Un Kazakhstan « nouveau et juste » ? Le jeu d'équilibriste de Tokayev redessine la dynamique de l'Asie centrale
Sous la présidence de Kassym-Jomart Tokayev, le Kazakhstan entreprend des réformes de grande envergure, reconnues dans le monde entier, dans le cadre de sa vision de la construction de ce qu’il appelle un Kazakhstan « nouveau et juste ». Xhoi Zahmi examine de plus près le nouvel horizon politique et économique du Kazakhstan.
Les premières années au pouvoir de M. Tokayev ont été marquées par le scepticisme et les critiques quant à l’influence persistante de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev. Il a abordé les réformes avec prudence, reconnaissant la nécessité de moderniser le pays sans déclencher d’instabilité, et insistant sur une transformation progressive, menée par le gouvernement, plutôt que sur un bouleversement induit par la société.
Des initiatives majeures ont été prises pour renforcer le système de gouvernance, améliorer le bien-être des citoyens et développer une économie forte et compétitive, efforts qui ont été considérés comme largement couronnés de succès et qui ont positionné le Kazakhstan comme un leader respecté dans la région d’Asie centrale.
Virage parlementaire
Largement considéré comme l’une des réformes les plus importantes, le Kazakhstan est passé d’un style de gouvernement superprésidentiel à un style présidentiel-parlementaire en 2022, un changement souligné dans le discours sur l’état de la nation de Tokayev.
Cette décision a ouvert la voie à des réformes des lois électorales, introduisant un système mixte pour la chambre basse du Parlement (Mazhilis) et les organes représentatifs locaux (maslikhats). Ces deux systèmes ont été mis à l’épreuve en 2023, lorsque le nouveau système mixte a été utilisé pour les élections.
Pour impliquer davantage les citoyens, Tokayev a proposé d’élire les chefs des unités administratives de niveau intermédiaire. En 2023, le Kazakhstan a organisé ses premières élections pilotes pour les gouverneurs de district et de ville régionale (akims), avec un taux de participation de 62,8 %.
Amendements constitutionnels
La même année, la Cour constitutionnelle a été rétablie à la suite d’amendements constitutionnels approuvés en 2022. La Cour avait été supprimée en 1995 et, avant son rétablissement, un Conseil constitutionnel avait siégé à sa place.
De janvier 2023 à avril 2024, elle a reçu plus de 6 700 appels, la majorité provenant de citoyens concernant des questions telles que le logement, le travail, la protection sociale, la faillite et l’accès à l’information.
Énergie nucléaire
Avant le référendum de 2024 sur la construction d’une centrale nucléaire, il n’y avait eu que quatre autres référendums au Kazakhstan depuis la déclaration d’indépendance du pays en 1991.
La décision a mis en évidence le concept d’« État à l’écoute » de M. Tokayev, en particulier sur un sujet jugé sensible en raison du passé douloureux du pays en matière d’utilisation de matières nucléaires. Malgré ces inquiétudes, près des trois quarts des électeurs ont dit « oui » au référendum.
Réforme de la société
L’année dernière, M. Tokayev a approuvé d’importantes modifications à de nouvelles lois prévoyant des peines sévères pour les auteurs d’abus et garantissant une meilleure protection des droits des femmes et de la sécurité des enfants.
Selon les lois modifiées, tous les actes de violence à l’égard des femmes et des enfants constituent des crimes. Le harcèlement sexuel, l’enlèvement et l’emprisonnement illégal de mineurs sont désormais également punissables.
Politique étrangère équilibrée
La politique étrangère du Kazakhstan reste équilibrée, Tokayev poursuivant la stratégie multi-vectorielle du pays, en maintenant des liens avec la Russie, la Chine, les États-Unis et l’Union européenne.
Bien que dans une position délicate, le Kazakhstan a réussi à éviter la domination de l’une ou l’autre puissance, en maintenant son autonomie tout en cultivant des relations avec un éventail diversifié de partenaires mondiaux.
Croissance économique
Le mandat de Tokayev est crédité d’une croissance globale de l’économie, malgré des contractions en 2020 dues au COVID-19. Le PIB est passé de 181,7 milliards de dollars en 2019 à 288,1 milliards de dollars en 2024, le PIB par habitant atteignant 14 300 dollars.
Bien que la diversification économique reste une préoccupation, la productivité du travail dans la production de biens a augmenté de manière significative, et il y a eu une certaine amélioration dans les services.
La croissance économique a été largement alimentée par les dépenses publiques, avec une augmentation des recettes et des dépenses de l’État, et Tokayev s’est fixé l’objectif ambitieux de doubler le PIB d’ici 2029, ce qui nécessite un taux de croissance annuel plus élevé.
Poursuite des réformes
Cette année, le pays devrait connaître plusieurs changements en matière de politique économique et sociale, avec une augmentation des pensions de retraite et des prestations d’invalidité. Le salaire minimum reste inchangé.
Pour soutenir l’esprit d’entreprise, le gouvernement lance des programmes non financiers qui renforcent le potentiel des entreprises, encouragent l’esprit d’entreprise chez les femmes et fournissent des services de conseil.
L’économie du pays devrait croître de 4,6 % en 2025. Les accords stratégiques avec les États-Unis et l’Union européenne sur l’hydrogène et les minéraux critiques pourraient stimuler les investissements, surtout si de nouvelles politiques fiscales sont mises en œuvre.
Cette année s’annonce cruciale pour l’administration Tokayev, qui devra atteindre ses objectifs d’investissement et décarboniser son économie, ce qui nécessite un engagement total en faveur du programme économique.