Un ministre roumain révoqué après des dérapages sur son blog
Le ministre roumain des affaires étrangères, Teodor Baconschi, a été révoqué hier (23 janvier), une semaine après avoir qualifié les personnes manifestant contre les mesures d'austérité et le gouvernement de « miteux violents et ineptes ». M. Baconschi aurait appris son renvoi lors d'une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles.
Le ministre roumain des affaires étrangères, Teodor Baconschi, a été révoqué hier (23 janvier), une semaine après avoir qualifié les personnes manifestant contre les mesures d'austérité et le gouvernement de « miteux violents et ineptes ». M. Baconschi aurait appris son renvoi lors d'une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles.
Quelques minutes avant le début d'une session parlementaire extraordinaire consacrée aux manifestations anti-austérité qui ont secoué le pays, le premier ministre, Emil Boc, a téléphoné à M. Baconschi pour l'informer de sa révocation.
Les manifestants qui protestent contre les mesures d'austérité et le gouvernement se sont réunis pour la 11e journée consécutive dans le centre le Bucarest sur la place de l'Université. Un témoin a toutefois affirmé que la foule avait été réduite de moitié et qu'elle était moins enthousiaste en raison du mauvais temps.
M. Baconschi, qui occupait le poste de ministre des affaires étrangères depuis décembre 2009, a pris cet appel lors d'une réunion du Conseil européen sur l'embargo pétrolier en Iran.
« Personne ne s'y attendait aujourd'hui, cela fait déjà une semaine qu'il a posté des commentaires sur son blog concernant les manifestations », a déclaré à EURACTIV une source proche des discussions. « Il est arrivé à la réunion du Conseil européen en qualité de ministre des affaires étrangères et en est ressorti sans son titre. »
Des commentaires controversés
M. Boc a expliqué à M. Baconschi qu'il avait parfaitement rempli ses fonctions, mais qu'il serait révoqué en raison de « certains commentaires publiés sur son blog ».
Une source diplomatique a déclaré à EURACTIV que M. Baconschi paraissait « décontracté » quelques heures après avoir reçu le coup de téléphone lui annonçant sa révocation. M. Baconschi restera le premier vice-président du Parti libéral-démocrate (PLD).
M. Baconschi s'est exprimé sur son blog lorsque les manifestations contre l'austérité ont commencé dans le pays. Il a qualifié les manifestants de « banlieusards ineptes et violents ».
Il a écrit que l'opposition manipulait les manifestants, « ces personnes abruties par la télévision, pétrifiées face à des scénarios apocalyptiques qui sont toujours démentis dans la réalité » et qu'elle avait, plus récemment, commencé à lâcher des « brutes » dans les rues.
Ce diplomate a qualifié les manifestations de « lutte entre les forces du passé et le projet d'une nouvelle Roumanie » et il a déclaré que ces « banlieusards ineptes » ne représentaient pas l'avenir, contrairement à la Roumanie qui travaille.
M. Baconschi avait déjà déclaré, juste après avoir posté ce commentaire sur son blog personnel, qu'il ne faisait référence qu'aux manifestants violents, pour la plupart des fans de football, et non pas aux manifestants pacifiques. « Tout le monde a semblé accepter cette explication, une semaine est passée et nous avions presque oublié », a expliqué la source proche des discussions.
M. Baconschi avait joué le rôle de négociateur entre le gouvernement et les manifestants, mais la foule a rejeté ses appels à la réconciliation et a critiqué les commentaires postés sur son blog.
Une décision politique
Cristian Diaconescu devrait sans doute succéder à M. Baconschi. Il s'agit de l'un des trois présidents de l'Union nationale pour le progrès en Roumanie (UNPR) qui a occupé le poste de ministre des affaires étrangères pendant neuf mois en 2008 et 2009.
« L'UNPR brigue ce poste depuis longtemps et ils auraient pu menacer de se retirer de la coalition au pouvoir juste avant la réunion extraordinaire d'aujourd'hui », a expliqué une source à EURACTIV. Cela pourrait expliquer la rapidité avec laquelle la décision de révoquer M. Baconschi par téléphone a été prise.
L'UNPR a été créée sous la forme d'un parti indépendant et a servi de plateforme de recrutement pour les anciens membres de l'opposition, qu'il s'agisse des socio-démocrates ou des libéraux, pour construire une coalition avec le parti au pouvoir.
L'ancien ministre des affaires étrangères, Teodor Mele?canu, aujourd'hui l'un des vice-présidents du Parti national libéral, a déclaré que la révocation de M. Baconschi n'était qu'une question d'image qui n'aura pas d'impact et qui ne fera que porter atteinte à la crédibilité de la Roumanie sur la scène internationale.
Adrian Cioroianu, qui a occupé le même poste en 2007 et 2008, a expliqué que M. Baconschi était déjà le talon d'Achille de son parti depuis un certain temps. « Tout a commencé lorsqu'il s'est mis à jouer un rôle politique, puis les déclarations qu'il a faites n'ont fait qu'alimenter la controverse », a affirmé M. Cioroianu. « Mais ce doit être très déplaisant de recevoir ce genre de nouvelle lors d'une mission. »
L'opposition réclame des élections anticipées
Les libéraux, qui constituent l'un des principaux partis de l'opposition, ont saisi l'occasion des manifestations et du départ de M. Baconschi pour présenter leur démission au parlement, réclamant des élections présidentielles anticipées.
Le premier à démissionner a été le député libéral Ludovic Orban, suivi de deux membres de son parti, Adriana S?ftoiu et Ciprian Dobre. Le Parti libéral a déclaré qu'il espérait que les membres de l'autre parti de l'opposition, le Parti social-démocrate, présenteraient bientôt leur démission et tenteraient de renverser le gouvernement.