Un an et demi pour financer des panneaux solaires
EURACTIV présente tous les mois un projet financé en partie par des fonds européens. En octobre, la rédaction française a rencontré un couple d’agriculteurs dans le Nord. Obtenir un soutien du Feder pour leur projet a été le parcours du combattant.
EURACTIV présente tous les mois un projet financé en partie par des fonds européens. En octobre, la rédaction française a rencontré un couple d’agriculteurs dans le Nord. Obtenir un soutien du Feder pour leur projet a été le parcours du combattant.
C’est un immense toît recouvert de panneaux solaires perdu au milieu de la campagne nordiste. Dans cette exploitation agricole, située à une douzaine de kilomètres de Valenciennes, les 236 panneaux, qui occupent 320 m², sont opérationnels depuis septembre 2009. Mais avant d’en arriver là, la route du maître des lieux, José-Pierre Chatelain, a été longue.
Sur les 280 000 euros dépensés pour son installation électrique, ce producteur laitier a touché 106 000 euros du Fonds européen de développement régional (Feder). 17 mois se sont écoulés entre le moment où l’agriculteur a demandé l’argent et celui où il est arrivé sur son compte en banque.
Entre ces deux dates, José-Pierre Chatelain et sa femme ont connu un parcours du combattant. «D’un bout à l’autre du processus, nous avons cruellement manqué d’un interlocuteur», résume-t-il. Comme la majorité des agriculteurs, M. Chatelain est un habitué des subventions publiques, qui l’ont récemment aidé, par exemple, à mettre son exploitation aux normes sanitaires en vigueur.
Trois prêts
C’est auprès de l’antenne lilloise de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) que les Chatelain déposent leur dossier pour la première fois. Nous sommes en octobre 2008. A l’époque, ils pensent d’abord demander à bénéficier du Fonds régional d’aide à la maîtrise de l’énergie et de l’environnement («Framée»). Deux mois plus tard, le couple est cependant réorienté vers les fonds européens.
26 décembre 2008 : les Chatelain initient une nouvelle demande, concernant le Feder. Ils entrent dans la phase la plus longue de la procédure. L’avis –positif– arrive à la mi-juin 2009. A cette date, le producteur laitier initie trois prêts, dont l’un, d’un montant de 100 000 euros, est destiné à avancer les fonds européens, en attendant leur versement. Ce type de prêt, spécifiquement destiné à couvrir les frais en attendant les subventions, est contracté pour six mois.
Mais lorsque le prêt arrive à échéance, le couple n’a toujours pas touché un seul centime du Feder. Les Chatelain sont donc contraints de demander le prolongement du prêt de 100 000 euros. Et d’acquitter les intérêts qui accompagnent ce délai.
Coup dur
Tout aurait pourtant pu se passer comme prévu, le couple ayant failli toucher l’argent en décembre 2009. «On était presque au bout», se souvient José-Pierre Chatelain. Mais quelques jours avant la saint-Sylvestre, l’Ademe le prévient qu’il manque à leur dossier une pièce : la photo du projet accompagné du logo qui doit orner toute réalisation financée par des fonds européens. Le versement des 100 000 euros est reporté.
Pour les Chatelain, c’est un coup dur. «Ca nous a pris beaucoup d’énergie et ça a entamé notre moral», explique José-Pierre Chatelain. «A un moment, on s’est même demandé si ces fonds existaient vraiment!», renchérit son épouse, Sandrine. D’autant plus que ces quelques mois correspondent à la très grave crise qu’a traversée le secteur laitier à partir du printemps 2009. A l’époque, les cours du lait chutent brutalement, contraignant les producteurs à s’endetter.
Le versement effectif des aides ne survient qu’en mars 2010. Soit plusieurs mois après la fin des travaux. Le 18 septembre 2009, les panneaux photovoltaïques produisaient leurs premiers kilowatts.
Entre temps, la personne responsable de leur dossier à l’Ademe aura changé à trois reprises. «Au bout d’un certain temps, nous avons découvert que notre dossier était géré par l’Ademe, mais que les décisions étaient prises par la préfecture», explique M. Chatelain. L’agriculteur essaye alors de joindre un interlocuteur à la préfecture, mais on le renvoie vers l’Ademe.
Douze ans pour amortir
Tout au long de ses démarches, l’agriculteur a été largement aidé par l’entreprise qui a installé les panneaux, Wattsol. «Ils se sont entièrement occupés de monter et de déposer le dossier.» A tel point que l’agriculteur «ne garde aucun souvenir» de ce qui est considéré habituellement comme la bête noire d’un grand nombre de porteurs de projets.
Malgré toutes les difficultés, les Chatelain admettent aujourd’hui que sans le Feder, l’installation des panneaux solaires aurait été impossible.
Aujourd’hui, les panneaux solaires de José-Pierre Chatelain produisent près de 42 kilowatt-crêtes. Mais il ne peut consommer directement cette énergie. L’électricité produite est revendue à EDF, pour 60 centimes d’euro le kilowattheure. Quant à la maison, elle est reliée au réseau électrique classique.
En attendant de rentabiliser cette installation, les Chatelain se sont lancés dans une nouvelle chantier. 420 m2 de panneaux solaires devront être opérationnels à la fin de l’année. Mais cette fois, ils ne bénéficient pas de fonds européens. «On a un interlocuteur : notre banquier. On maîtrise tout.»

