Un « passeport produit » ouvrirait la voie à l’éco-innovation
Plus de 90 % des métaux, des plastiques, du verre et d’autres matériaux composites des trains de banlieue ou interurbains en circulation en Allemagne et en Suède pourraient être fondus ou recyclés.
Plus de 90 % des métaux, des plastiques, du verre et d’autres matériaux composites des trains de banlieue ou interurbains en circulation en Allemagne et en Suède pourraient être fondus ou recyclés.
Il en va de même, en théorie, pour d'innombrables produits présents sur la route, sur les voies ferrées, dans les usines et au sein des ménages dans l'Union européenne.
Un groupe consultatif de l'UE considère tous ces objets comme une ressource matérielle pour l'avenir. Il recommande que les produits fabriqués et vendus en Europe soient pourvus d'un « passeport produit », une indication sur les matériaux utilisés et leur réutilisation éventuelle en fin de vie.
La plateforme européenne pour une utilisation efficace des ressources est un groupe de haut niveau constitué de représentants d'entreprises, de gouvernements, de consommateurs et d'organisations environnementales. Elle a indiqué que les passeports produits amélioreraient l'utilisation efficace des ressources, stimulerait l'innovation et créerait des emplois en Europe.
« Ce passeport, s'il est adopté, constituera un fondement important dans les infrastructures institutionnelles d'une société durable », a déclaré John Bruton, ancien premier ministre irlandais et ambassadeur de l'UE auprès des États-Unis. Il préside également la plateforme qui fournit des conseils aux fonctionnaires européens.
« Il exploite l'intérêt des entreprises pour faire changer les choses », a-t-il expliqué à EURACTIV. « Les entreprises voudront utiliser le passeport comme un outil compétitif, qui pourra finalement devenir une norme commerciale. »
Réduction de la demande en matières premières
La plateforme a recommandé en juin une série de mesures afin de réduire les besoins en matières premières jusqu'à 24 %. Elles permettraient de créer des emplois et de placer l'Europe en tête de l'innovation en matière de ressources. Outre les passeports produits, le groupe a également réclamé la fin des subventions aux énergies fossiles et du prix de l'eau inférieur à celui du marché dans les domaines agricole, énergétique et industriel.
Il a également proposé des programmes gouvernementaux afin d'aider les petites et moyennes entreprises à se procurer des matériaux durables et exhorté toutes les entreprises à adopter des normes durables en matière d'approvisionnement.
La plateforme a été créée dans le cadre de la feuille de route de la Commission pour une Europe efficace dans l'utilisation des ressources. L'exécutif européen envisage de publier ses recommandations finales d'ici le mois de novembre.
Le commissaire en charge de l'environnement, Janez Poto?nik, a plaidé en faveur d'une amélioration de l'efficacité énergétique dans la production et la mise en décharge des biens. Il a indiqué dans un communiqué que la recommandation du groupe est « la voie à suivre » dans la politique de l'UE.
Certaines entreprises utilisent déjà volontairement des passeports produits ou des profils environnementaux de produits (EPD). Ces documents décrivent les matériaux utilisés lors de la production, le potentiel de recyclage et toute autre substance toxique contenue dans un produit qui devrait être mise de côté et jetée en toute sécurité avant le recyclage.
Bombardier, le constructeur canadien d'avions et de trains, fournit déjà ce type d'informations détaillées. Il fabrique les trains régionaux Talent 2 de la Deutsche Bahn et les modèles interurbains Regina en Suède.
Ces profils environnementaux mentionnent également une estimation de la durée de l'énergie et des ressources utilisées par les produits.
Les défenseurs de ces profils indiquent que ces derniers n'entravent pas la compétitivité d'une entreprise étant donné que seuls les matériaux sont mentionnés et non les secrets de fabrication. Ils estiment également que la réduction de la dépendance vis-à-vis de matières premières importées (métaux, minerais, etc.) permettrait de créer des emplois et de stimuler le commerce.
Dans certains cas, des lois et politiques européennes sont déjà en place, mais leur application laisse à désirer. Dans d'autres, des primes plus attrayantes seraient nécessaires.
L'industrie du plastique en Europe a récemment demandé l'interdiction à l'échelle européenne de la mise en décharge des plastiques afin de stimuler le marché du recyclage. Certains des plus grands fabricants européens de l'agroalimentaire ont également instauré des normes sur l'achat de composants et la divulgation d'informations.
Un marché plus concurrentiel
Selon M. Bruton, les passeports produits n’entravent pas la compétitivité et octroient un avantage commercial aux fabricants de l'UE par rapport à leurs concurrents.
« Je ne veux pas surestimer les mérites de [cette recommandation], sinon personne ne les croirait plus », a-t-il déclaré.
« Mais la réalité c'est que l'Europe, en tant que producteur, doit disposer d'arguments de vente clés », a-t-il expliqué lors d'un entretien téléphonique avec EURACTIV.
« Le travail et l’énergie à bas coût ne deviendront pas les arguments de vente uniques de l'Europe. Elle doit donc en chercher d’autres et fabriquer des produits qui permettent aux acheteurs de biens européens de les recycler plus aisément et d'en retirer une valeur ajoutée. Cela pourrait contribuer à la création d'un argument clé de vente pour les fabricants européens », a-t-il ajouté.
« De mon point de vue, nous essayons d'exploiter les intérêts personnels afin de faire une bonne action pour l'humanité. Il s'agit probablement de l'une des approches les plus réalisables. »