Un ministre suédois exhorte l'Europe à réagir pour éviter un renflouement de l'Espagne

L'Europe doit agir de toute urgence pour tenter de régler les problèmes bancaires de l'Espagne qui menacent la relance économique mondiale, a expliqué le ministre suédois des finances, Anders Borg, hier (24 avril).

EURACTIV.com / Reuters
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L'Europe doit agir de toute urgence pour tenter de régler les problèmes bancaires de l'Espagne qui menacent la relance économique mondiale, a expliqué le ministre suédois des finances, Anders Borg, hier (24 avril).

Madrid pourrait devoir bénéficier d'un programme de renflouement dans le cas où la recapitalisation de ses banques échouerait, et ce même si sa situation budgétaire demeure gérable, a expliqué M. Borg au Peterson Institute for International Economics de Washington.

Un éminent économiste allemand a déclaré lors d'un autre évènement organisé aux Etats-Unis que la Grèce devrait quitter la zone euro pour rebâtir son économie et protéger les autres pays de l'UE en difficulté.

Les banques solvables doivent augmenter leurs fonds propres et la Banque centrale européenne doit faire preuve de flexibilité en injectant des liquidités, a affirmé M. Borg au Peterson Institute.

« Elles [les autorités espagnoles] doivent agir, car l'incertitude qui plane sur les marchés et l'économie mondiale a atteint une ampleur telle que le système bancaire menace la relance », a déclaré M. Borg.

Au sein de la zone euro, la crise budgétaire recule. Aujourd'hui, ce sont les banques qui représentent la plus grande menace, surtout en Espagne où les prêts irrécouvrables ont atteint 8,2 % et où, selon les experts, 38 milliards d'euros seraient nécessaires pour régler les problèmes actuels, a expliqué M. Borg.

Les titres européens sont descendus en flèche hier et les banques de la zone euro ont perdu 4 % pour chuter à un niveau record qui n'avait plus été enregistré depuis le mois de novembre dernier. Les investisseurs s'inquiètent de la chute du gouvernement néerlandais suite à des désaccords sur la question budgétaire et ils ne sont pas rassurés quant à l'avenir du système bancaire espagnol.

M. Borg a affirmé que les décideurs politiques avaient la possibilité de régler les problèmes des banques. Selon lui, la méthode, qu'il s'agisse de l'injection directe de capitaux dans les banques espagnoles ou via le gouvernement, importe moins que la rapidité d'exécution des mesures.

« Nous disposons à présent d'un pare-feu européen et du FMI, donc les ressources existent. Je pense qu'il est toutefois urgent de régler les problèmes du système bancaire ou la relance risque d'en pâtir », a-t-il affirmé.

Le week-end dernier, le Fonds monétaire international s'est vu promettre 430 milliards de dollars (326 milliards d’euros) pour renforcer son fonds de secours et l'Union européenne a mis sur pied un fonds de sauvetage de 700 millions d'euros, permettant ainsi aux décideurs d'empêcher l'aggravation de la crise de la dette souveraine le cas échéant.

Le FMI a proposé que l'UE recapitalise directement ses banques et mette un terme aux activités de celles en difficulté, tout en supervisant les banques de manière centralisée.

Même si M. Borg a affirmé qu'il serait « très heureux » qu'une supervision bancaire centralisée soit mise en place, il doute que cela soit faisable sur le plan politique dans les six mois à venir. Les Britanniques y sont en effet opposés, les élections présidentielles battent leur plein en France et le gouvernement néerlandais a démissionné. « Si ce n'est pas possible à court terme, je pense que nous devrons trouver une autre manière plus flexible d'y parvenir », a-t-il expliqué.

Sortie de la Grèce de la zone euro ?

Dans le même temps, Hans-Werner Sinn a déclaré que la capacité de la Grèce à revenir à la compétitivité serait mise en péril si elle continuait à utiliser la monnaie européenne. D'autres pays surendettés de la zone euro pourraient être confrontés à un destin similaire, d'après lui.

« Je pense qu'il est impossible que la Grèce devienne compétitive en restant dans la zone euro », a affirmé lors d'un discours à New York M. Sinn, qui dirige l'institut économique allemand Ifo.

« Si la Grèce reste au sein de la zone euro, le taux de chômage va continuer de grimper. Si le pays sort de l'union monétaire, il remontera la pente rapidement [dans la mesure où la baisse des prix stimulera la compétitivité] », a-t-il martelé.

Il a en outre mentionné les risques auxquels étaient confrontés les autres pays surendettés de la zone euro qui s'adonnent à des réductions budgétaires et à des hausses d'impôts.

« Il sera impossible de réduire suffisamment les salaires et les prix dans certains pays du sud de l'Europe, même si certains dirigeants politiques affirment le contraire », a déclaré M. Sinn. « La politique ne pourra pas passer outre les lois de l'économie. »

La Grèce a reçu plus de 100 milliards d'euros d'aides depuis le début de la crise et le mois dernier, les créanciers ont accepté d'échanger leurs obligations grecques contre des titres d'une moindre valeur.

Selon M. Sinn, il aurait été plus judicieux d'utiliser cet argent pour aider la Grèce à sortir de la zone euro.