Un ambassadeur russe exprime ses doutes sur l'avenir de l'UE
Lors d'un grand débat sur l'avenir de la Russie et de l'Union européenne, l'ambassadeur russe à l'OTAN, Dmitri Rogozin, a exprimé ses doutes quant au futur de l'UE et a mentionné les faiblesses économiques de l'Union.
Lors d'un grand débat sur l'avenir de la Russie et de l'Union européenne, l'ambassadeur russe à l'OTAN, Dmitri Rogozin, a exprimé ses doutes quant au futur de l'UE et a mentionné les faiblesses économiques de l'Union.
« J'ai réellement des doutes quant à l'avenir de l'Union européenne étant donné ce qu'il se passe actuellement », a-t-il déclaré.
M. Rogozin est un homme politique populaire en Russie qui a été nommé ambassadeur à l'OTAN en 2008. Il s'est exprimé lors d'un évènement organisé par la fondation Hanns Seidel à Bruxelles.
Il a qualifié l'UE de puissance économique précaire, affirmant : « Je vais être franc, je m'en excuse d'avance, mais le rôle que vous jouez actuellement ressemble davantage à celui d'un riche banquier qui a peur de tout et tremble pour ses richesses, une fois que les bandits ont déjà passé les portes. »
Lorsqu'EURACTIV lui a demandé s'il voulait dire que la Russie pourrait souhaiter contribuer davantage au fonds de sauvetage pour les pays endettés de la zone euro, un grand importateur de gaz russe, entre autres, il a souligné l'indépendance de son pays. « La Russie est comme un sous-marin : toujours autonome », a-t-il affirmé.
Direction de l'Eurasie, avec l'Ukraine
M. Rogozin a expliqué les projets de son pays pour la création d'une Union eurasienne dans les années à venir, comme le pilier de ce qu'il a appelé un monde « multipolaire ». « Nous serons un leader dans notre région eurasienne et nous prendrons la tête de cette région », a-t-il déclaré.
Cela exclurait la possibilité d'une adhésion à l'UE pour les pays participants à cette Union dans l'immédiat. « Si l'Ukraine veut devenir une puissance européenne, elle doit d'abord devenir un réel pays de [l'espace eurasien]. […] La Russie et l'Ukraine peuvent aller vers l'Europe, mais ensemble », a-t-il expliqué.
De son côté, Kiev a déjà choisi de renforcer ses relations avec l'UE et devrait signer un accord d'association lors d'un sommet le 19 décembre, bien que des doutes demeurent quant à l'« application sélective de la justice » contre des personnalités politiques de l'opposition comme l'ancienne première ministre, Ioulia Timochenko. Cet accord comprend également des clauses pour un accord d'association assorti d'un accord de libre-échange approfondi et complet qui verrait l'Ukraine adopter une législation similaire à celle de l'UE sur le commerce.
L'Ukraine s'est ostensiblement éloignée de l'Union douanière de la Russie (regroupant la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan), qui ouvre la voie à la formation de son Union eurasienne. L'Ukraine espère par ailleurs que l'accord qu'elle souhaite conclure avec Bruxelles comportera une clause mentionnant explicitement la possibilité d'une adhésion à l'Union européenne.
M. Rogozin plaide depuis longtemps en faveur d'une « sphère d'influence » pour la Russie et a réclamé la reconnaissance de sa propre union militaire, l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC).
La politique « se réveille » en Russie
Ces déclarations surviennent dans un contexte de changement politique en Russie dans le sillage des élections législatives du 4 décembre qui ont fait perdre 77 sièges au parti Russie uni du premier ministre, Vladimir Poutine, le laissant à la tête d'une majorité affaiblie.
Ces élections ont donc permis aux partis de l'opposition de se renforcer. Ce fut notamment le cas du Parti communiste, du parti de centre-gauche Russie juste et du Parti libéral-démocrate de Russie.
Margareta Mommsen, un professeur spécialisé dans la politique en Europe de l'Est à l'université de Munich, a expliqué que même si la Russie demeurait un Etat « oligarchique » et non « démocratique », ces élections marquaient un tournant positif.
« Les récentes élections à la Douma redonnent espoir à la population […] La vie politique se réveille. Elle devient plus pluraliste et c'est la raison pour laquelle je suis plutôt optimiste », a-t-elle expliqué.
Ce « réveil » a également été illustré par des manifestations sans précédent suite au scrutin. M. Rogozin, qui a estimé le nombre de manifestants à 40 000, a établi un parallèle entre ces rassemblements et les mouvements « Occupy » dans d'autres pays, dans le sens où ils ne sont pas organisés par des partis politiques.
« Je pense que c'est un problème de classe politique des Etats-Unis et de la Russie : l'absence de politiciens qui peuvent travailler avec les gens dans la rue », a déclaré l'ambassadeur.
Du sang frais au pouvoir
M. Rogozin a poursuivi en saluant le fait que de nouveaux dirigeants puissent arriver sur la scène politique russe. Il a affirmé que ce serait sans doute la dernière fois en 2012 que les leaders Guennadi Ziouganov du Parti communiste et Vladimir Jirinovski des libéraux se présenteraient aux élections présidentielles. Ils ont tous les deux la soixantaine.
Il a également déclaré que Russie unie pourrait bientôt présenter de nouveaux visages, et ce malgré la présence proéminente de M. Poutine, dans la mesure où s'il redevient président, « le gouvernement devra se renouveler et accueillir de nouveaux membres ».
« Nous espérons que […] tout en conservant pour base un leader politique, Vladimir Poutine, le parti au pouvoir aura du sang frais », a-t-il expliqué.
M. Rogozin a ajouté qu'il comptait redevenir actif sur la scène politique, laissant entendre qu'il pourrait jouer un rôle au gouvernement. Il n'a par contre pas donné plus de détails sur l'origine éventuelle des nouveaux membres du gouvernement.