Un accord électoral « exceptionnel » conclu entre les Insoumis et les Verts

Dans la nuit de dimanche (1er mai), les partis Europe Ecologie les Verts et La France insoumise ont conclu un accord mettant en place un programme commun et un partage des circonscriptions pour les élections législatives.

Euractiv France
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Le leader du mouvement de gauche radicale La France Insoumise (LFI) lors d'un discours à Paris le 1er mai. Quelques heures après, dans la nuit, les Insoumis et les Verts ont conclu un accord électoral en vue des élections législatives de juin prochain. [EPA-EFE/YOAN VALAT]

Dans la nuit de dimanche (1er mai), les partis Europe Ecologie les Verts et La France insoumise ont conclu un accord mettant en place un programme commun et un partage des circonscriptions pour les élections législatives.

Le but de la « Nouvelle Union populaire écologique et sociale » est la formation d’un gouvernement opposé à Emmanuel Macron grâce à l’élection d’une majorité de gauche en juin prochain. 

Si cela se produisait, le président récemment réélu serait contraint de nommer un Premier ministre et un gouvernement qui lui seraient hostiles.

Un programme commun écologique et social

Les deux formations de gauche ont négocié un programme de gouvernement, incluant une hausse du salaire minimum (SMIC) à 1 400 euros, l’avancement de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, ou encore « le blocage des prix sur les produits de première nécessité et l’éradication de la pauvreté », selon la déclaration commune diffusée dans la nuit.

L’environnement et sa défense sont évidemment au cœur du projet, par la mise en place d’une « planification écologique » et d’une « règle d’or climatique ».

Sur le plan institutionnel, les Verts expriment leur accord pour « l’instauration d’une Sixième République » afin de dépasser « le présidentialisme » et introduire le « référendum d’initiative citoyenne », des propositions historiquement portées par M. Mélenchon.

Pour une « désobéissance » européenne

Pour construire une Europe « écologique et sociale », les Verts et les Insoumis prônent un éloignement du « cours néolibéral et productiviste de l’Union européenne ».

Les écologistes, depuis toujours très pro-européens, ont tenu à ce que soit spécifié que « la France ne peut avoir pour politique ni la sortie de l’Union, ni sa désagrégation, ni la fin de la monnaie unique ».

Mais certaines règles pourront être écartées pour respecter « les impératifs de l’urgence écologique et sociale », dont certaines normes de la concurrence et budgétaires, dont le pacte de stabilité, et « les orientations productivistes et néolibérales de la Politique Agricole Commune ».

À l’échelle internationale seront cherchées « des coopérations altermondialistes pour agir pour un monde qui respecte les droits humains, la démocratie et [la] lutte contre le dérèglement climatique », précise le communiqué de presse conjoint.

La tentative d’une union de la gauche

Longtemps fantasmé tout au long de la campagne présidentielle, un début d’union de la gauche commence donc à prendre forme par cet accord. Au premier tour de l’élection présidentielle, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et les Verts avaient réuni respectivement 22 % et 4,63 % des suffrages.

À eux deux, ils représentent l’essentiel des voix exprimées en faveur de la gauche, mais les cadres du mouvement de gauche radicale ont indiqué leur souhait d’inclure les communistes et les socialistes dans cette coalition.

Les négociations bilatérales se poursuivent entre La France insoumise et le Parti communiste français et le Parti socialiste. Avec des scores respectifs de 2,28 % et 1,75 % lors de la présidentielle, leur pouvoir de négociation vis-à-vis de LFI est limité, mais ils sont davantage implantés localement que leurs potentiels partenaires de coalition.

Si le PCF et le PS rejoignaient l’aventure dans les prochaines heures, cela représenterait un moment historique pour la gauche.

Le communiste Fabien Roussel a déclaré lundi matin (2 mai) sur France Info qu’il « souhaite ardemment » parvenir à un accord avec les Insoumis « dans les prochaines heures ». En se réjouissant de l’accord entre les Verts et la gauche radicale, il a ajouté qu’ « il n’y a qu’un plan A, c’est de nous rassembler et de parvenir à construire cette grande coalition de la gauche ».

Les socialistes sont davantage divisés que les autres partis de gauche sur la question d’un ralliement à Jean-Luc Mélenchon, et le point qui provoque le plus de crispations est le concept de « désobéissance » aux règles européennes. 

Pour les communistes, c’est la question du nucléaire qui pose problème, étant donné que les Verts et les Insoumis souhaitent en sortir. M. Roussel a déclaré être prêt à mettre de côté cette divergence, alors que le Parti communiste français était le seul à gauche à défendre un développement du nucléaire en France afin de poursuivre et rendre effectif le processus de décarbonation.

Quelles implications électorales ?

D’un point de vue strictement électoral, l’accord organise un partage des investitures dans les 577 circonscriptions pour l’élection des députés, afin d’éviter la concurrence entre plusieurs candidats de gauche.

Les Verts ont ainsi obtenu 100 circonscriptions, dont 30 sont jugées « gagnables ». Actuellement, aucun groupe écologiste n’existe à l’Assemblée nationale, mais dix députés sont issus du parti EELV ou l’ont rejoint au cours des dernières années et des derniers mois.

L’accord prévoit également que si les socialistes ne rejoignent pas la coalition, c’est EELV qui récupérera les circonscriptions qui leur sont destinées.

Selon plusieurs sources concordantes, les Insoumis proposeraient aux communistes 50 circonscriptions au total.

L’objectif demeure bien sûr la constitution d’une majorité de gauche lors des prochaines élections, ce qui implique que 289 députés soient élus sous les couleurs de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale.

Selon plusieurs spécialistes du système politique français et des élections contactés par EURACTIV France ces derniers jours, cette possibilité est extrêmement restreinte, voire « improbable ». Une mobilisation sans précédent de l’électorat de gauche serait nécessaire pour rendre vraisemblable un tel objectif.

Une donnée dont sont conscients les soutiens d’Emmanuel Macron, qui semblent malgré tout inquiets qu’un mouvement populaire massif soutienne cette union, et les empêche de gouverner librement à partir de juin. Le camp présidentiel cherche à attirer les socialistes et les écologistes qui ne veulent pas d’un rapprochement avec la gauche radicale et longtemps anti-européenne et anti-atlantiste. Il n’est en revanche pas certain que l’inspiration libérale de M. Macron les séduira davantage que le projet de M. Mélenchon.

Cette potentielle union est plébiscitée par les sympathisants de gauche. Parmi les électeurs de gauche du premier tour, l’écrasante majorité y est favorable.

Selon la formule de Julien Bayou, Secrétaire national des écologistes, « cet accord est exceptionnel, mais c’est aux Français d’en faire un moment historique », a-t-il indiqué sur BFMTV-RMC lundi matin, et il espère bien pouvoir y inclure les socialistes et les communistes dans les prochains jours.