Un eurodéputé demande la création d'une agence pour lutter contre les campagnes de désinformation venues de l'étranger

L'eurodéputé Tomas Tobé (PPE) propose la création d'une agence européenne pour lutter contre la désinformation étrangère. L’objectif : renforcer la résilience de l’UE face à l'ingérence étrangère, notamment en période électorale.

EURACTIV.com
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Tomas Tobé, rapporteur de la commission spéciale sur le bouclier européen pour la démocratie. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

L’eurodéputé suédois Tomas Tobé, membre du Parti populaire européen (PPE), propose la création d’une agence indépendante à l’échelle européenne pour lutter contre la désinformation étrangère. L’objectif : renforcer la résilience de l’Union face à l’ingérence étrangère, notamment en période électorale.

Tomas Tobé, rapporteur de la commission spéciale sur le Bouclier européen de la démocratie récemment créée au sein du Parlement européen, plaide dans un document de travail pour un organisme autonome chargé de contrer l’augmentation des cas de manipulation de l’information orchestrés depuis l’étranger.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’était déjà engagée à mettre en place de nouvelles capacités et structures « pour contrer la manipulation de l’information étrangère et l’ingérence en ligne ».

Le programme de travail de la Commission pour 2025 mentionne bien une initiative baptisée « Bouclier européen de la démocratie » (European Democracy Shield), censée répondre aux menaces hybrides — en particulier celles imputées à la Russie. Mais le texte reste flou sur la possibilité d’établir une nouvelle agence.

Cette initiative devrait être détaillée au cours de l’année via une communication non législative de la Commission.

Le document de travail de la commission spéciale du Parlement devrait éclairer les travaux de la Commission sur le Bouclier de la démocratie. La commission spéciale devrait par ailleurs rendre son rapport au plus tard début de l’année prochaine.

Une nouvelle agence

Tomas Tobé propose la mise en place d’une structure indépendante qui « deviendrait progressivement opérationnelle », tout en collaborant avec l’unité actuelle du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) dédiée à la lutte contre la désinformation étrangère.

Cette future entité serait à la fois un centre d’expertise et une plateforme d’échange d’informations destinée à appuyer les États membres et les institutions européennes dans la détection et la riposte aux campagnes hostiles.

Selon le rapport, l’agence devrait être en mesure d’« agir rapidement et de manière décisive » contre les menaces étrangères actuelles.

Des modèles existants comme le service français Viginum, chargé de surveiller les manipulations informationnelles étrangères, ou l’Agence suédoise pour la défense psychologique, sont cités comme sources d’inspiration.

Le rapport ne précise toutefois pas où serait situé le siège de l’agence européenne ni comment elle serait financée.

Élections et menaces russes

Cela fait plusieurs années que l’UE repousse les attaques de pirates informatiques soutenus par la Russie, en particulier à l’approche d’échéances électorales.

En 2024, le Conseil a imposé des sanctions à l’encontre des médias soutenus par le Kremlin et a pris des mesures « restrictives » au sujet d’entités liées aux menaces d’ingérence russes.

Les autorités européennes ont enregistré 42 tentatives de manipulation et d’ingérence durant les élections européennes de juin 2024. En Roumanie, l’élection présidentielle de décembre a été annulée en raison de la désinformation russe, et la Pologne a récemment averti que ce type d’ingérence restait la principale menace pour le scrutin présidentiel qui aura lieu la semaine prochaine.

L’opération « Doppelgänger », reposant sur la diffusion de contenus falsifiés, d’images générées par intelligence artificielle et de faux comptes, a également ciblé les élections allemandes en février dernier.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]