Un fonctionnaire français veut construire un mur à la frontière gréco-turque

Le haut fonctionnaire français en charge de l'immigration a déclaré que l'UE devrait construire un mur le long de la frontière gréco-turque de 130 kilomètres. Il s'agirait d'un mur similaire à celui qui sépare les Etats-Unis et le Mexique.

EURACTIV.com
Wall at US-Mexico border.JPG
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Le haut fonctionnaire français en charge de l'immigration a déclaré que l'UE devrait construire un mur le long de la frontière gréco-turque de 130 kilomètres. Il s'agirait d'un mur similaire à celui qui sépare les Etats-Unis et le Mexique.

Arno Klarsfeld, récemment nommé par le président français, Nicolas Sarkozy, à la tête de l'Office de l'immigration et de l'intégration, a déclaré lors d'un entretien télévisé que la proposition de construire un mur entre les deux pays n'était qu'une question de « bon sens ».

Le fonctionnaire a également évoqué d'autres idées récemment émises par Nicolas Sarkozy, qui n'a eu de cesse de qualifier la frontière gréco-turque de « passoire ». Selon les experts, M. Sarkozy a décidé d'user de discours anti-immigration dans le cadre de sa campagne qui l'oppose au candidat socialiste, François Hollande. Le premier tour des élections, le 22 avril prochain, devrait propulser les deux hommes dans le face à face du second tour, le 6 mai.

M. Klarsfeld a ajouté que s'il existait « une porte entrebâillée » à la frontière entre la Grèce et la Turquie et qu'elle devrait être fermée. Selon lui, il revient aux citoyens de l'UE qui vivent en paix de décider eux-mêmes qui peut venir sur leur territoire.

Interrogé sur la nature et l'aspect de ce mur, il a déclaré : « Un mur c'est fait avec des fils, des barbelés, un mur […] comme à Rome, il y avait un mur [grâce auquel] la paix a duré quatre siècles. »  (déjà traduit)

M. Klarsfeld faisait apparemment référence aux murs auréliens, construits par les empereurs Aurélien et Probus entre 271 et 275 après J.-C., dans la capitale de l'Empire romain, afin de lutter contre les invasions barbares de 270.

La frontière gréco-turque qui s'étend sur 130 kilomètres est sécurisée, à l'exception d'une zone d'une vingtaine de kilomètres près des villes d'Orestiada en Grèce et d'Edirne en Turquie, à l'endroit où la rivière Evros (Meriç en turc, Maritsa en bulgare), traverse la frontière.

Les autorités grecques ont récemment exprimé leur souhait de construire un mur à cet endroit, grâce à des fonds européens. La Commission a toutefois rejeté cette idée, considérant que les murs et autres barrières n'étaient que des « mesures temporaires » pour lesquelles l'argent du contribuable européen ne devrait pas être dépensé.

Il y a peu de chance que la Grèce accablée par la crise financière ait les moyens de construire cette barrière.

La Commission a récemment fait savoir que le nombre de migrants traversant la frontière gréco-turque était passé de 2000 à 500 en une semaine.

La zone problématique de cette frontière n'attirerait probablement pas autant d'attention si la Grèce assumait réellement ses responsabilités face aux demandeurs d'asile. Les tribunaux estiment cependant que le pays ne respecte pas les normes minimales quant au traitement des demandeurs d'asile et que, par conséquent, les immigrés clandestins qui parviennent à atteindre d'autres pays de l'Ouest ne peuvent être renvoyés vers leur pays d'entrée dans l'UE, comme le prévoit la loi.

Devant le Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit, le coprésident du groupe des Verts/ALE, a suggéré que l'UE devrait plutôt tenter d'améliorer ses relations avec la Turquie, afin d'obtenir d'Ankara qu'elle soit plus vigilante à ses frontières.

En 1993, un mur de 8,4 kilomètres de long et de 3 mètres de hauteur, avec des fils barbelés, a été érigé à Ceuta, l'enclave espagnole sur la côté marocaine. Ce mur a été construit par les autorités espagnoles, sans l'aide financière de l'UE.