document complet.

Le rapport élaboré par Mario Draghi sur la compétitivité a été commandé par la Commission européenne. L’exécutif de l’UE avait également sollicité un rapport sur l’avenir du marché unique de l’Union, rédigé cette fois par Enrico Letta et dévoilé en avril.

Selon certains diplomates européens, la présentation du rapport sur la compétitivité aux représentants des États membres mercredi matin ne contenait pas de recommandations politiques détaillées. Pour une source présente à la réunion, ce manque de détails pourrait signifier que ce rapport très attendu pourrait en fin de compte s’avérer assez décevant.

« [Mario Draghi] a passé beaucoup de temps à évoquer les problèmes de compétitivité de l’Europe, et a expliqué que l’UE et ses États membres devaient se réformer pour relever les défis de l’avenir », a expliqué un diplomate. « Mais il n’a pas abordé les solutions qu’il [est censé] présenter dans son rapport. Rien sur les emprunts communs, rien sur la défense, etc. C’était plutôt décevant. »

Un fonctionnaire de l’UE ayant assisté, dans l’après-midi, à la deuxième présentation du technocrate italien aux chefs des groupes parlementaires européens, a noté qu’aucune recommandation concrète n’avait été formulée.

« Certains [chefs de groupes du Parlement européen] ont posé des questions, mais il n’y a pas vraiment répondu directement », explique le fonctionnaire, ajoutant qu’il sera nécessaire d’attendre la publication prévue la semaine prochaine pour avoir des propositions plus détaillées.

Ursula von der Leyen a pour sa part laissé entendre qu’elle n’avait pas encore vu le rapport.

« Nous avons déjà le rapport [d’Enrico] Letta », a indiqué la présidente de l’exécutif européen à Euractiv. « Il me reste à voir le second [celui de Mario Draghi]. »

En attendant, les diplomates ont déclaré que l’ancien président de la BCE n’avait donné qu’un aperçu de la « structure générale » du rapport.

Ce dernier serait divisé en cinq sections : (i) l’augmentation de la productivité, (ii) la réduction des dépendances, (iii) le changement climatique, (iv) l’inclusion sociale, et (v) des propositions « sectorielles » pour dix « secteurs majeurs » de l’économie de l’UE.

Une source a affirmé que Mario Draghi a conclu son exposé en insistant sur la nécessité pour l’Europe d’être unie.

« Mario Draghi a insisté sur la nécessité d’une coopération sans précédent entre les États membres de l’UE et il préconise une réforme complète des institutions afin de mettre en œuvre les recommandations du rapport de manière efficace », a expliqué la source.

Un autre diplomate qui a assisté au briefing de mercredi matin estime que l’Italien avait parlé en termes « très généraux » des défis auxquels l’économie européenne est confrontée, à savoir les prix élevés de l’énergie, le manque d’innovation et une numérisation insuffisante.

Mario Draghi a également souligné l’importance de la lutte contre le changement climatique, de la réduction de la « paperasserie », de la nécessité de remédier au déficit croissant de compétences en Europe et de l’intégration du marché unique de l’UE, a-t-il ajouté.

Toutefois, contrairement à d’autres discours, il n’a pas abordé certains sujets plus controversés tels que le renouvellement du programme NextGenerationEU (806,9 milliards d’euros) — le programme de relance économique post-pandémie financé par un emprunt commun — ou l’introduction de droits de douane pour protéger l’industrie européenne de la concurrence chinoise.

À la question de savoir si certaines des propositions de l’ancien président de la BCE avaient été mal accueillies par les États membres, le diplomate a répondu que la réunion d’information avait été trop générale pour que l’on puisse parler de controverse.

Réaction des dirigeants politiques

La présentation de Mario Draghi a suscité des réactions diverses de la part des dirigeants politiques. Manfred Weber, chef du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, a déclaré aux journalistes que la conférence avait été « assez vague », ajoutant que l’Italien « est toujours d’humeur à écouter » d’autres opinions.

Bas Eickhout, co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE), a confirmé l’analyse de Manfred Weber, mais estime que le rapport de celui qu’on a surnommé « Super Mario » contiendrait probablement de nombreuses « recommandations concrètes ».

« Il présentera des propositions politiques plus spécifiques », veut croire Bas Eickhout. « Nous sommes tous d’accord pour dire que nous avons déjà eu beaucoup de rapports contenant des messages généraux et très vagues. Et il a clairement indiqué qu’il souhaitait […] des recommandations concrètes ».

Manon Aubry, co-présidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen estime de son côté que l’angle de la compétitivité qui sert semble-t-il à structurer le rapport n’était pas le plus pertinent. « Le prisme de la compétitivité dissimule la réalité sociale de millions de personnes qui se demandent aujourd’hui comment elles vont finir leurs week-ends et payer leurs factures », a-t-elle expliqué.

D’autres responsables politiques se sont montrés plus réservés. Dans une déclaration, Valérie Hayer, cheffe du groupe libéral Renew, a dit qu’elle avait simplement « salué » l’échange avec Mario Draghi et qu’elle « attendait avec impatience » la publication du rapport.

Assita Kanko, vice-présidente du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), a déclaré aux journalistes que l’échange avait été « très intéressant », mais a refusé de s’étendre sur les détails de la réunion.

Júlia Tar, Sarantis Michalopoulos et Alexandra Brzozowski ont contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Laurent Geslin & Anne-Sophie Gayet]